Murmures à Beyoglu
David Boratav
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Ebook
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Editions Gallimard
16.00 €
Beyoglu est un quartier, une humeur où dominerait le bleu. Beyoglu est une colline, la huitième, hors des remparts qui ceignent les sept collines d'Istanbul.
À Londres, un homme perd le sommeil. Il y a longtemps, il s'est égaré dans une langue qui n'était pas la sienne. Il a épuisé ses forces dans la torpeur usante des villes de l'Occident. Sa vie est en suspens, une attente, pénétrée d'un parfum d'inéluctable. Ses pas l'emmènent sur les rives du détroit, à Beyoglu.
Beyoglu est un prisme, bâti sur une faille. Un concentré d'humanité parcouru de forces contraires, d'attentes conjuguées, de volontés travesties.
Beyoglu est une rumeur qui court sur la rive européenne du Bosphore. Le creuset d'un murmure où se confondent les langues d'une cité-empire. Un village sillonné par la course d'un enfant, un entrelacs de rues en pente et de conversations, une fenêtre sur le ciel balkanique. Un territoire qui n'en finirait pas de s'effriter, de se perdre et de se relever. Une croisée, où les hommes naissent et cohabitent, passent, réussissent et corrompent, où d'autres se laissent rattraper par des désirs enfouis. Et ceux que leurs pas mènent jusqu'à Beyoglu, ceux qui d'aventure viennent à y rester, il arrive que leurs espoirs et la cadence de leurs rêves, pour un temps et parfois pour toujours, en soient transformés.
Par Isabelle L.
Dans ce très beau roman, le narrateur, issu d’une famille turque contrainte à l’exil en France à la fin de son enfance, est devenu un adulte insomniaque, vivant et travaillant à Londres, où il essaie de soigner une névrose qui semble miner ses dernières forces. Un concours de circonstances lié au décès de son père l’amène à retourner à Istambul, une ville qu’il a voulu, dès son arrivée en France, chasser de son esprit. Mais si « la forme d’une ville / change plus vite, hélas que le cœur d’un mortel », il va y voir ressurgir les souvenirs enfouis de son passé : voix, sons, parfums, lumières, vont le guider dans sa « Recherche du temps perdu ». L’évocation de ses impressions enfantines et le récit de ses découvertes dans l’Istambul actuelle alternent au fil des chapitres. On ne révélera pas ici l’aboutissement de sa quête, de cette sorte d’étrange thérapie…
[Lire la suite ...]Si la trame romanesque reste extrêmement mince – recherche d’un manuscrit perdu, sénilité de la mère, séisme meurtrier – il faut lire ce livre superbe pour la justesse et la beauté des évocations de la Ville, pour l’analyse profonde des êtres et de leurs raisons d’exister, pour le va et vient entre nostalgie et quête de soi-même, pour la qualité et la densité du style.
Enfin un vrai livre, pourrait-on dire… Ce roman se déguste comme un verre du meilleur raki ou comme un thé parfumé qui réchaufferait non les doigts, mais l’intelligence et la sensibilité du lecteur.