La ville est ce cri
François Bon
Notes prises au volant. Calepin posé sur le siège à côté, en traversant les villes. Ou sur le volant, au feu rouge. Ou mémorisées pour être notées à l'arrêt, mais systématiquement depuis ces fragments de ville qui s'inscrivent dans le cadre fermé d'un pare-brise, lorsqu'on traverse la périphérie des villes, leurs géométries, cette charge humaine brusquement surgissante, aussi vite disparaissante.
Je crois que les mois qui ont constitué ce texte ont été dans mon écriture une inflexion. Peut-être pour cela, cette écriture double, la note éclatée du haut de page associée à cette phrase souvent dialogique placée en bas. Sans doute aussi, si ce texte me poursuit de cette façon, que je n'ai pas clos l'expérience de la ville écrite qu'il m'a permis.
Que se passe-t-il intérieurement, dans la rumination des phrases, lorsque nous sommes au volant, interdits même de prise de note ? Ces images, ces scènes on les malaxe, on les décante, pour un peu de solidité.
Nous sommes mobiles. La perception des villes, lorsque nous les traversons en voiture, est faite de la superposition de ces lointains, ciels et immeubles devenant cités fantastiques, et ce qui surgit au plus proche, l'immédiate scène au feu rouge, l'accident, le visage.
FB[1]