Le blues des Grands Lacs
roman
LE BLUES DES GRANDS LACS. Coleman Moore passe le plus clair de son temps dans le cockpit de son bateau, en cale sèche dans une marina du Michigan. À cause de ses mains brisées, il a abandonné son métier de guitariste de jazz. Cet homme, dont la seule attache au mitan de sa vie est sa fille Heather, convoque au fil de ses méditations nocturnes et alcoolisées les fantômes du passé, comme pour conjurer son désarroi.
Son père, marin expérimenté, est mort noyé dans le lac Huron après avoir laissé péricliter son commerce de matériel de navigation. C’est aussi dans la cabine de son ketch, qui lui servait à passer en contrebande de l’alcool canadien pendant la Prohibition, que son grand-père Havelock se tira une balle dans la tête plutôt que de rendre les armes devant la maladie. Jeune homme, celui qui devait s’inscrire dans cette lignée de navigateurs – son père l’avait prénommé Jason – avait pourtant tourné le dos aux bateaux. Tout sourit au brillant musicien qu’il était devenu : Coleman, le nom de scène qu’il adopte dès son premier concert, va de succès en succès avec son trio, et vit avec la femme qu’il aime.
Comment il n’a eu de cesse de se saborder lui-même, c’est bien ce qu’évoque cette somptueuse dérive glissant des grands lacs aux boîtes enfumées. Tout au long de ce roman construit comme un morceau de jazz, les thèmes s’amplifient, les couleurs s’affermissent. Du noir et blanc des caves de Chicago et de l’éclat métallique de l’eau des lacs, on passe à la couleur d’un avenir que Coleman va finir par reconstruire. Joseph Coulson, dans une langue fluide et inspirée, dit avec ampleur les espoirs et les rêves brisés d’une Amérique ordinaire.
Joseph Coulson est né à Detroit et vit à Boston. Son premier roman, Le Déclin de la lune, est paru chez Sabine Wespieser éditeur en 2005.
Par Gwenaëlle.
Une histoire de musique, d’amour et de mer. A moins que ce ne soit l’histoire d’un homme qui passe à côté des chances de sa vie à force de poursuivre une chimère. Ou les deux ensemble. Un blues, ça c’est sûr, d’eau douce des lacs, d’eau salée de larmes. Un chant venu des profondeurs. Une mélodie d’hier et de demain, qui mêle les thèmes pour mieux nous emporter.
Tu peux saborder le bateau mais un Moore ne coule pas. Cette phrase, Coleman Moore l’a entendue dans la bouche de son grand-père et de son père durant toute sa jeunesse. Sans qu’il le sache, elle résumait déjà toute sa vie. Alors que ses parents n’étaient tournés que vers les étendues liquides, amoureux des voiles et de l’immensité, Coleman (Jason de son vrai nom), lui, a préféré la musique. Mais alors qu’il était en passe de réussir le grand chelem : être un musicien brillant et reconnu, un homme comblé par l’amour et l’amitié, il a tourné le dos à sa bonne fortune et a fui. Quoi? Le bonheur, peut-être. Ou lui-même. Mais à vouloir trop jouer avec la chance, il a fini par tout perdre, y compris ses mains, désormais brisées et qui ne peuvent plus ternir sa guitare qu’à grand peine. Le seul fil qui retient Coleman à la vie est sa fille, Heather. Au cours des nuits qu’il passe dans le cockpit du bateau qui appartint à son père, en compagnie de ses souvenirs et d’une bouteille de vodka glacée, il convoque ses souvenirs et cherche à conjurer son désarroi.
Exercice périlleux que de vouloir résumer ce livre qui s’écoute plus qu’il ne se lit. Car la musique est omniprésente et c’est un des tours de force de l’auteur, Joseph Coulson, que de lui rendre hommage par son écriture limpide, dansante, harmonieuse. J’ai beau tenter de cerner la magie de cette histoire, mes mots paraissent toujours insuffisants. Alors, sachez juste qu’il s’agit d’une histoire bouleversante d’humanité et de douceur triste. Un portrait d’homme qui touche au cœur. Et autour de lui, des amis et des amours qui, à l’image d’un quintette de jazz, soutiennent et entourent le musicien principal. Et réchauffent sa voix. Jusqu’à ce que le morceau s’achève sur un élan de vie.