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EAN13 : 9782213654751Autre version disponible :
Vers AubervilliersEn savoir plus sur Thierry Beinstingel

Près de 497 romans français sont attendus entre septembre et octobre pour cette saison 2010. Avec la volonté marquée des éditeurs de "miser sur les auteurs confirmés" comme le soulignent Libération et Livres Hebdo.
Ils sont arrivés...

Lui, c'est le nouveau dans l'entreprise. On lui demande de choisir un prénom pour ce métier de téléopérateur. Il a choisi Eric. Répondre au téléphone, déblatérer à ces clients anonymes des questions types. Vendre les nouveaux produits pour atteindre les objectifs. L’ancien électricien est devenu Eric. Il parle toute la journée pour ne dire que des formules, des phrases préconstruites. Des suicides surviennent dans l’entreprise. L’incompréhension, l’incrédulité cèdent place à des questions de fond. Un jour, Eric rappelle un client pour lui donner un renseignement. Il téléphone à un client de son propre gré sans autorisation.

Dès les premières pages de ce roman, vous reconnaîtrez Eric, Roland ou Martine.
Ces personnes sans visage que vous avez au bout du fil lorsque vous tentez de joindre un centre d'appels téléphoniques.
Ces travailleurs comme vous et moi, plus robotisés qu'humanisés, qui débitent 8 heures par jour un scénario téléphonique type.
Nous plongeons au coeur de la tourmente de ce travail ingrat et monotone au travers de ce livre. Vous n'en saurez pas plus sur le vie menée par ces opérateurs en dehors de leur journée de travail mais vous sortirez de ce livre avec une profonde "révolte" face à cette société consumériste où les hommes et femmes sont davantage des numéros.
Ce livre est un plaidoyer contre aux suicides connus dernièrement par cette grande société d'énergie française.
N'y a t il pas d'ailleurs que les mots pour traduire les maux de ces hommes et femmes récitant, toujours en souriant, un monologue ingrat face aux clients rarement conscients de leur vie professionnelle?
Une chose est sûre: à la lecture de ce roman, jamais plus vous n’appellerez un opérateur d'un call center comme vous le faisiez avant d'avoir lu les premières pages de ce roman...

Bibliothèque idéale
Par Gwenaëlle.
Peut-on vraiment parler de faits divers pour évoquer ce qui a inspiré cette histoire à Thierry Beinstingel? La mort est-elle un fait divers? Surtout lorsqu’il s’agit s’agit du suicide de plusieurs salariés d’une même entreprise? Ne s’agit-il pas plutôt d’un symptôme d’une société en pleine décomposition, où l’humain n’est plus que le sous-produit du capitalisme?
Le héros de cette histoire était électricien. Il travaillait avec ses mains. Et puis, là-haut, dans une sphère financière très fermée, des quidams ont décidé de supprimer des services, des postes. Il a fallu se reconvertir. Alors, il est devenu télé-opérateur. Affublé d’un prénom qui n’est pas le sien, il répond inlassablement aux appels des clients, selon un schéma pré-établi, creux à force d’être répétitif. Des mots vides débités toute la journée… comment ne pas devenir fou? Comment ne pas être tenté de faire comme ces collègues qui ont brutalement mis fin à leur vie?
Voilà ce que raconte Retour aux mots sauvages. Comme rester humain dans une société qui s’efforce d’être uniquement productive, efficace, ordonnée, hygiénique? Un monde où la vie n’a plus le droit de s’exprimer qu’à la marge? Thierry Beinstingel met le doigt sur les fissures qui lézardent notre société et dit avec des mots simple la détresse humaine de ceux qui sont niés par le processus, les objectifs, les consignes. C’est à mon sens, un livre engagé car il dénonce ce bonheur en carton-pâte qu’on voudrait nous faire gober, celui d’une société marchande qui voudrait tous nous transformer en boulimiques compulsifs, en un grand système digestif et nous priver ainsi de ce qui nous rend si différents.
Un livre à mettre entre toutes les mains.
"A moins que ce voyeurisme de la mort montre seulement la sauvagerie et la perversité des rapports humains. Peut-être valoriser son propre corps en le découpant en actions à vendre est-il la seule manière qui reste l’homme libéral pour atteindre la postérité. Enfin rompre l’identité du corps. Le dépecer sur une table métallique. Un employé heureux est plus performant, un salarié malheureux ne crée pas de valeur : phrases réelles, publiées lors de tristes événements, autant de preuve d’un totalitarisme entièrement dévoué au profit, corps et âme."