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EAN13 : 9782070123254Autre version disponible :
En savoir plus sur Philippe Delerm

Comment croquer le quotidien ? Comment décrire des instants qui semblent futiles pour les déployer sous la magie des mots ? Une fois de plus, j’ai pris plaisir à lire les textes de Philippe Delerm.
Les clins d’œil, les sourires sont plus effacés que dans ses précédents livres. L’auteur apporte une réflexion plus profonde sur le temps qui passe, sur son âge également. Un livre plus intimiste mais où l'on se retrouve dans ces différents tableaux. Paris Saint Lazare est pour moi l’arrivée à Montparnasse. Les derniers kilomètres et les barres d’immeubles qui apparaissent. Un premier passager qui enfile sa veste puis le reste du wagon suit. On s’observe quelques secondes, intimité provisoire partagée, main sur la valise. Certains oseront un commentaire sur le voyage. On acquiesce par un sourire ou une petite réflexion à notre tour. "Le train s’immobilise, on descend sur le quai et chacun accélère le pas. On a beaucoup simulé dans la neutralité. Car il y a une satisfaction profonde et cachée, presque un merveilleux bonheur à faire partie du voyage, à croiser infiniment vers Paris capitale, à n’atteindre jamais le but. A être dans la vie. "
Il se fait chineur chez Emmaüs ou simple vacancier. Comme monsieur tout le monde. Sans chichi. Nul besoin de jouer les grands seigneurs pour toucher au plus juste le lecteur.
Tout le génie de capter des instants et d’en parler avec finesse et poésie. Un éventail de situations et de souvenirs qui deviennent un luxe privilégié sous sa plume. La nostalgie s’invite avec un soupçon de mélancolie. Il nous invite à goûter, à savourer pleinement de ces évanescents moments et à prendre le temps de. Dans un monde où l’on court après le temps et où l’on se doit d'être à demain...
Inutile de préciser que j'admire cet auteur !
Les bretonnismes
Bibliothèque idéale
Par Saphoo.
Partir dans le quotidien figé dans une éternité au goût mélancolique et doux, une sensation amère que ces instants ne seront bientôt qu’un lointain souvenir. Cette lecture n’est que tendresse, douceur de vivre. Apprécier chaque parcelle de soleil, humer les odeurs de bonheur, sourire au temps qui se débine, et ressentir ce contentement tout simple mais authentique de savoir que la vie est faite de mille petits instants si précieux à récolter, voire à thésauriser dans l’album de notre existence. Qui mieux que Delerm pour nous peindre ces tableaux vivants et charmants, touchants et si vrais.
Revivre à ses côtés, ces moments partagés, nous émerveille pour le peu qu’on adhère à ce langage du presque rien qui fait tout.
Certes pas de réelle surprise, car ce titre rejoint tout à fait “la première gorgée de bière” ou encore “Dickens barbe à papa”, si vous avez aimé, vous ne pourrez qu’apprécier “Le trottoir au soleil”.
Des petits textes qui s’enchaînent comme par magie, des endroits ici et ailleurs, des petits riens qui font un bien fou. Un soupçon de sensualité serait une note nouvelle au sein de ce recueil avec “cette mouillure-là”.
Les fruits, une gare, des rues et des bancs, un mariage, des livres et leur auteur, une brocante et un self-service, autant de sujets, des lieux, des actions et des sensations à explorer en sa compagnie qui nous abreuvent non seulement de poésie mais aussi de bien belles réflexions.
Page 104 : Aller au nord, c’est tailler l’infini la route d’une intime vérité; On est toujours au bord, juste à côté, le long des courbes des canaux, des joncs à peine blonds séparent du ciel gris. Aura-t-on vraiment franchi une frontière en arrivant un jour au coeur de Bruges ? Il semble que ce soit bien là le centre désiré de tous ces cercles concentriques. Dans la perfection de cet ailleurs flottant, qui fait semblant d’étaler l’opulence bourgeoise pour mieux distiller sa ferveur préraphaélite, sensuelle et mystique, on marche à l’infini, on se sait attendu. On est au coeur de soi.
J’ai lu ce livre avec beaucoup de plaisir et c’est toujours un réel bonheur que de se plonger dans les ouvrages de Philippe Delerm, un instant on déconnecte pour s’immerger dans la douceur de vivre, prendre le temps de regarder et d’apprécier, observer, écouter…
Page 40 : Est-ce seulement le soleil à contre-jour filtrant sous les branches ? Il y a de la tristesse, de l’espoir et du talent, dans la poussière qui danse en suspension. Pas de place à payer pour le spectacle. On se sent bien, dans la grammaire de la rue. Le verbe fait l’action. Mais il y a les verbes d’état aussi. Ils n’ont pas de complément d’objet, pas de but. Etre, paraître, devenir; On se sent là. Lézard de la rue.
Il nous décline mille petites choses qui pourraient paraître insignifiantes mais enluminées par sa plume ça devient un réel moment de grâce. Il nous parle si bien des choses de la vie, des livres et des mots, des situations et des occasions de chaque jour et de tout à chacun que forcément, on y retrouve un peu de nous au détour d’une page. Beaucoup de petits chapitres ou tableaux diversifiés sur des thèmes tout aussi divers.
Lire Delerm comme reflet de son texte “dans la poussière dorée” : le temps se fige, et se mue en une douce candeur en naviguant sur les flots du plaisir de lire.
Page 145 : Un livre idéal pour le Luxembourg au mois d’août, c’est “l’inconnu sur la terre”, de Le Clézio. Des pages libres et détachées qui parlent de nuages, de vraies oranges et de temps arrêté. A l’ombre épaisse du Luxembourg, le corps penché en arrière, c’est comme dans le bouquin de Le Clézio. Le temps ne passe pas, personne n’a rien à faire. On se laisse dériver dans la pluie sèche de poussière dorée. Très tard, très loin, il y aura les coups de sifflet tranquilles des gardiens, une petite sévérité discrète pour vous sortir de la torpeur. Au-delà des grilles on va changer de corps et retrouver le pas, le rythme de la ville.
Suprême délice à le lire, une parenthèse plaisir, une bulle d’échappée vers des ailleurs.
Qui a déjà lu Delem, comprendra tout à fait cette sensation qu’on éprouve, qui ne l’a pas lu, et bien courrez vite vous le procurer et vous comprendrez.