Entre ciel et terre
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Ebook
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Editions Gallimard
Certains mots sont probablement aptes à changer le monde, ils ont le pouvoir de nous consoler et de sécher nos larmes. Certains mots sont des balles de fusil, d'autres des notes de violon. Certains sont capables de faire fondre la glace qui nous enserre le cœur et il est même possible de les dépêcher comme des cohortes de sauveteurs quand les jours sont contraires et que nous ne sommes peut-être ni vivants ni morts. Parfois les mots font que l'on meurt de froid. Cela arrive à Bárður, pêcheur à la morue parti en mer sans sa vareuse. Trop occupé à retenir les vers du Paradis perdu, du grand poète anglais Milton, il n'a pensé ni aux préparatifs de son équipage ni à se protéger du mauvais temps. Quand, de retour sur la terre ferme, ses camarades sortent du bateau le cadavre gelé de Bárður, son meilleur ami, qui n'est pas parvenu à le sauver, entame un périlleux voyage à travers l'île pour rendre à son propriétaire, un vieux capitaine devenu aveugle, ce livre dans lequel Bárður s'était fatalement plongé, et pour savoir s'il a encore la force et l'envie de continuer à vivre. Par la grâce d'une narration où chaque mot est à sa place, nous accompagnons dans son voyage initiatique un jeune pêcheur islandais qui pleure son meilleur ami : sa douleur devient la nôtre, puis son espoir aussi. Entre ciel et terre, d'une force hypnotique, nous offre une de ces lectures trop rares dont on ne sort pas indemne. Une révélation...
Par clara.
C’était en ces années où, probablement, nous étions encore vivants. Mois de mars, un monde blanc de neige, toutefois pas entièrement. Ici la blancheur n’est jamais absolue, peu importe combien les flocons se déversent, que le froid et le gel collent le ciel et la mer et que le frimas s’infiltre au plus profond du cœur où les rêves élisent domicile, jamais le blanc ne remporte la victoire.
Premières lignes de ce livre, une invitation à un voyage d’où je suis ressortie remplie d’émois et d’un bonheur pur. Lecture hypnotique semblable au ressac de la mer. Enveloppée par l'histoire et l'écriture, je me suis abandonnée. Un bonheur indéfinissable qui m’a fait pleurer. Il s'agit de ces moments rares et privilégiés que nous offrent certaines lectures.
Comment parler de ce coup de cœur ? Je l’ai lu il y a plus d’une semaine dans des conditions particulières. Je partais pour mes vacances au soleil. Dans l’avion, les attitudes et les conversations des passagers trahissaient l’attente mêlée à la joie de goûter au sable blanc. Mais moi je n’étais plus avec eux. J’étais en communion avec l’écriture de Stefánsson . J’accompagnais Bárour. Un pêcheur qui absorbé par les vers du paradis perdu du poète Milton en oublie sa vareuse. Plus qu’un vêtement, un accès à la survie lors de la pêche. Quand le vent vous mord le visage, que le froid vous pénètre le corps et que les vagues vous cinglent le visage dans cette mer d’Islande. Une histoire où le ciel et la mer sont omniprésents. Des descriptions où la magie des mots m’a coupée le souffle. Mais l’histoire ne se résume pas à la poésie qui coûte la vie à Bárour. Il s’agit d'une plongée dans un autre monde ! Les questionnements, les constats sur la vie et la condition de l’homme jalonnent avec force et grâce ce récit. Un jeune gamin qui accompagnait Bárour veut lui rendre hommage. A sa façon. Rendre le livre prêté à Bárour à sa propriétaire. Et un deuxième voyage pour cette seconde partie. L’adolescent longe les ténèbres, les touche du doigt. La vie vaut-elle la peine d’être vécue ? Un flirt d'une beauté mélancolique avec la mort où le souffle de la vie sera le plus fort.
Je n’ai pas lu ce livre, je l’ai ressenti. Il a pris possession de mon âme, de mon cœur. Je suis devenue une terre conquise par cette écriture magnifique et unique. Des mots qui fécondent bien plus qu’une histoire. Un joyau.