La nuit la plus longue
A l'été 2005, un terrifiant ouragan dévaste le sud de la Louisiane. Son impact sur La Nouvelle-Orléans évoque la bombe atomique qui a anéanti Hiroshima. Envoyé en renfort dans la métropole sinistrée, Dave Robicheaux, adjoint au shérif de New Iberia, découvre un univers de cauchemar : les pillards y font la loi, la désorganisation a permis l'explosion de toutes les formes de violence, la société moderne civilisée et policée a régressé au stade d'une jungle primitive où rôdent les prédateurs. Chacun se cache et survit comme il le peut. Dans ce tableau apocalyptique, où des corps dérivent à l'abandon pendant que d'autres attendent, empalés sur des branches, une hypothétique sépulture, Robicheaux est chargé d'élucider deux meurtres commis dans un quartier riche, habituellement protégé. Les deux victimes s'étaient imprudemment attaqués à la demeure d'un puissant mafieux, qui poursuit désormais de sa vindicte leur complice. Obligé de le retrouver le premier, Robicheaux se lance sur la piste de violeurs en série, d'un prêtre morphinomane ou d'un vigile probablement plus dangereux encore que les criminels qui écument la cité en ruines. Mais comme toujours chez Burke, la descente aux enfers n'exclut pas les éclairs de noblesse et de profonde humanité.
La nuit la plus longue est le seizième opus consacré à Dave Robicheaux, « l'enquêteur cajun dont le cœur est au passé mais le regard posé sur l'horizon » (Bill Ott, Booklist). James Lee Burke recrée la désolation laissée par Katrina, hommage vibrant à une ville martyre abandonnée par les autorités et métaphore effrayante de la société postmoderne.
James Lee Burke a remporté déjà deux Edgar, ainsi que le Grand Prix de Littérature policière et le Prix Mystère de la critique.
« Au cœur de ce livre se trouve l'idée que la sécurité est une illusion. »
New York Times « ...à lire par tous ceux qui s'intéressent à ce qui arrive lorsqu'un holocauste se déchaîne et qu'une civilisation s'effondre. »
The Independant (Royaume-Uni)
Par wens.
Août 2005. Le shérif adjoint Dave Robicheaux est envoyé en renfort à New Orleans après le passage de l'ouragan Katrina. Il découvre le chaos et l'horreur. Une grande partie de la ville est sous les eaux, les cadavres d'animaux et humains flottent au milieu des détritus, des arbres arrachés. Les hôpitaux sont devenus des mouroirs. La ville désertée par une partie des forces de police est livrée aux pillards. Des "braves gens" s'organisent en milice pour défendre leurs biens et les vieux démons du Sud ressurgissent. La haine des pauvres, des noirs, le racisme s'emparent à nouveau des conservateurs blancs. C'est dans ce climat que Robicheaux, aidé par son ami Clete Purcell enquête sur une bande de petits malfrats noirs, qui ont profité de l'ouragan pour s'adonner au pillage des maisons abandonnées. Dans une villa qui appartient à un caïd de la mafia, les voleurs pensent avoir décroché le jackpot, des liasses de dollars et des diamants, mais pour eux les ennuis commencent.
L'intrigue est bien menée mais ce que l'on retient surtout à la lecture du roman c'est le cri de colère de Burke, exprimée par l'intermédiaire de son héros, devant le désastre écologique et humain. Pour Burke, Katrina n'est pas la seule responsable du chaos, La Nouvelle Orleans a été privée de ses protections naturelles par la cupidité humaine. La barrière d'îles au large des côtes de Louisiane est depuis longtemps érodée, ou a été draguée, chargée sur des barges et vendue pour faire des parkings en schiste. Les compagnies pétrochimiques ont taillé brutalement quinze mille kilomètres de canaux à travers les marécages permettant l'intrusion saline d'empoisonner des marais d'eau douce entre Plaquemines et Sabine Pass. Les digues construites le long du Mississipi précipitent des centaines de tonnes de boue par-dessus le rebord de la plate-forme continentale, l'empêchant de s'écouler vers l'ouest le long de la côte, là où l'on a le plus besoin. Les marais de Louisiane continuent de disparaître à une moyenne de douze mille hectares par an. Burke dénonce, après le passage de l'ouragan, l'arrivée tardive et l'inorganisation des secours, l'incapacité de Georges Bush et l'inefficacité de son gouvernement à réagir. Il montre comment les habitants, en particulier les plus modestes ont été abandonnés à leur sort, spoliés par des compagnies d'assurance qui se sont arrangées pour ne rien rembourser. Dès le début de la remise en état de la ville une grande partie des fonds fédéraux a été détournée. Des sommes d'argent à tomber par terre était versées à des groupes d'initiés qui sous-traitaient avec de petites entreprises n'employant que des travailleurs non syndiqués. Un contrat de cinq cent millions de dollars pour déblayer des gravats avait été accordé à une compagnie de Miami qui ne possédait pas un seul camion, puis le travail avait sous-traité à des manœuvres qui, effectivement, dégagèrent les gravats et les emportèrent à dos d'homme…La destruction de la Nouvelle-Orléans était une tragédie nationale, et sans doute un grand tournant du cynisme politique américain. Le livre est aussi une interrogation permanente sur le bien et le mal, sur la capacité de la société à faire face à la violence. Nous sommes censés être une société chrétienne. Selon les mythes que nous avons forgés, nous respectons Jésus, Mère Térésa et Saint François d'Assise. Mais je crois que la vérité est différente. Quand nous nous sentons collectivement menacés, ou quand nous sommes collectivement touchés, on a envie que les frères Earp et Doc Hollyday s'en occupent, on a envie que les méchants se fassent descendre, qu'ils soient cuits, fumés, séchés, enterrés par les bulldozers.
Avec "La nuit la plus longue", Burke signe là peut-être son meilleur roman. Un très grand livre.