Entretien avec Hervé Bellec au sujet de son recueil de nouvelles "Si c'est ma femme, je suis pas là" (editions-dialogues.fr)
L’écriture de nouvelles, est-ce pour vous un exercice d’écriture difficile ou une expérience littéraire singulière ?
Si c'était facile, ça se saurait ! Je dois d’abord préciser que je suis un grand lecteur de nouvelles, celles qui font deux trois pages, le temps que les nouilles cuisent, jusqu’à celles qui prennent une demi-heure de lecture avant d’éteindre la lumière. Raymond Carver, pour ne citer qu'un exemple. Une nouvelle, c’est une intrigue, un décor et des personnages qu’il faut poser dans un espace relativement restreint, ce qui impose des choix, une certaine forme d’épuration. Ce format me convient parfaitement et je dois avouer que je n’ai actuellement pas la disponibilité nécessaire pour pondre des bouquins de 500 pages.
Les hommes, les femmes et l’amour unissent les nouvelles de votre recueil. Malheureusement, le plus souvent, cela finit en drame. Est-ce donc vrai que « les histoires d’amour finissent mal, en général » ?
Oui, bien sûr que les histoires d’amour finissent mal, ne serait-ce que par la disparition de l’un ou de l’autre. Dans mon bouquin, on est dans le domaine de la fiction totale et pour les besoins narratifs, je dois évidemment ajouter du salé, parfois du bien pimenté. Aujourd’hui, la plupart des couples se séparent pour un oui, pour un non, essoufflés après quelques années, en bout de course. On est en plein « tournez-manège ». J’ai essayé de traduire ce renoncement dans 120 pulsations minute. Le type se dit finalement qu’il serait moins fatigant pour lui d’abandonner tout de suite plutôt qu’essayer de sauver les meubles en courant après celle qu’il aime. Ceci dit, je connais autour de moi plus d’un couple qui tient la marée depuis des décennies et qui ne cesse de m’attendrir pour cette raison. Je les envie, sincèrement.
Selon vous, dans un couple, qui mène la danse ? Bien souvent, le héros de vos nouvelles, Baptiste, porte un regard parfois de mépris, parfois de colère, sur la femme avec qui il partage sa vie. D’autres fois, c’est la femme, toute-puissante, qui régit la vie de son compagnon. Y’a-t-il un principe général ?
Seigneur Dieu ! Je ne suis ni psychanalyste ni conseiller conjugal, je ne suis qu'un raconteur d'histoire. Je ne donne pas de conseils et j'évite de porter des jugements sur mes personnages mais qu'on le veuille ou non, l'amour est un rapport de force. On est sur le ring. Parfois, c'est la femme qui gagne, parfois c'est l'homme. Aux points ou par KO, ça dépend de chaque histoire. J'ai testé plusieurs cas de figure, plusieurs types de combat. La plupart sont des êtres fragiles, bien abimés par la vie et j'essaie de les attraper au moment où ils sont sur la crête, c'est-à-dire prêts à tomber d'un côté ou de l'autre. Tu pe du, comme on dit en breton. Mais je dois avouer que j'ai pris un plaisir un peu pervers à croquer de sacrées emmerdeuses et d'authentiques salopards.
Avez-vous été tenté de donner à vos nouvelles des fins joyeuses et légères ?
Il faut que j’y songe, je vendrais alors peut-être autant de bouquins que Marc Levy. Je ne suis pas d’un caractère foncièrement pessimiste, je n’ai pas de penchants suicidaires particuliers mais la vie, c'est la vie. Il suffit de lire la chronique des faits divers pour s'en convaincre. Ce sont les femmes, en général, qui s'en prennent plein la tronche et c'est épouvantable, navrant, scandaleux parce que sans vouloir tomber dans l'eau de rose, le sentiment amoureux est quelque chose d'assez prodigieux. Allez savoir pourquoi ça tourne au vinaigre la plupart du temps ! Que de gâchis ! C'est ce que j'essaie de comprendre et de raconter depuis des lustres. Promis, le prochain bouquin aura une happy end ! Et là, je parie qu'on me reprochera ma complaisance.
4/ Dans chacune de vos nouvelles, soit l’histoire se passe en Bretagne, soit une référence y est faite, comme un fil rouge. La Bretagne est-elle pour vous un terrain de jeu fécond ?
L'une d'entre elles se situe dans un coin paumé des Cévennes que je connais un peu mais c'est exact, la plupart des histoires se déroulent ici. Tout simplement parce que je me sens plus à l'aise dans un décor que je maîtrise. Je m'imagine difficilement écrire une scène de ménage entre un gynécologue brésilien et une avocate d'affaire de Shanghai sur une gondole à Venise et même si c'est un cliché, il faut peut-être ajouter que mes personnages collent assez bien avec le caractère fataliste et taciturne qu'on accorde souvent aux Bretons.
Pour quelle nouvelle de votre recueil avez-vous le plus de sympathie, de tendresse ?
J’aime beaucoup Marie Vieille-Taupe. Au départ, il s’agissait d’un projet théâtral avec Nolwenn Korbell que nous avons dû abandonner faute de temps et de disponibilité (ce qui ne signifie pas que nous y renonçons). Mais j’ai gardé le personnage que j’avais ébauché, une femme de caractère comme on dit, sans préciser s’il s’agit du bon ou du mauvais. Une femme bien de chez nous, pudique et indécente à la fois, une femme meurtrie et pourtant d'une sublime générosité. De plus, écrire à la première personne en se mettant dans la peau d’une femme représentait pour moi une gageure assez intéressante.
Si c’est ma femme, je suis pas là. D’où provient ce drôle de titre ?
Quand j’étais bistrotier à Plouguerneau, j’avais comme client un vieux célibataire un peu ivrogne qui, dès qu’il entendait la sonnerie du téléphone retentir dans le bar, nous sortait immanquablement cette bonne blague qui à la longue ne faisait rire que lui. Au bout de 50 fois, ça commence forcément à lasser. Mais des clients me demandaient parfois la même chose de la façon la plus sérieuse qui soit. J’avais leur femme au bout du fil : « Allo, Dédé n’est pas chez toi, par hasard ? » Le Dédé en question me faisait à l'autre bout du comptoir de grands signes de la main pour dire non, non, non, je suis pas là ! Alors je répondais : « Non, désolé, Cathy, je l’ai pas vu de la soirée ! » Et le Dédé en était quitte pour payer sa tournée. C’est aussi un livre sur la lâcheté, celle des hommes surtout, qui n'ont jamais vraiment le beau rôle dans ce livre. Bien fait pour eux.
Par Eireann Yvon.
Un recueil de nouvelles d'Hervé Bellec est toujours une découverte, « Un bon Dieu pour les ivrognes » me revient obligatoirement en mémoire ! Ici, sept nouvelles, sept femmes, sept destins amoureux parfois, tragiques souvent. Elle n'est pas souvent belle la vie !
La pluie comme stimulant érotique pourquoi pas ? Est-ce pour cela que, nous bretons, aimons bien revenir au pays, la première jeunesse passée ? Le soutien gorge est plus classique comme objet de fantasme, surtout dans les pays très secs. Par contre il semble que le mélange des deux soit détonnant …..cela libère les pulsions et les seins...... Dire qu'en Bretagne il ne pleut que sur les cons, dans ce cas précis me rappelle cette chanson de Brassens « Le blason », vibrant hommage aux femmes.
« Une journée classée rouge » un jour qui semble ordinaire, un homme, une femme plus jeune, des départs en vacances, la route, circulation et embouteillages, la nuit tombe, une envie pressante, arrêt sur une aire d'autoroute, un chaton abandonné.... la raison de l'homme bascule.
Chaud devant mais aussi tout autour, la canicule rend toute vie difficile sauf pour les mouches qui prolifèrent. Un homme et une femme, ex-couple venu vivre à la campagne après un drame familial, tente de survivre, en tant qu'êtres humains et également avec un semblant de civilisation dans un monde étouffant où l'eau est une denrée devenue très précieuse. Revivre un peu....comme avant l'espace d'un moment..
Tout le monde court après quelque chose....mais courir pour perdre des kilos c'est comme perdre son temps et son âme. Pour quel résultat?.. pour rêver d'une bière fraiche, d'une cigarette et d'un livre. La vie est courte alors s'il faut la poursuivre, parfois l'envie n'est plus là.
Marie-Vieille taupe m'a fait penser à une vieille chanson d'Edith Piaf.... "Ils sont arrivés se tenant par la main", ils marchent sur la plage, elle devant, lui ensuite, la patronne du bistrot les regarde, les observent, vers quels drames vont-ils ? Elle se remémore sa vie, enfant de l'occupant dans le microcosme d'une île bretonne. Le monde est là, la femme qui a débarqué et qui est restée, les joueurs de dominos, le Capitaine, la sale gosse prétentieuse et mal élevée, et ce couple avec dans la bouche de la femme cette phrase couperet :
-« Écoute on en a déjà parlé mille fois ».
Pour qui sonne le glas...Un très beau texte, sûrement un des plus réussis à mon goût de ce livre.
Une soirée au camping, un coin tranquille, une épouse enceinte lisant des haïkus mots qui riment avec cactus. Plus tard l'histoire ne manquera pas de piquant! Quel est le nom qui correspond aux numéros....22, 29, 35, 44, 56, et le 37 ? C'est où?
Un écrivain aux prises avec des tasseaux, du lambris, des murs et qui essuie les plâtres...et en plus une nouvelle à écrire...et le bricolage, la maison. C'est dur la littérature. Mais les nouvelles, comme les hirondelles et les contractuelles vont par deux, et ensuite tout va mieux.
Des femmes, des jeunes ou des plus vieilles, objets de désir ou de rejet, aimées ou détestées, parfois détestables, des Claire qui ne sont pas obscures, des Cécilia qui attendent au camping, des Solange fausses cariatides de bistrot, une Babette qui ne pensait pas partir en guerre et toutes les autres.....
Des hommes bien sûr qui n'ont pas toujours le beau rôle, joggeur contraint et forcé ou fugitif rentrant au bercail faute de mieux, Capitaine qui a remplacé la ligne de flottaison de la mer par celles des verres de rouge... les vieux îliens pas toujours raffinés, l'homme mené par le bout du nez ou par un autre organe...Des Baptiste qui ne sont pas des saints, des écrivains qui n'en sont pas non plus...
Une galerie, non pas d'art, mais pas de monstres non plus, portraits de personnages vivants et ordinaires que l'on croise à chaque coin de rue.
C'est comme d'habitude chez Hervé Bellec bien écrit ; en supplément les thèmes sont variés de l'amour à la mort, du présent au futur avec par exemple « Par une longue nuit de canicule » qui décrit un monde peu réjouissant. On trouve au hasard de ces récits des similitudes, un dessinateur dans deux histoires, un meurtre commis dont on trouve mention aux informations dans une autre histoire, cela donne une unité à ce recueil de nouvelles.
Une phrase parmi tant d'autres résume bien une certaine philosophie de la vie :
- Ce n'est pas tous les jours qu'on leur sert au menu des cuisses aussi appétissantes que le jarret de leur kig-ha-farz dominical.
Heureux hommes...du kig-ha-fars tous les dimanches..avec l'âge les plaisirs changent !