Paris Match –26 mai / 1er juin 2011
Ce colosse des mers n’a rien en commun avec nos boîtes de thon à l’huile. Les
Japonais, friands de sa chair délicate, font exploser son cours. Ils engendrent depuis des années une surpêche dévastatrice et une juteuse industrie d’élevage. Où en est-on aujourd’hui ? À l’occasion de la parution du livre de Julien Pfyffer, « Trésor rouge », Match a tenté d’en savoir plus. Conclusion : contrairement aux autres espèces menacées, le thon rouge serait sauvé in extremis.
[…] Dans « Trésor rouge », l’enquête qu’il a menée pendant plus d’un an, Julien
Pfyffer (ancien journaliste à Paris Match) cite Généreux Avallonen membre de
l’une des grandes familles de pêcheurs sétois : « Dans les années 2000-2003, c’était devenu l’anarchie en Méditerranée. Le problème venait surtout des pêcheurs italiens, turcs, tunisiens… des pays qui ont construit à la chaine des thoniers bon marché. […] Durant ces années, il y a eu jusqu’à 700 bateaux qui prenaient du thon rouge ! La plupart n’avait ni quota ni licence… C’était n’importe quoi ! Grâce à l’arrivée de Greenpeace, les choses sont un peu rentrées dans l’ordre. » Une phrase incroyable venant d’un pêcheur qui affronte les ONG sur l’eau quand ces dernières tentent de libérer les thons tout juste capturés !
(…) Quelle que soit la menace qui pèse sur le thon rouge, sa méthode de capture
n’est pas écologique. Dans les fermes d’engraissement, il est gavé : pour obtenir 1 kilo de chair, il faut qu’il engloutisse 15 kilos de poissons fourrage ! Et les déchets viennent pourrir au fond des fermes, créant des zones de pollution, signale Alain Fonteneau.
Comme dans la mer, où il culmine au sommet de la chaîne alimentaire, le thon rouge absorbe toute l’attention, alors que d’autres espèces sont dans une situation encore plus dramatique, à l’instar des civelles, les alevins des anguilles européennes… dont les défenseurs des animaux parlent beaucoup moins. Greenpeace assume : « Avec le thon rouge nous voulons créer un précédent et un exemple à suivre pour influer sur la politique de pêche. Ça n’est pas qu’une histoire de poissons, c’est aussi une illustration des comportements des hommes. »