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EAN13 : 9782818014059Autre version disponible :
Limonov
D'autres vies que la mienneEn savoir plus sur Emmanuel Carrère

Après deux tours de vote, avec six voix pour chacun, et devant le refus de la présidente du jury Laure Adler de faire jouer sa double voix, un vote à main levé a modifié la règle permettant le partage du prix entre les deux finalistes.
Jean-Christophe Bailly est récompensé pour Le dépaysement: voyages en France (Le Seuil) et Olivier Frébourg pour Gaston et Gustave (Mercure de France).

Le Prix Goncourt 2011, décerné le 2 novembre 2011, est attribué à Alexis Jenni pour son roman "L'art français de la guerre" (Gallimard).
Au sommaire :
Pour la septième année, France Culture et Télérama dévoilent leur sélection de la rentrée littéraire : dix romans français et dix romans étrangers parmi lesquels Caroline Broué, Arnaud Laporte, Olivier Poivre d'Arvor, Augustin Trapenard, Sandrine Treiner et Alain Veinstein, pour France Culture, ainsi que Michel Abescat, Nathalie Crom, Christine Ferniot, Gilles Heuré, Marine Landrot et Fabienne Pascaud, pour Télérama, vont devoir choisir.

Quinze romans ont été retenus par le jury Renaudot pour sa première sélection. C'est Emmanuel Carrère qui est récompensé. Le Prix Renaudot lui est attribué le 2 novembre 2011.

Les incontournables de la rentrée littéraire... Vous allez en entendre parler !
Toute l'équipe de la librairie Dialogues a pris plaisir à sélectionner pour vous les ouvrages présentés ici et forme le voeu qu'ils contribueront à vous faire passer de très bonnes fêtes. Au sommaire, des ouvrages pour la jeunesse, des dictionnaires et encyclopédies, des romans, des livres concernant les beaux-arts, l'art de vivre, la nature, les jeux, les sports, la mer, la Bretagne, les sciences humaines, des BD et mangas, des livres sonores et des agendas. Le catalogue imprimé est à votre disposition gracieusement à la librairie.

Je n'ai pas l'habitude de transformer mes livres en livre-hérisson mais j'y laisse plus ou moins de petits bouts de papier pour m'aider à retrouver les passages importants. Parfois, il n'y a aucun bout de papier, parfois beaucoup. Ce fut le cas pour ce roman. Et là, nous allons régler tout de suite la question de l'essai ou du roman. Sur mon exemplaire, on ne trouve pas le mot roman. Et en effet, ce n'en est pas un.

J'ai bien aimé ce roman, oui.
A l'image de Limonov, Carrère écrit simplement - pas toujours, sa plume l'emporte parfois, et certaines phrases dépareillent dans le récit. Ce n'est donc pas tant le style qui m'a plu que le personnage vedette.
"Limonov, personnage sulfureux", ai-je pu entendre ou lire ici et là. J'aurai envie de dire : sulfureux, plus tant que cela. A son époque certainement (années 60-70) mais depuis, beaucoup d'eau à couler sous les ponts, et d'autres ont fait pire.
Je qualifierai plutôt Limonov de personnage aventurier comme on n'en fait plus (il est d'ailleurs parfois comparé à Bob Denard) et d'opportuniste hors-pair (même si parfois, il perd la partie et se retrouve dans la dèche ou en prison).
Un héros lucide sur lui-même qui s'étonne que l'on puisse écrire sur sa vie, et la qualifie lui-même - sa vie - de "vie de merde".
Un homme comme on n'en fait plus en Occident, mais dont la Russie regorge. Sans doute est-ce en cela qu'il peut apparaitre "sulfureux".
J'ai beaucoup aimé le parallèle avec la vie de Vladimir Poutine, né comme lui d'un père policier et d'une mère femme de ménage au fin-fond de l'URSS, lui devenu un apparatchik et Limonov toujours dans l'opposition. Deux hommes, deux destins.
Toutefois, pas de révélations fracassantes non plus sur l'Histoire du XXe siècle, juste quelques mises au point (sur le conflit en ex-Yougoslavie, notamment).
Quel homme intéressant que ce Limonov !
L'image que je retiendrai :
Celle d'un homme toujours très bien habillé, allant jusqu'à se coudre ses pantalons à la dernière mode, et très soucieux de son apparence.
Ce que j'ai appris :
"zapoï" mot typiquement russe signifiant prendre une cuite pendant quelques jours sans désaouler et ne se souvenir de rien à son réveil. Impressionnant...
http://motamots.canalblog.com/archives/2012/02/06/23192001.html

est un roman qui pourrait être qualifiée de biographie romanesque.
A travers l'Histoire de ces 70 dernières années, Emmanuel Carrère nous propose de suivre la vie plutôt atypique d'un personnage haut en couleurs : Edouard Limonov.
Edouard dès son plus jeune âge aspire à bien mieux que ce que ses parents ont vécu et vivent encore.
Il veut s'extirper de cette Russie pauvre, froide et dure, et pour ça, il est prêt à tout. Il s'installera aux quatre coins du monde, endossera des rôles aussi différents que poète, clochard, tailleur, gouvernant chez un riche américain, écrivain, soldats aux côtés des Serbes, leader d'un parti radical et prisonnier politique...
Mais Edouard est contradictoire, et les personnages qui lui font envie (riches, intellectuels, hommes de pouvoir) et dont il aimerait avoir la place, il les méprise et les dénigre tout autant, car ils ne savent pas voir réellement qui il est.
Il sait profiter des portes ouvertes et des mains tendues dans les milieux branchés, pour être là où il faut pour faire parler de soi. Car Edouard Limonov est avant tout un homme qui a besoin de reconnaissance et qui veut exister dans le regard des autres.
En quête de gloire permanente il n'hésitera pas à faire des choix discutables, ce qui fait de lui un personnage à la fois fascinant et repoussant.
Carrère parle ici d'un homme qu'il a plusieurs fois rencontrés, il essaie de rester objectif (est-ce vraiment possible?) et ne veut pas juger son sujet. Il veut juste le raconter, et il le fait bien!
L'histoire de Limonov, est indissociable de l'Histoire Russe, et Carrère nous la fait parcourir à travers une analyse du communisme, des différents conflits, hommes politiques... Et j'ai aimé ça!

- Je pourrais vous dire que c’est un roman passionnant centré sur un personnage marquant. Mais si Limonov est sans conteste un homme qui marque les esprits, il est aussi un être prêt à tout pour échapper à sa condition tristement humaine et exister. Prêt à tout, et surtout prêt au pire pour devenir quelqu’un et s’échapper d’un destin étroit. Ce n’est pas un être attachant, et la fascination étrange de l’auteur pour cet homme est assez déroutante :
« « C’est bizarre, quand même. Pourquoi est-ce que vous voulez écrire un livre sur moi ? »
Je suis pris de court mais je réponds, sincèrement : parce qu’il a – ou poarce qu’il a eu, je ne me rappelle plus le temps que j’ai employé – une vie passionnante. Une vie romanesque, dangeureuse, une vie qui a pris le risque de se mêler à l’histoire.
Et là, il dit quelque chose qui me scie. Avec son petit rire sec, sans me regarder :
« Une vie de merde, oui. » » (p. 484)
La frontière entre biographie et roman est ténue ici et l’auteur le reconnaît lui-même "J'ai une réticence à utiliser ce mot, explique l'auteur. La définition du roman parle de fiction. Or, tous les événements rapportés sont véridiques, même si je garde une liberté dans la mise en scène. Et il y a aussi tout ce qui relève de l'inexactitude involontaire..." (source L’express, Jean-Paul Guilloteau)
- Je pourrais vous dire que l’on apprend des choses passionnantes sur la Russie et la politique de cette époque. Sauf que personnellement, je me suis ennuyée dans ces passages historiques et politiques.
- Je pourrais vous dire qu’Emmanuel Carrère est un grand écrivain, mais je n’avais pas du tout apprécié son « D’autres vies que la mienne », qui jouait trop sur le pathos à mon goût, et ici j’ai été énervée par ces allers et retours entre sa vie et celle de son héros, parce que je n’ai pas cette idée-là de la littérature et des romans.
- Je pourrais vous dire qu’il faut croire les critiques et découvrir cet ouvrage, et je pense qu’il faut le faire si :
1. Vous appréciez les biographies
2. Vous appréciez l’histoire du communisme
3. Vous vous intéressez à Edouard Limonov
4. Vous appréciez Emmanuel Carrère.
Sinon ? Il y a tant d’autres romans à découvrir…

Un soir, alors qu'il se trouvait à Moscou, Emmanuel Carrère aperçoit un visage connu : Limonov. Il l’avait rencontré pour la première fois au début des années 1980 à Paris quand Limonov avait accédé à un certain succès avec son livre Le poète russe préfère les hommes nègres. Il le croyait en prison et voilà comment Emmanuel Carrère s'est intéressé à la vie de Limonov.
Pourquoi écrire sur lui ? Emmanuel Carrère répond « Limonov, lui, a été voyou en Ukraine; idole de l'"underground" soviétique ; clochard, puis valet de chambre d'un milliardaire à Manhattan; écrivain à la mode à Paris; soldat perdu dans les Balkans; et maintenant, dans l'immense bordel de l'après-communisme, vieux chef charismatique d'un parti de jeunes desperados. Lui-même se voit comme un héros, on peut le considérer comme un salaud: je suspends pour ma part mon jugement. Mais ce que j’ai pensé (…) c’est que sa vie romanesque et dangereuse racontait quelque chose. Pas seulement sur lui, Limonov, pas seulement sur la Russie, mais notre histoire à tous depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale.
Quelque chose, oui, mais quoi ? Je commence ce livre pour l’apprendre. »

Bibliothèque idéale
Par Juliette.
Edouard Limonov. Je n’avais jamais entendu parler de lui avant, j’avoue. A priori le titre et le sujet ne m’inspiraient pas spécialement. Mais c’est écrit par Emmanuel Carrère, un de mes auteurs contemporains préférés. Alors je plonge.
Le livre commence lors de l’assassinat d’Anna Politkovskaïa en 2006, journaliste russe notoirement opposée à Poutine. Cet évènement amène Carrère à aller à Moscou interroger des proches de cette femme courageuse. Il assiste à une commémoration en hommage aux victimes civiles du théâtre de la Doubrovka (tout le monde a encore en tête ces images de personnes mortes asphyxiées dans des fauteuils de théâtre). Et c’est là qu’il aperçoit Limonov puis décide d’écrire un long papier sur lui. Finalement ce sera un livre.
Il faut bien tout un livre pour rendre compte de la vie d’Edouard Limonov. Il est de ceux qui ne prennent jamais de vacances, qui ont une énergie qui semble intarissable. Il est de ceux dont on peut vraiment dire qu’ils ont eu plusieurs vies dans une seule vie : voyou dans sa prime jeunesse, poète underground sous Brejnev, clochard puis laquais d’un milliardaire à New York, écrivain provocateur à Paris, soldat dans les Balkans, chef d’un parti politique d’extrême droite ou gauche (on ne sait pas bien) en Russie et enfin prisonnier politique sous Poutine. Le livre retrace son parcours de manière chronologique.
Ni admirable, ni détestable, Limonov fascine. C’est l’intelligence de Carrère de bien choisir ses sujets. Au-delà de ça, le récit est concis, sobre, limpide : Carrère nous parle de la grande Histoire sans jamais nous ennuyer et a toujours à cœur de ne pas perdre le lecteur dans des références historiques incompréhensibles.
Un très bon livre qui ne délivre pas de vérité toute faite mais tente de regarder sans juger la complexité d’une âme de guerrier. D’ailleurs, Carrère ne cesse de le dire : « c’est plus compliqué que ça ».