La deuxième personne
• Qui suis-je ?L'Avocat, un homme de loi arabe, installé dans la partie juive de Jérusalem, découvre dans un livre d'occasion un billet d’amour écrit de la main de sa femme. Son destinataire ? Sans doute ce « Yonatan » dont le nom figure sur la page de garde... Cette découverte fait naître en lui une jalousie impossible à maîtriser et le pousse à négliger son cabinet prospère pour retrouver celui qu'il soupçonne être l'amant de sa femme. Parallèlement à son enquête, on suit le parcours d’un jeune Arabe, Amir Lahav, assistant social, engagé pour s'occuper d'un jeune homme, paralysé, réduit à l'état végétatif à son domicile, qui s’appelle Yonatan. Un glissement d’identité s’opère peu à peu : Amir Lahav, l'Arabe, devient Yonatan Forschmidt, Juif ashkénaze, « bien sous tous rapports »... et photographe de talent.Tout ce roman est bâti sur la course éperdue des deux principaux protagonistes en quête de leur vérité, de leur réelle identité, mais aussi de la nature de l'amour, de la vie conjugale, de l'amitié, des destins croisés par la main diabolique du hasard. A la manière des Mille et une nuits, le récit noue les fils de l'écheveau, brouille les personnages (« Qui est arabe, qui est juif ? », comme sur les photos de Jonathan, puis d'Amir).
• Sayed Kashua est né en 1975 à Tira en Galilée. Arabe israélien, il vit à Jérusalem. Journaliste, il est chroniqueur au quotidien Haaretz. Il est aussi l’auteur d’une série télévisée, Travail d’Arabe, dans laquelle il se moque des Juifs, des Arabes, et surtout de lui-même, héros qui tente maladroitement de s’intégrer à la société israélienne. Comme dans ses livres, écrits en hébreu, qui mettent en scène le défit que représente la vie pour les Arabes israéliens, condamnés à naviguer entre deux mondes. Ses romans sont traduits en France - Les Arabes dansent aussi (Belfond, 2003) ; Et il y eut un matin (L’Olivier, 2006, et Points) – et dans de nombreux pays. Primé à plusieurs reprises (en Italie, Israel, Allemagne, USA), l'auteur a été fait chevalier des Arts et des Lettres en France.
Par Ness.
Jérusalem Est de nos jours. Un avocat respecté et respectable vit dans une paisible banlieue avec sa femme et leurs deux enfants. Sa vie quoique banale lui convient plutôt bien. Il n’avait encore jamais eu à la remettre en question, tout du moins pas avant de tomber sur un mot doux écrit par sa femme à un autre homme dans un livre acheté d’occasion. Tout n’est plus qu’alors doutes et suspicion. Qui peut bien être ce Yonatan à qui appartenait ce livre et sa femme et lui se voient-ils toujours ?
Amir, lui vient juste de finir ses études et travaille dans un centre social très peu fréquenté. Pour arrondir ses fins de mois et occuper ses nuits, il accepte un poste de garde malade. Tous les soirs, il doit veiller sur Yonatan, un jeune tétraplégique, fou de photographie. Peu à peu, il va endosser son identité allant jusqu’à s’instruire dans une école de photographie sous son nom.
Le destin de ces deux va s’imbriquer petit à petit pour construire une histoire autour de la quête d’identité dans un pays peuplé de juifs et d’arabes.
L’histoire monte en puissance jusqu’à la rencontre tant attendue entre les deux hommes. Une rencontre bien différente de celle imaginée.
Un livres très profond qui va bien plus loin que la découverte de ce petit mot. En donnant la parole à ces deux hommes, l’auteur pose avant tout la question de la dualité. Une dualité présente dans ce pays et dans la population qui le compose. Un très beau roman dont la fin soulève beaucoup de question car elle laisse le lecteur dans le doute.
Je tiens à remercier le club des Dialogues croisés pour cette très belle découverte. Il s’agit une fois encore d’un livre dont je n’aurai pas tenté la lecture sans eux.