Vous allez rire mais… vous n'allez pas faire que cela. Car ces "Nouvelles à ne pas y croire" n'ont pas volé leur titre.
On ne voudrait pas être à la place de leurs personnages. Et surtout pas à la place de ceux qui se croient blancs comme neige, comme ce candidat d'un jeu télévisé qui expédie ses proches en prison, ou ce voisin qui aime un peu trop rendre service. Leur point commun : tous sont des gens normaux qui se retrouvent dans des situations improbables, à vous rendre totalement timbré, mais face auxquelles ils essaient de garder la raison ou composent tant bien que mal. De là une première leçon : se nourrir d'illusions est parfois la seule façon de ne pas tomber fou dans notre société névrosée.
Fabien Maréchal pilonne (les faux amis, le monde du travail, la télévision, les jeux de pouvoir) mais ne tire cependant pas à vue, gratuitement. Il s'agit toujours de débusquer des préjugés si répandus que nous ne les percevons plus ainsi, une hypocrisie qui fait loi, une naïveté coupable. Voire une horreur dont nous nous accommodons petit à petit. Deuxième leçon : le pire ne s'impose pas d'un seul coup, mais il nous grignote lentement pour mieux nous enserrer.
Difficile de rapprocher ce recueil d'autres ouvrages. Bien sûr, les goûts personnels de l'auteur, détaillés sur son site, suggèrent quelques noms : Dino Buzzati et Raymond Queneau en tête, mais aussi Topor, Boris Vian ou, chez les humoristes, les Idées noires de Franquin ou les Réquisitoires de Pierre Desproges. Fabien Maréchal fait preuve d'une écriture très vive sans céder à la facilité du spectaculaire. On prend le temps d'accompagner les personnages dans leurs réflexions et leurs aventures. Troisième leçon : non, "nouvelle" ne signifie pas "récit très court aussi vite lu qu'oublié" !
A noter que ce recueil est publié aux éditions Dialogues, qui montent sérieusement depuis peu. Cet éditeur a sorti coup sur coup des textes du philosophe Michel Serres et le livre d'Irène Frachon qui a déclenché le scandale du Mediator, puis, dans le désordre, des nouvelles "osées" de Paul Fournel (le "secrétaire définitivement provisoire" de l'Oulipo, dont le dernier roman, "La liseuse", fait parler de lui) et récemment des ouvrages de Denis Labayle, Hervé Hamon (dont deux ouvrages parus chez d'autres éditeurs ont été chroniqués sur ce site) et Claire Fourier (idem). Quatrième leçon : voilà une belle diversité qui s'affirme encore avec ces "Nouvelles à ne pas y croire", un petit ouvrage qui vous prend par surprise et ne vous lâche plus, dans le rire comme dans la stupéfaction.
Par Eireann Yvon.
Disons tout net ce livre est un des plus délirants qu'il m'ait été donné de lire ! Et pourtant avec Pierre Dac et Flann O'Brien en passant par Stephen Leacock ou S.J Perlman, je pensais avoir lu quelques modèles du genre ! Je m'étais trompé, ici c'est quasiment du delirium, mais pas très mince !Par contre les substances qui ont amené à cette imagination débridée mériteraient d'être autorisées !
Sept nouvelles, mais contrairement au jeu des sept erreurs, ici il n'y a rien à jeter....
Voyons cela dans le détail !
Les objets font la loi, imaginez que votre cafetière s'enfuit, comme cela sans prévenir, vous vous diriez c'est fort de café ! Il faut alors songer à la remplacer, mais le monde a changé et ce n'est plus si facile que cela, certaines voitures refusent de démarrer.....Positivons, le pétrole n'est plus de première nécessité !
« Nus » est la seconde nouvelle du recueil et la plus longue....Un dicton populaire parle de « vérité toute nue » mais un autre dit « Toute vérité n'est pas bonne à dire ». Alors dilemme ! Vos invités arrivent pour manger dans le plus simple appareil...évidement cela commence par jeter un froid...mais bien vite l'hôte de la maison se dit que son invité a la plastique plus qu'agréable.....un sexe bien épilé inspire des pensées impies....les choses étant ce qu'elles sont et les mathématiques une science exacte qui dit que 2+2 font et prenez le dans n'importe quel sens 4......
Une nouvelle a pour titre « Pas de nouvelles »....c'est paradoxal pour un recueil de ce style littéraire.....car sans nouvelles, un recueil de nouvelles n'est qu'un livre blanc.....mais dans un journal télévisé c'est encore pire....écran vide et carré blanc.... le présentateur se fait des cheveux blancs tout en souriant de ses dents blanches....c'est dure la vie.
Télévision encore dans ce jeu : dénoncer, il en résultera toujours quelque chose....de l'audimat par exemple. La question peut être posée, la dénonciation est-elle une saine occupation ? Que ne ferait-on pas pour deux choses importantes : passer à la télévision à une heure de grande écoute et devenir riche...certains sont prêts à tout, même au pire. Version apocalyptique de la société future, les jeux du cirque version grand écran et visibles par un nombre toujours plus important de spectateurs. Le nom de ce jeu peut être sponsorisé par le syndicat des opticiens « Je vous ai à l’œil » allons-y d'une petite larme...merci.
« La ligne » imaginez-vous avant dans un temps pas si lointain, sur les rails les convois filaient bon train, pour où, personne ne le savait et cela ne dérangeait personne, les gares n'avait pas de noms, les horaires étaient une notion abstraite, les allers et retours inimaginables.....comment a t-on pu arriver au monde moderne...et payer pour un voyage !
« Les voisins », tout le monde sait qu'il y a à boire et à manger dans les histoires de voisinages, certains trouvent la voisine appétissante, certaines relations sont croustillantes et ne manquent pas de sel.....mais parfois tout cela se termine en eau de boudin et c'est fini le temps où tout le monde cassait la croûte ensemble !
« Les oiseaux » du film d'Hitchcock sont de joyeux drilles comparés à ceux qui peuplent le ciel dans « Ceux d'en haut ». Dans la vie il est difficile de ne rien casser, même pas un œuf....cela mérite-t-il une punition ? Oui dit un juge dont la seule ambition est de rentrer dans les plumes de l'accusé.....Un texte noir de la couleur du plumage d'un corbeau !
Des objets qui décident chez qui ils veulent vivre, un couple qui parait ordinaire, mais des invités qui le sont beaucoup moins, car non content de venir dans le plus simple appareil, ils claquent la porte en partant ! Quel manque de correction ! Mais certaines personnes sont plus correctes et vous invitent bien volontiers à leur table....pas toujours plusieurs fois, mais c'est le geste qui compte.
Des situations qui, de prime abord, semblent absurdes, mais au fond est-ce bien sûr ? Prenons l'exemple type, la télévision et ses émissions de « Télé-réalité », reflets profonds des dérives de notre société, ne parlons pas des journaux télévisés..l'art et la manière d'annoncer les pires catastrophes du monde avec un sourire niais !
On sourit et parfois on rit mais jaune, car dans certains textes les humains ne sont plus les maîtres du monde. « Ceux d'en haut » donne à réfléchir sur notre comportement vis à vis du monde animal.....et si ceux-ci dominaient le monde ? Ils nous plumeraient gentiment !