Léger, humain, pardonnable
roman
« Enfant, j’imaginais toujours que les vieux (quarante ans) avaient un net avantage sur moi. Leurs visages aux cheveux qui viraient à l’argent, leurs yeux étoilés jusqu’aux tempes, leurs corps faits, arrivés, me disaient qu’ils avaient un contrôle absolu sur tout. Ils ne dépendaient de personne, ils avaient le droit d’être heureux.
Je ne me doutais pas qu’ils pensaient à la mort, de plus en plus souvent, et à la déchéance à venir, qu’ils ne pouvaient pas faire semblant puisque le temps leur disait tous les jours, attention, je m’écoule, ça ne s’arrêtera pas, jouis du bonheur que tu possèdes encore.
Est-ce que j’ai accumulé assez de bonheur pendant la première moitié de ma vie ? »
Sur un ton direct et lyrique en même temps, Martin Provost parle de son enfance et de son adolescence, autour de trois faits majeurs : la mort accidentelle de son frère Philippe, l’avortement de sa sœur Isabelle et la découverte de son homosexualité. Ces trois événements, traités avec profondeur et simplicité, sont des échos perçus comme négatifs du climat familial. On reconnaît ici la qualité du regard du cinéaste, attentif aux exclusions, au sentiment de solitude que les êtres très sensibles peuvent éprouver.