Itinéraire d'enfance
roman
ITINÉRAIRE D’ENFANCE. Paru en 1985 au Vietnam, alors que la publication des livres de Duong Thu Huong y était encore autorisée dans son pays, ce roman de formation remporta un énorme succès. Il est pour la première fois traduit en français.
Duong Thu Huong y évoque les tribulations d’une gamine espiègle et entreprenante à la fin des années cinquante. Bê a douze ans, sa vie dans le bourg de Rêu s’organise entre sa mère, ses amis, ses voisins et ses professeurs. Son père, soldat, est en garnison à la frontière nord. Mais parce que son caractère est déjà bien trempé et qu’elle ne supporte pas l’injustice, elle prend la défense d’une de ses camarades abusée par un professeur, et se voit brutalement exclue de l’école. Révoltée, elle s’enfuit de chez elle, avec sa meilleure amie, pour rejoindre son père.
Commence alors un étonnant périple : les deux adolescentes, livrées à elles-mêmes, sans un sou en poche, voyagent en train, à pied ou en autobus, à travers les montagnes du nord, peuplées par les minorités ethniques. Elles finiront par arriver à destination, après des aventures palpitantes et souvent cocasses : Bê la meneuse, non contente d’avoir travaillé dans une auberge avec son amie, tué le cochon, participé à la chasse au tigre, va également confondre un sorcier charlatan et jouer les infirmières de fortune.
Au fil des mois et des rencontres, l’adolescente grandit, mûrit, et fait l’apprentissage de la liberté. Duong Thu Huong avoue avoir donné beaucoup d’elle-même à son héroïne…
C’est donc un véritable roman d’éducation que ce livre limpide et captivant qui, dans un festival de sons, d’odeurs, de couleurs et de paysages, dépeint la réalité du Vietnam après la guerre contre les Français.
Née en 1947 au Viêtnam, Duong Thu Huong, pour avoir défendu ses convictions démocratiques, a été emprisonnée en 1991. Elle a vécu en résidence surveillée dans son pays jusqu’en janvier 2006, date de son arrivée à Paris pour la sortie de Terre des oublis (Sabine Wespieser éditeur), dont le succès l’a incitée à rester en France pour se consacrer à l’écriture.
Par Gwenaëlle.
Dans le Vietnam des années 50, à la suite d’une injustice, Bê, jeune fille de treize ans, est exclue de son école et contrainte de prendre la route pour aller retrouver son père, responsable d’une garnison à la frontière du pays. Accompagnée de sa meilleure amie, la fillette va faire, en chemin, la connaissance de plusieurs personnes, tantôt bonnes, tantôt mauvaises et s’initier ainsi peu à peu à la vie, à ses beautés, à ses dangers. C’est un véritable roman d’initiation, empreint d’une grande humanité, pétri aussi par une culture orientale qui ne fait pas de l’homme le centre de l’univers… Là tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté… Ces vers me sont venus à l’esprit quand j’ai refermé ce livre que j’ai lu presque d’une traite… Je vais essayer de vous expliquer pourquoi…
Ordre : L’écriture de Duong Thu Huong est d’une grande clarté. Son style fluide laisse couler aussi bien les mots que l’histoire, dans un beau mélange d’odeurs, de couleurs et d’émotions. La construction rigoureuse du récit n’apparaît pourtant pas aux yeux du lecteur, tout entier captivé par l’histoire de la petite Bê. Et pourtant il se déroule, implacable, alternant descriptions et péripéties, moments de joie ou de peine, à l’image même de la vie de l’enfant.
Beauté : Elle s’exprime d’abord par les paysages. Flamboyants en fleurs, herbe verte des chemins, pluie comme une cascade argentée, rondeurs des collines… Les contrastes de couleurs, les effets du soleil et de l’eau, la limpidité d’une rivière. Tout y est admirablement décrit, sans que jamais cela devienne lourd ou envahissant. La nature, la ville forment les décors où Bê et son amie évoluent, influant sur leurs humeurs et leurs actions. La beauté s’exprime également par certains personnages dont la bonté et la douceur rayonnent tout au long du livre. La mère de Bê, son maître d’école, ce vieil homme rencontré dans la montagne, le soldat, le médecin : tous jouent un rôle très important dans ce roman de formation qui raconte l’évolution d’une petite gamine de 13 ans qui découvre le monde. Enfin la beauté, c’est aussi tout simplement cette histoire, véritable hymne à la vie!
Luxe : C’est un luxe bien différent de celui de nos sociétés modernes. L’auteur excelle par exemple à décrire les mets préparés par les uns et les autres, une cuisine simple et roborative qui flatte le palais des personnages mais aussi celui du lecteur! Soudain, on prend conscience de ce plaisir sain : manger quand on a bien faim! Le luxe, c’est aussi l’épaisse veste de coton ouaté qui permet de garder la chaleur du corps, le poêle dans la cuisine, quand le crépuscule noie la maison de brouillard. Le luxe, c’est la main qui se tend quand l’enfant croyait que tout était perdu…
Calme : Il émane de l’ensemble de cette histoire une véritable sérénité car l’auteur ne joue jamais sur un suspens créé de toutes pièces. Ce qui m’a étonnée, c’est le calme relatif avec lequel les adultes prennent ce départ. Si la mère de Bê est inquiète, elle imagine que les événements ont poussé sa fille à aller chercher refuge chez des parents. Le fait qu’elle ait pris la route ne la perturbe pas plus que cela. Une forme de confiance est accordée aux enfants et surtout, ce genre d’aventure fait partie de la vie. Les gens rencontrés en chemin forment tout autant les jeunes filles que leurs propres parents. Chaque expérience est emmagasinée, telle un précieux grain de riz et toutes ne prennent leur sens qu’une fois le périple achevé.
Volupté : Volupté de la lecture, tout simplement. De se laisser emporter par un récit captivant, dans un pays méconnu, à une époque révolue. Volupté de s’abandonner, de s’immerger dans une belle histoire. Volupté de lire (enfin!) un bon livre!
En bref, vous l’avez compris, une lecture extrêmement enrichissante , qui rassasie l’esprit et les sens, que je vous recommande!