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Père des mensonges

Brian Evenson, Traduit De L'Américain Par Héloïse Esquié

mercredi 10 mars 2010

Le doyen Fochs, un homme respectable et respecté, souffre depuis peu de troubles du sommeil. Il parle d’une voix au timbre étrange, profère des paroles obscènes. Lorsqu’il vient à porter la main sur sa femme durant ses nuits agitées, elle lui demande d’aller consulter un psychothérapeute Feshtig. Durant les consultations, Fochs parle de ses rêves très étranges : une attirance pour les jeunes garçons, des actes de pédophilie. Il évoque également la scène de meurtre d’une jeune fille. Feshtig va faire le lien avec un crime commis récemment dans la communauté. Sauf que l’innocence de Fochs ne fait aucun doute pour ses supérieurs de la Corporation du Sang de l'Agneau (les Sanguistes). Une secte religieuse, très conservatrice où les membres de la communauté ont une confiance absolue dans ses représentants. Quand Feshtig va alerter les autorités religieuses, il se retrouve discrédité.

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Amok

Stefan Zweig

lundi 08 mars 2010

Amok ou quand la passion flirte dangereusement avec la folie pour au final n’en faire qu’un seul et même état. Trois passions obsessionnelles sont décrites sous formes de nouvelles. L’âme humaine torturée et tortionnaire est mise à nu.

L’Amok , en Malaisie, est celui qui, pris de frénésie sanguinaire, court devant lui, détruisant hommes et choses, sans qu’on puisse rien faire pour le sauver. Dans la première nouvelle, le narrateur, passager sur un paquebot se voit devenir le confident d’un homme atteint de cette démence singulière.

Lettre d’une inconnue met en scène la passion dévastatrice. L’amour irraisonné, démesuré d’une jeun fille de treize ans pour un homme. Il ignore ses sentiments qui ne vont cesser de croître dans le temps. Devenue femme, elle sacrifie tout pour cet homme qu’elle adule en silence. Elle est aimante, pardonne ses maitresses, le guette, le surveille, vit pour un regard croisé.

Dans la ruelle au clair de lune, la passion dominatrice devient humiliante, objet de vexations. L’homme subit et ne peut se défaire de celle qu’il aime. Une autre forme d’amour intervient ici également, l’amour purement charnel, plaisir de la chair que l’on achète à une prostituée.

Captivée par chacune des trois nouvelles, j’ai bu les mots de Stefan Zweig qui nous emmène explorer les tréfonds de l’âme et des sentiments. Il nous guide en douceur, jamais brusquement et c’est magnifique !


La Place

Annie Ernaux

samedi 06 mars 2010

Un livre tout en pudeur où Annie Ernaux parle de son père. Après son décès, elle a voulu relater sa vie sans chercher à provoquer chez le lecteur de la pitié ou un autre sentiment. Juste raconter les faits, les événements et dire que oui, elle a eu honte de son père.
Son père travaillait aux champs puis il est devenu ouvrier. Une rencontre et le mariage mais toujours faire attention à l’argent, économiser « au cas où ». Ses parents ont pu ouvrir un café-épicerie comme il en florissait à l’époque. Ce n’est pas pour autant qu’ils ont changé leurs habitudes. Toujours la peur au ventre de perdre le commerce et de se retrouver sur la paille. A l’âge de l’adolescence, Annie Ernaux a commencé à fréquenter des amies issues de milieux sociaux plus aisés. Poussée par ses parents à réussir dans ses études, le sentiment de honte a germé vis-à-vis de ce père qui n’avait pas d’instruction. C’était un français modeste qui faisait partie de cette classe des « braves gens ». On ne se mélangeait pas ou très peu, chacun à sa place …

Avec les années, le respect remplacera la honte. Comme dans « la femme gelée », j’ai retrouvé ce style épuré sans fioritures inutiles et où les sentiments apparaissent en toute simplicité.

Un livre intemporel où elle rend hommage à son père en toute franchise. Accepter ses origines et ses parents tels qu’ils sont permet de se construire.


Mon couronnement : roman

Véronique Bizot

jeudi 04 mars 2010

Après « les sangliers » de Véronique Bizot , je me suis laissée tenter (ô mot si délicieux…) par « mon couronnement » et je remercie Véronique de chez Dialogues de s’être transformée en petit démon…

Monsieur Kaplan, ancien chercheur à la retraite, voit son quotidien bouleversé. Il apprend qu’il va être décoré pour une découverte scientifique qu’il a faite il y a bien longtemps et dont il ne souvient plus. Son salon se retrouve envahi de gens, son téléphone sonne sans arrêt. Mais lui, il s’en fiche, il ne veut pas être dérangé dans ses habitudes. Lui qui aime la tranquillité et observer de sa fenêtre les passants, n’apprécie pas que se journées soient bousculées. Même Madame Ambrunaz, sa femme de ménage et sa plus proche amie, le presse, insiste pour qu’il accepte cet honneur. La clé de l’évènement étant une cérémonie officielle.

A travers Monsieur Kaplan, Véronique Bizot nous dépeint la vieillesse. Pas celle où l’on passe ses journées à faire de la « gym- voyages- club d’échecs » et autres activités. Non, la vieillesse moins glorieuse. Celle où l’on attend que le temps se passe, où la mémoire flanche, et où la gêne de ce corps plus très vaillant se fait sentir honteusement.

C’est doux et amer, piquant d’un humour teinté d’ironie et on se prend d’affection pour ce vieux monsieur qui égrène ses souvenirs d’une vie passée…

Un livre coup de cœur pour le sujet, le style et la plume de Véronique Bizot !


La nuit blanche récit

Hervé Bellec

jeudi 04 mars 2010

J’ai accompagné Gwen dans ses derniers jours. J’étais là à l’hôpital quand elle n’arrivait plus à respirer et que son corps s’est mis à se secouer de spasmes. L’infirmière nous a fait un signe de la tête et là, j’ai baissé les yeux, la gorge serrée d’émotions. L’envie de chialer, de pleurer des grosses larmes. De se vider de toute cette révolte, parce que Gwen c’est l’amie, la sœur, la cousine fauchée par un cancer à trente-huit ans. Hurler et crier « Gwen, reviens ! t’as pas le droit de mourir pour toi, pour tes enfants, pour ton mari, pour nous. Qu’est ce qu’on va devenir sans toi ? Hein, dis-le-moi. Qui ira se promener avec moi le long de la rade ? Ou alors plus dans les terres, là où la bruyère et les ajoncs tapissent le sol. » On était à ses cotés les bras ballants, statues pétrifiées de sel et de douleur. Ils ont amené Gwen chez elle, dans sa maison. Poupée triste au front froid à qui on allait rendre visite.

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