Les Brumes de l'apparence

Les Brumes de l'apparence

Frédérique Deghelt

Le Livre de Poche

  • 16 septembre 2017

    Au-delà des apparences

    À quarante ans, Gabrielle a visiblement tout ce qu’elle désire : un mari chirurgien plastique formidable et séduisant, un fils adolescent sans problème, un métier dans la communication qui lui plaît. Elle s’épanouit dans cette vie moderne, dans ce tourbillon qu’elle appelle, pompeusement peut-être, la vie. Parisienne, elle ne jure que par l’urbain et exècre tout ce qui touche, de près ou de loin, à la nature. Alors, lorsqu’elle apprend qu’elle hérite d’une masure délabrée à la campagne, un terrain au milieu de nulle part, dans une région de France dont elle ignore tout, et à des heures de la capitale, l’affaire est déjà pliée : elle veut vendre, et vite. Garder ces hectares de forêt est hors de question. Elle doit cependant faire le voyage pour effectuer la transaction immobilière. Loin de tous, seule et sans réseau, on lui refuse une chambre d’hôtel et elle est contrainte de dormir sur son terrain. Cette nuit là, des choses étranges se passent. Un parfum de fleurs, une baignade dans la rivière, la sensation d’être épiée, et surtout, ce sentiment de plénitude et d’amour qui l’habite… Et puis un rêve inquiétant, et tout s’accélère. D’étranges rumeurs courent dans le village. On lui dit que son terrain est invendable : surnommée « la terre des sorciers », elle serait hantée par les esprits des guérisseurs. Gabrielle n’y croit pas, jusqu’à ce que ses cauchemars deviennent réalité, et qu’elle découvre être la nièce d’une guérisseuse, et peut-être l’héritière d’un don de clairvoyance : la faculté de voir les morts et de soigner.

    On ne sait pas bien quand le malaise s’installe, mais il est tenace, jusqu’à la fin. D’ailleurs, au quotidien, il suffit seulement d’évoquer les esprits ou les âmes, - qu’importe, leur nom n’a pas d’importance - pour qu’un rire fuse, ou que l’on change de sujet inopinément. Oui, parler d’un au-delà dérange… mais pas Frédérique Deghelt, qui laisse à son héroïne le temps de douter, de se rétracter, de refuser de valider l’incroyable. Issue d’un milieu privilégié, Gabrielle n’ose pas parler de ce qui lui arrive, de peur de passer pour folle. Sa vie bascule, mais à qui se confier sans paraître ridicule ? Comment aller de l’avant, quand tout ce qui la rattachait à sa propre vie semble s’écrouler ? Chaque promenade nocturne, chaque rêve inquiétant est prétexte à poser les questions angoissantes qui nous taraudent. Le portable éteint, loin de la ville et des autres, les pensées de l’héroïne jaillissent, imprévisibles. « Est-ce que je suis dans un monde qui ignore à ce point le sentiment, qu’il prend des manifestations d’affection pour preuve d’une santé mentale défaillante ? »
    Si Gabrielle avance à tâtons, l’auteure maîtrise parfaitement ce sujet inédit et délicat. Se glissant entre les croyances irrationnelles et les signes tangibles, elle pose la question de la différence, de notre effroyable intolérance face à ce qui nous est éloigné. Peu à peu, son héroïne laisse son rassurant quotidien s’effondrer, et va devoir faire face au désarroi de ses proches, à leur incompréhension surtout, d’une violence extrême, presque insensée. Elle découvre deux mondes opposés, celui de l’irrationnel, de l’ouverture et du possible, face à notre quotidien, follement étriqué. « Oui, il nous arrive des choses extraordinaires. Mais on les rejette d’emblée, parce qu’elles nous font peur et que l’on nous dit que c’est impossible », nous dit l’auteure. Sur un ton philosophique et profondément humaniste, Frédérique Deghelt nous pousse à prendre conscience de l’essentiel, bien au-delà des apparences.

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