L'Avancée de la nuit

L'Avancée de la nuit

Jakuta Alikavazovic

L'Olivier

  • 11 mai 2018

    Tissage méticuleux pour un roman passionné

    Paul et Amelia se sont croisés à l’hôtel Elisse. Héritière des lieux, elle y occupait à demeure la chambre 313. D’origine modeste, il y était gardien de nuit. Ensemble, ils fréquentaient le même cours à l’université, celui d’Anton Albers, la fille d’un sympathisant nazi. Elle les passionnait sur le thème de la ville de demain. Enfin, surtout lui qui avait besoin des études pour sortir de son milieu. Amelia n’en avait rien à faire. Anton était surtout l’ultime lien avec sa mère, la poétesse, Nadia Dehr.

    Avec un père absent, Amelia a toujours souffert de la fuite de sa mère, partie œuvrer pour la paix à Sarajevo quand elle n’avait que dix ans. Et c’est pourtant le même schéma qu’elle va reproduire.

    Amelia, rousse flamboyante, jugée provocante pouvait aussi être aussi attentive et passionnée avec Paul. Etait-il si charmant qu’on pouvait lui briser le cœur?
    Amelia ne peut pas être amoureuse, ce serait une façon de ne pas vivre. Elle choisit la fuite puis revient encore plus fragile, meurtrie. La maternité la terrasse définitivement, elle, aussi ira chercher l’effondrement où il se trouve, à Sarajevo. Elle se trouve mieux « dans la guerre, qui elle au moins est franche. »

    Paul élève seul la petite Louise. Il ne lui parlera pas de sa mère, tout comme son père ne lui disait rien du pays d’où il venait.

    Paul devient un père protecteur, inquiet. Peut-être à cause de cette hérédité qui éloigne les femmes de la lignée. Mais on ne tient pas les oiseaux en cage.

    Jakuta Alikavazovic jalonne son récit d’idées qui reviennent harmonieusement. Il y a cette lumière bleue des cités, les drones, les cheveux courts des femmes, les matières toxiques des couvertures, les écrits des mères, les oiseaux, la chemise d’homme…Des choses parfois insignifiantes qui reviennent dans les vies des différents personnages et donnent de la lumière et de la magie à un récit qui peut parfois paraître sombre et complexe. Il faut dire que l’auteur brode autour de nombreux thèmes.
    Bien sûr, la passion amoureuse. Si l’amour fou de Paul est subtilement décrit, celui d’Amelia, plus complexe est aussi touchant.
    Mais l’auteur illustre aussi les relations parents/enfants sous de nombreuses facettes.
    Et puis, la ville et ses peurs, le racisme, la guerre, la destruction des ressources naturelles, la différence sociale, la solitude de l’enfant unique, l’adolescence, la manipulation d’informations…chaque thème ne prend vie que le temps d’un exemple mais s’insère parfaitement dans une globalité parfaite.

    L’avancée de la nuit est un roman multiple, un roman d’une grande richesse, un roman attachant qui prend toute sa mesure dans sa globalité avec une ambiance qui me restera au corps longtemps après ma lecture.


  • 16 avril 2018

    J’ai d’emblée été séduit par le style de Jakuta Alikavazovic. Elle tricote ses phrases, les travaille, travaille remarquablement la ponctuation, rien dans ses phrases n’est élémentaire. C’est plaisant ce style, ces redondances, ce rythme et cette intensité qu’elle crée.
    Mais j’avoue qu’après le premier tiers je ne saisissais plus certaines phrases. Le style changeait, devenait plus alambiqué et l’histoire me semblait être marquée par quelques évènements ou digressions trop particulières. Et puis c’est un roman sombre, assez pesant, pas de ceux dans lesquels on aime s’abandonner.
    Il y a comme une histoire d’amour impossible dans ce roman mais je trouve que les non dits et les circonvolutions de styles atténuent le plaisir de la découvrir.
    Je trouve dommage que l’ensemble n’ait pas été à la hauteur du dernier chapitre, plus linéaire, plus clair, plus simple en fait. Déception.


  • 16 septembre 2017

    La passion et les ruines

    Le roman de Jakuta Alikavazovic est l’un de mes grands coups de cœur de cette rentrée. Dans un entretien, l’auteure dit avoir écrit « l’histoire d’un homme amoureux d’une femme qui est amoureuse du monde ». On ajoutera que ce roman d’amour envoûtant est inséparable d’une réflexion puissante sur la ville moderne.

    ** ****Une passion incandescente**

    ** **Avant de rencontrer Amélia Dehr sur le campus, Paul a beaucoup entendu parler de cette étudiante énigmatique qui vit à l’hôtel.

    Lire la suite de la critique sur le site o n l a l u


  • 24 août 2017

    Disparaître dans la ville

    Certains romans se laissent difficilement contraindre ou résumer et c’est le cas de celui-là tant il est dense, multiple et foisonnant. Au point de départ, c’est l’histoire d’un amour, d’une passion qui unit Paul et Amélia. Mais il est aussi question de la difficulté à vivre, de fidélité à nos convictions, de la guerre en ex-Yougoslavie et de ses meurtrissures. Il est question encore d’architecture et des lumières dans la ville, de la ville elle-même qui protège ou dévore c’est selon, ville-ogre ou ville-matrice comme métaphore de la dureté du monde. Il est question enfin de filiation, de transmission, d’abandon et de nos solitudes extrêmes.
    Jakuta Alikavazovic nous offre un roman noir, mais d’une noirceur étrange et belle, aliénante. Elle scrute nos angoisses dans un monde en pleine mutation, anxiogène. Un roman qui se mérite (un peu) et nous réjouit (beaucoup) !