Instructions pour sauver le monde

Instructions pour sauver le monde

Rosa Montero

Anne-Marie Métailié

  • 29 septembre 2010

    Quatre personnages qui vont se croiser, se rencontrer et se découvrir. Quatre personnages avec leurs maux et leurs souffrances…

    Matias, le chauffeur de taxi vient d’enterrer sa femme emportée par un cancer. Daniel, médecin urgentiste a perdu depuis bien longtemps la foi en son métier et en son couple qui n’en est plus qu’un que par les apparences. Il s’est inventé une vie différente dans un jeu vidéo auquel il consacre tout son temps. Cerveau, l’ancienne professeure de renom se noie dans l’alcool dans un bar près de l’autoroute et Fatma, la beauté africaine, vend son corps pour de l’argent.
    J’ai tellement aimé ce livre qu’il m’est difficile d’en parler! Avec de tels personnages, on pourrait penser à une histoire basée sur les bons sentiments. Eh bien non, ici la noirceur côtoie le sublime et même si les personnages ressemblent plus à des gueules cassées qu’à des héros, l’espoir et la lumière sont omniprésents en filigrane.
    Comment aller de l’avant ou plutôt comment ne pas reculer ? Telle pourrait être la question que chacun des personnages se pose. Quatre personnages, quatre vies qui vont se heurter ou s’aider au hasard de la vie. Mais chacun garde le choix de sa destinée comme pour nous rappeler que nos tenons dans nos paumes les dés de nos vies…Vous racontez comment ils vont se rencontrer ou quelle sera la fin ? non, lisez- le livre....
    Rosa Montero déroule une histoire si prenante que j’ai eu du mal à lâcher ce livre. Une histoire sombre, dure mais il en ressort un tel optimisme qu’au final on en est imprégné !


  • 29 juillet 2010

    Ils sont quatre esseulés dans la grande et tumultueuse Madrid. Ils vivent la nuit. En elle, au coeur de sa pénombre menteuse, ils pensent pouvoir survivre mieux qu'en pleine lumière.

    Il y a Matias, inconsolable depuis la mort de sa bien-aimée Rita, chauffeur de taxi désespéré qui cherche le coupable, celui qui n'a pas su sauver sa femme. Il y a Daniel, médecin médiocre dont le couple dérive depuis longtemps, qui se perd dans les univers factices de Second Life. Il y a Cerveau, ancien professeur de renom, vieille femme égarée dans la boisson et dans des théories physiques. Il y a Fatma, superbe prostituée, fleur éclose du fumier, qui remonte le courant du malheur avec l'aide de son totem, un minuscule lézard. Ces quatre solitaires vont se croiser au coeur des nuits madrilennes et nouer des destinées tumultueuses tout à fait humaines. Et il y a, quelque part dans la capitale, l'assassin du bonheur, un tueur en série qui, après avoir offert un dernier moment de bonheur à des personnes âgées, met fin à leurs jours en figeant leur visage dans un sourire forcé.

    J'ai été happée par ce roman. Les personnages se situent en marge de leur vie et ils assistent à ce qu'ils croient être la chute du monde. Sur fond vaguement policier, l'intrigue se pose en une lente découverte des existences tourmentées de quatre êtres sans aucun point commun. Aucun point commun? Et pourtant!! Ils sont tous les quatre dans une solitude si profonde que la solitude du voisin semble être un réconfort. Chacun a perdu quelque chose: une épouse, l'envie de vivre, l'optimisme, etc.

    Matias, Daniel, Cerveau et Fatma sont connectés pour le meilleur et pour le pire. Il n'y a pas de pure individualité, de vraie solitude. Chaque existence influe sur le marche du monde. Chaque être a sa part de responsabilités dans les dégâts et les beautés de l'univers. Coïncidences ou destinée selon le nom que l'on lui donne, le monde a sa façon bien à lui de tendre vers un équilibre dont personne ne peut entrevoir la vérité. "Peut-être est-ce l'univers tout entier qui tend inexorablement vers la symétrie, comme le soutenait Paul Kammerer avec sa loi des séries." (p. 265)

    Mais il n'y a pas que cela. L'auteure sait aussi nous rappeler qu'elle tire des ficelles qui, si elles sont grosses comme le doigt, peuvent devenir invisibles quand elles sont maniées avec talent! "Vous savez bien que, nous autres narrateurs, nous sommes des types rusés, amoureux des structures circulaires et des symétries." (p. 265)

    Ce roman drôle et terriblement émouvant propose un titre qui laisse attendre une liste de consignes. Où sont-elles ces fameuses instructions? Elles sont partout au fil des pages. Pour sauver le monde, il faut lui sourire, tendre la main au voisin, sortir de sa neurasthénie et de sa solitude jalousement entretenue. Il faut cesser de croire au pire pour envisager le meilleur. "Pour quelles raisons n'avons-nous aucune peine à croire en la misère, en la cruauté et en l'horreur du monde, alors que lorsque nous parlons de bons sentiments il nous vient aussitôt un rictus ironique au visage et nous considérons cela comme une niaiserie?" (p. 269) Ce livre est une leçon d'optimisme, un réquisitoire pour le bonheur, un aller-simple vers la sérénité.