• 24 août 2010

    Où le tracteur trace le sillon

    Chère Marina,

    Je regrette de ne pas avoir rencontré votre nom plutôt. Samedi dernier, j’étais à un tournoi de Scrabble des noms propres. Et oui, chacun ses loisirs. En mot compte triple, et avec les sept lettres qui forment un scrabble, vous valez 152 points. 152 points, c’est le nombre de points qui me manquaient pour gagner le tournoi et gagner un napperon brodé avec mon nom dessus.

    J’aurais ajouté le vôtre dessus. Le titre de votre roman est étonnant « une brève histoire du tracteur en Ukraine ». Et de fait, on apprend des choses sur l’importance du tracteur dans une économie moderne. Sans tracteur pas d’agriculture performante. Sans agriculture performante, et donc moins gourmande en main d’œuvre, pas d’exode rural, pas d’industrie, pas de services, pas de Facebook et de Twitter. Deux heures de lecture gagnées chaque jour. Pour votre prochain livre peut-être.

    Et si l’on parle de tracteur dans votre livre, c’est que l’un des personnages central, Nikolaï Mayevska, gros score au scrabble aussi, écrit un traité sur l’histoire du tracteur dans son pays natal. Lui, vit en Angleterre, mais éprouve une certaine nostalgie en repensant à sa vie d’avant.

    Mais là n’est pas l’intrigue, et je vous soupçonne, le KGB me renseignera, d’avoir pris pour prétexte cette histoire du tracteur comme fil conducteur du bouquin rien que pour le titre qui attire l’attention sur les linéaires des librairies. En anglais, votre langue d’écriture, c’est le même titre, mais en anglais of course.

    tracteur

    Nikolaï est octogénaire mais a les hormones qui le démangent. Il veut se marier avec un stéréotype, une ukrainienne, forte poitrine, yeux bleus, grande, gourmande, il aurait été au bordel, cela lui aurait coûté moins cher. Mais voilà Nikolaï est un sentimental. Il l’aime, elle dit l’aimer. Ils se marient. Patatras. Voilà que l’histoire ne déroule pas aussi bien que prévue. Les filles de Nikolaï s’en mêlent pour sauver leur père. Elles y parviendront. On sent quelques langueurs monotones des sanglots longs de l’automne au cours de votre livre, Marina. Mais sans que l’on soit dans un thriller comme Savemore, dont je vous parlerais bientôt, qui s’avale comme un litre d’eau dans le désert, il y a une histoire, sérieuse, jamais vraiment drôle, mais honnête. C’est bien là ce que l’on peut exiger d’un livre. C’est ce que vous nous donnez. Bravo. Neuf points.


  • 20 août 2010

    L'histoire est celle du vieux Nikolaï, ukrainien d'origine et vivant en Angleterre. Il a 84 ans et survit tant bien que mal après le décès de son épouse. Il se nourrit d'infâmes compotes qu'il confectionne avec les pommes du jardin.

    Ses deux filles, Véra et Nadezhda ne se précipitent pas trop au chevet de cet ours mal léché qui a entrepris de rédiger un historique du tracteur en Ukraine. Mais voilà que notre ancêtre se met en tête d'épouser une jeune Ukrainienne de 36 ans,Valentina, à la poitrine avantageuse et au verbe haut. Les deux soeurs, fâchées après le décès de leur mère pour un problème d'héritage, vont faire front commun contre l'envahisseuse qui "plume" leur père pour profiter du luxe à l'occidentale.
    Les situations décrites sont souvent très drôles même si elles sont à la limite du pathétique. L'auteur aborde franchement la difficulté de voir vieillir ses parents et le rôle qu'il convient alors d'assumer auprès d'eux. Le portrait de Nikolaï est particulièrement réussi, le vieil homme nous est présenté selon différents points de vue en fonction du personnage qui le décrit. Certains passages serrent un peu le coeur mais le rythme rapide de la narration ne nous laisse pas le temps de nous apitoyer: une péripétie amusante chassant la larme qui pointe parfois au coin de l'oeil.