Empereurs des ténèbres, roman

Ignacio Del Valle

Phébus

  • 28 octobre 2010

    "Prends garde, Il te regarde"

    Durant l'hiver 1943, la División Azul composée de militaires franquistes campe sur le front de Leningrad. Dans le décor apocalyptique de cette prison glacée, où les corps des chevaux statufiés défient ceux des soldats pétrifiés. Un corps est retrouvé. Il porte, gravé dans la chair une inscription : "Prends garde, Dieu te regarde".
    Ce sera le point de départ d'une enquête, dans cette Russie véritable spectacle du dernier cercle des enfers.

    Une enquête étrange, prisonnière de la morsure de l'hiver et de son chaos.

    Empereurs des ténèbres, est un roman délicat à définir, tant il frôle de genres, tant il flirte avec la folie de ce froid omniprésent. L'intrigue emprunte à la fresque historique, et au thriller ses meilleurs éléments. Ignacio Del Valle nouveau prodige de la littérature espagnole nous offre dans ce décor fantomatique où le temps comme la morale semblent figés, une intrigue minutieuse, admirablement amenée. La quête d'un homme, un soldat, celle de ses démons intérieurs qui l'opposent à ce tueur sans visage sont bien entendu au coeur du roman, mais l'auteur parvient à diversifier les points de fuite de son roman. En conservant la même prose légère et fluide, sans jamais frôler le didactique il aborde un pan de l'Histoire douloureux et méconnu. C'est très documenté, et le roman n'en devient que plus simple, puisqu'évident et concret. Chaque détail du tableau sur lequel il oeuvre semble vivant, palpable.

    C'est donc tant l'ingéniosité de l'auteur que son talent descriptif qui resteront en mémoire.

    La vengeance est un plat que l'on dit préférable de manger froid, cet adage populaire prend ici tout son sens.