Né un mardi

Elnathan John

Anne-Marie Métailié

  • 26 avril 2018

    Dantala a un dizaine d'années quand, à sa sortie de l'école coranique, il se retrouve seul à Bayan Layi, dans le Nord-Ouest du Nigeria, sans argent pour rejoindre son village. Il intègre alors la bande de jeunes qui, sous le grand baobab, fument la wee-wee, vivent de la débrouille et, à l'occasion, se battent pour le Petit Parti. Les élections approchant, la situation se tend et tourne mal. Traqué par la police, Dantala fuit vers la ville de Sokoto où sa ferveur musulmane le fait repérer par l'imam d'une petite mosquée. Avec son ami Jibril, il apprend l'anglais, s'initie à l'informatique et devient un membre éminent de la petite congrégation dirigée par Sheikh Jamal. Mais si tous, à Sokoto, pratiquent l'Islam, des divergences existent dans la façon d'interpréter le Coran et de voir le monde. Entre Sunnites, chiites, intégristes, salafistes et modérés, la tension monte et bientôt, Dantala assiste, ébahi, à la violence qui se déchaînent entre sa petite communauté et les autres factions musulmanes de la ville.

    Salafisme, Boko Haram, intégrisme...des mots qui font partie de notre quotidien devant le journal télévisé mais des mots que l'on entend sans les comprendre, sans parfois se sentir concernés, sans vraiment connaître ce qui se terre derrière ces mouvements religieux extrémistes. Pour Dantala, ces mots vont prendre forme avec toute la violence qu'ils recèlent. Bon musulman, pieux et croyants, Dantala n'est qu'un enfant mais il connaît déjà toute la misère du monde. Séparé de sa famille, sans argent, sans repères, il subit d'abord la violence de son enseignant de l'école coranique qui aime faire entrer les préceptes d'Allah dans la tête de ses élèves à coups de bâton, puis celle de la rue où les jeunes voyous mènent la danse, se vantant de leurs exploits, de leurs crimes, la machette à la main, le joint au coin de la bouche. Dantala n'est pas un rebelle, il supporte tout, persuadé que tout ce qui arrive est la volonté d'Allah. Quand il est repéré par l'imam d'une mosquée salafiste, c'est heureux, qu'il devient membre de la petite communauté bienveillante qui lui a fait une place en son sein. C'est en ce lieu qu'il grandit, mûrit, réfléchit, apprend, construit sa pensée. Il protège l'imam, appelle à la prière, tout en s'interrogeant sur le monde qui l'entoure. Autour de lui, les idées fusent : haine des juifs et de l'Amérique, création d'un Etat islamique, combat contre les idées de l'Occident. Son imam est un modéré mais il s'est fait des ennemis. Quand la violence atteint son paroxysme, Dantala est désemparé. Allah a-t-il voulu tout cela ?
    Roman initiatique, Né un mardi est le récit sans concessions du quotidien de ce petit coin du monde oublié de tous. La misère, les catastrophes climatiques, conduisent certains à se tourner vers les extrêmes, à trouver dans une foi vindicative le moyen de se venger contre les coups du sort, les humiliations, le mépris, la pauvreté. Loin des clichés, c'est avec un réalisme brut qu'Elnathan John décrit cet Islam qui se fissure pour donner naissance à des sectes déterminées et violentes. Financement saoudien, apprentissage de la lutte armée dans les pays limitrophes, harcèlement des modérés, c'est tout un mécanisme qui se met en place pour plonger un pays dans le chaos. Au milieu de tout cela, Dantala est un personnage touchant, à la fois naïf et terre-à-terre. Curieux, ouvert, intelligent, animé d'un vif désir de paix et de justice, il est une perle au milieu de la douleur et du sang. Un livre prenant, pédagogique, instructif.