Agathe B.

Avec ce court roman nous sommes plongés dans un récit complexe, à l’écriture fine et juste.
Deux adolescents s’affrontent lors d’une partie d’échecs. Le narrateur est sûr de gagner face à ce nouveau venu au village : Gustavo Roderer. Mais il se trompe et Gustavo gagne la partie non sans une certaine indifférence, en restant silencieux et lointain. S’en suit alors une amitié distante et intellectuelle. Ces deux jeunes garçons ne cesseront d'être en comptétition intellectuelle, chacun à leur manière : l'un de façon austère, enfermé dans son intellect, passant ses journées à lire, relire et discuter les ouvrages fondateurs de la pensée philosophique et mathématique, l'autre en vivant dans le réel", en observant son monde, en étudiant et en voyageant.
C'est un roman avec peu de personnage. Les deux principales figures féminines sont la mère de Roderer, exaspérée par le comportement austère de son fils, et Cristiana, la soeur du narrateur, éperdument amoureuse de Roderer.
Je vous conseille de lire ce petit roman.Très bien écrit, très psychologique. Certains passages me font penser au "Joueur d'échecs" de Stephan Zweig.
Je pense néanmoins qu’il faut avoir de vagues notions sur les règles du jeu d’échecs, sur certains ouvrages philosophiques et sur les mathématiques pour comprendre certains passages théoriques
Ce qui ne gâche rien : la couverture est belle et le papier utilisé d'une très belle qualité!

Julie

Gustavo Roderer est une énigme, un mystère, un mur. Lorsqu’il bat le quelque peu arrogant narrateur aux échecs, à leur première rencontre, on sait tout de suite que la relation qui va se nouer entre ces deux adolescents surdoués ne pourra qu’avoir une issue dramatique. Car oui, il n’est pas ici question que de la première place en classe. Si Gustavo Roderer est aussi énigmatique c’est qu’il se consume dans un grand projet, une quête d’absolu qui confine à la folie. C’est là que la métaphysique rentre en jeu et qu’on est un peu à la peine.

Il est parfois difficile de suivre les grands échanges des deux personnages principaux : entre Kant, la cosmologie ou la volonté de Roderer de faire table rase de tous les systèmes de pensée (mathématiques, philosophie, religion...) qui l’ont précédé, on ne peut s’empêcher d’être un peu perplexe, quand même.

Cependant, La Vérité sur... n’est pas rébarbatif, qu’on soit pur littéraire ou lecteur lambda. Il y a du Faust et même du Dorian Gray chez le finalement troublant Gustavo. L’atmosphère délétère dont Martínez parvient, incidieusement et sans avoir l’air de trop y toucher, à imprégner ses pages confine d’ailleurs au fantastique.

Bel exemple d’équilibre entre la raison et le chimérique, La Vérité sur Gustavo Roderer est un texte qui interpelle et hante, même, après lecture...