PSEUDO

Pseudo

Ella Balaert

Myriapode

  • par
    8 juillet 2018

    Trois amies : Sophie, bourgeoise quarantenaire rigide, Alice, trentenaire accro au poker et Jeanne, vingt-cinq ans, harpiste fleur bleue, décident de créer le personnage d'Eva, leur avatar qui répondra aux courriels d'Ulysse, un homme rencontré à la faveur d'une annonce d'antiquaire. Ce qui, au départ, est conçu par Alice et Sophie pour aider Jeanne à oublier son ex, Yves, devient vite une correspondance soutenue, un jeu de séduction. Comment agir pour qu'à trois amies très différentes, elles ne fassent pas douter leur interlocuteur de l'existence d'une seule Eva ?

    Je ne suis pas très amateur des romans épistolaires, mais la forme du courriel modernise un peu le genre avec des échanges qui peuvent être parfois longs et parfois très courts, des réponses rapides. Il faut bien prendre l'habitude de lire les en-têtes avec le nom de l'expéditeur, celui -ou ceux- des destinataires, l'objet du message et la date et l'heure ; Ella Balaert joue aussi avec ces informations. Une fois le pli pris, la lecture est plaisante même si l'exercice ne me permet pas de jouir autant de la belle plume de l'auteure que dans ses autres ouvrages ; le style est plus oral, plus dialogué et il est intéressant de remarquer les différences d'écriture entre les trois femmes, et l'évolution de Jeanne notamment.

    Dans cette construction un peu particulière, ces trois femmes se révéleront, elles parleront de leurs doutes, de leurs peurs par l’intermédiaire d'Eva et entre elles, chacune en fonction de son caractère. Sophie reste la bourgeoise aux principes, un peu donneuse de leçons, qui dit pas mal de sa vie. Alice est une jouisseuse, elle ne cache pas ses gains ou ses pertes au jeu, ses amours tumultueuses et son envie de liberté, de profiter des hommes. Jeanne est romantique, peine à oublier Yves et un peu naïve, elle ne comprend pas toujours le double sens dans le jeu d'Ulysse. Et icelui d'être l'accoucheur, celui qui, bien qu'invisible, donnera naissance à la parole libre et franche des trois femmes.

    Encore une fois, Ella Balaert crée de beaux personnages de femmes, de celles qui luttent tous les jours pour s'affirmer devant les hommes, qui jouent avec eux, qui osent ou au contraire qui peinent à s'imposer, qui, par peur du qu'en-dira-t-on, des apparences, préfèrent se cantonner à ce qu'elles pensent qu'on attend d'elles. Elles évolueront grâce à Ulysse et à leurs échanges à elles trois, mais aussi au gré des coups durs de la vie ou des coups de chance.

    Décidément, Ella Balaert est une écrivaine à découvrir pour ceux qui ne la connaissent pas encore. Pour les autres, il suffit de continuer à la lire pour se délecter à chaque fois de ses pages.


  • 29 novembre 2011

    Cachez-moi ce pseudo que je ne saurais connaître !

    Cachez-moi ce pseudo que je ne saurais connaître !
    J'ai rencontré Ella Balaert il y a quelques années maintenant, à Lorient où elle était venue parler de son livre « Canaille Blues ». Je suis très content de lire ce nouvel ouvrage, mais entre temps elle a écrit plusieurs livres pour la jeunesse.
    Internet et ses surprises.....parfois bonnes (cela arrive), souvent mauvaises (cela arrive aussi!).
    Jeudi 05 février....
    Le message d'un antiquaire attire l'attention de Sophie, qui s'empresse de le faire suivre à ses deux amies Alice et Jeanne. Un homme capable de faire rire dans une petite annonce pour la vente d'un meuble est une denrée rare ! Alors commence pour les trois femmes un jeu. Correspondre avec ce mystérieux Ulysse, chacune à leur tour par l'intermédiaire d'Eva Corbin, créée pour l’occasion ! Combien de temps ce petit jeu va-t-il durer ? Les paris sont ouverts...une semaine, plus...

    Il faut soigner les détails, le physique d'Eva pour le cas où ! Car le problème surgira un jour ou l'autre! Les discussions entre les trois amies, petite ou grande ? blonde ou brune...... ? Une famille, mariée, des enfants, des parents ?
    Les échanges de mails commencent d'un ton badin, Ulysse manie style d'écriture et un humour à l'ancienne à l'image de son prénom....pourquoi ce petit nom d'ailleurs? Cela éveille la curiosité des dames....
    Un quiproquo fait qu'Eva ne donne pas de nouvelles pendant plusieurs jours, donc une refonte des jours de garde s'impose, plus de place pour l'improvisation ! L'une d'elles, un jour, décide de « rompre » cette correspondance, mais l'autre la reprend le lendemain.....
    Les interférences de la vie quotidienne sont aussi un problème, car non content de correspondre, les trois femmes se rencontrent, s'invitent et quelques fissures dans l'amitié des trois acolytes se font jour. Quelques piques ou petits conseils pas bien prodigués et de ce fait pas trop appréciés ! Certaines tentatives de rapprochements ne sont pas non plus jugées opportunes.
    Le jeu continue, le cap du premier mois est passé, les allusions et tentatives de se connaître mieux se font plus précises, la séduction également. Les mails se croisent et s'entrecroisent entre Ulysse et Eva, mais également entre les trois amies. Mais certaines correspondances ne sont pas intégralement partagées....
    Cela ne va-t-il pas trop loin, faut-il arrêter avant que cela ne prenne des proportions trop importantes.....Jeanne ayant rencontré un collègue de travail, certaines pensent qu'il vaut mieux couper court, d'autres amusées veulent aller plus avant....à leurs risques et périls peut-être.....cette correspondance durera en tout trois mois, avec son lot de bonheur et d'incompréhension et de faux fuyants.
    Un étrange jeu du chat et de la souris qui dans sa version moderne est le jeu du chat grâce à une souris.
    Les femmes, Jeanne la musicienne, perpétuelle amoureuse et bien entendu sortant d'un chagrin d'amour ! Le but des deux autres est de lui faire oublier ses dernières turpitudes avec un Breton nommé Yves (ouf!). Cette correspondance la met mal à l'aise, trop prude parfois, elle semble réticente puis manifeste un certain enthousiasme !
    Alice célibataire, enfin divorcée serait plus juste, joueuse, à qui on ne la fait pas... elle semble régenter son monde et ses amies, enfin un peu....mais elle aussi a ses moments de profonde solitude. Son travail l'absorbe, mais sa vie sentimentale est une suite de poker menteur qui ne tourne pas toujours à son avantage.
    Sophie, qui reproche à son mari, célèbre chirurgien de l'aimer de trop et qui est prête à lui annoncer qu'elle est la maîtresse d'Ulysse juste pour voir la réaction ! Mais elle dépend financièrement de lui et a des goûts de bourgeoise oisive.
    Trois femmes très différentes qui se prêtent à des degrés divers au jeu de la séduction par écrans interposés.
    Leur création internet Eva Corbin, personnage ambiguë car aux multiples facettes, changeant au gré des plumes qui la font vivre....ce qui parfois lui confère un caractère pour le moins imprévisible !
    Un homme Ulysse, sorte de digne représentant d'une éducation à l'ancienne, belle et fine plume, cajoleur,
    mais il y a beaucoup de pudeur en lui malgré tout, il se dévoile peu malgré les suppliques et la curiosité d'Eva, enfin d'une des Eva ! Est-il réellement dupe du jeu qui se joue de l'autre côté de l'écran ! N'est-il pas lui aussi manipulateur ou manipulé par les messages qu'il lit ou écrit. Il se prête au jeu car l'anonymat de l'écran autorise toutes les audaces !
    Beaucoup de mails sont savoureux et plein de retenue, mais demandent aussi une lecture entre les lignes, un échange entre Ulysse et Eva au sujet des desserts aboutit comme c'était prévisible à la pomme....comme allusion non dissimulée au fruit défendu ! Une approche originale du monde d'internet dont nous sommes tous, moi blogueur et vous lectrices et lecteurs, des acteurs et utilisateurs journaliers au point parfois de souffrir de manque ! Vite oublié en se plongeant dans la lecture !
    Mais tout n'est pas rose, ni si innocent que cela dans ces échanges virtuels !