Les silences de la guerre

Les silences de la guerre

Claire Fourier

Éditions Dialogues

  • 12 janvier 2012

    Les silences et les non-dits....

    Les silences et les non-dits....
    Troisième lecture de cette auteure bretonne, après « Métro Ciel » et « Je vais tuer mon mari ». Ce livre est un hommage à l’œuvre de Jean Vercors, écrite il y a soixante dix ans « Les silences de la mer ».
    Nous sommes dans le Finistère au bord de la mer, en 1943. Glaoda, jeune fille de vingt ans étudiante à Rennes dont les cours sont suspendus rentre à Gwitalmézé près de Brest chez son père veuf. Là-bas, comme partout, l'occupant prend ses quartiers et parfois pour ne pas dire souvent ses aises !


    Les relations entre Glaoda et Hermann semblent couler de source, elle jeune fille en éveil, lui plus mûr mais les deux sont des érudits et beaucoup de choses les rapprochent. Par contre la tension entre le père et l'officier allemand est très finement analysée, la méfiance réciproque entre les représentants de deux pays en guerre, l'un est l'occupant l'autre l'occupé sur ses terres et dans sa propre demeure. Aucun des deux ne voulait cette guerre, mais ils doivent la subir avec plus ou moins de désagréments. L'un est résistant, l'autre le sait et doit même l'arracher des griffes de la Gestapo ! La résistance bretonne s'organise et s'intensifie, la mort de l'abbé Perrot pose bien des interrogations et jette des militants extrémistes bretons dans les milices nazies. Les troupes russes et ukrainiennes remplacent les soldats allemands jugés trop laxistes, mais la vie malgré toute ces contraintes continue hélas à tous points de vue de plus en plus difficile....
    La guerre hélas reprend ses prérogatives.... l'Allemagne nazie est vaincue, les résistants de la dernière heure paradent et tuent......
    Glaoda Ruzcoat jeune fille que rien ne prédisait à connaître un si grand amour dans des conditions pour le moins difficile !  Les frontières séparent mais l'art et la mer réunissent. Un personnage très attachant et fort malgré les circonstances.
    Son père veuf, vétérinaire, résistant, avare de paroles mais qui au contact d'Hermann devient plus loquace, il n'en reste pas moins très mystérieux, sa fille pensant même à une maitresse pour expliquer ses absences nocturnes ! 
    L'officier allemand Hermann Christaller qui aurait pu être né suédois, l'histoire l'a fait naitre allemand,  anti-communiste viscéral les ayant vu à l'oeuvre dans les pays Balkans, il n'est pas nazi, juste un homme instruit perdu dans une guerre qui le dépasse. Il rêve d'un monde meilleur, un endroit de paix et d'amour, en ces temps troublés. C'est surtout un artisan, un homme de travail pas de guerre il parle avec beaucoup d'admiration du peintre Caspar David Friedrich et Gloada de l'artiste suisse Charles Cottet qui a beaucoup peint la mer.
    C'est très bien écrit, plein de finesse et de pudeur, l'histoire qui pourrait-être banale, une jeune fille succombant au charme du « locataire » allemand est une situation connue et souvent décrite en littérature.
    A noter, quelques pages en italique qui concernent l'aspect historique de la guerre dans la ville de Brest, le rôle de la STO et de l'Organisation Todt dans la vie quotidienne des Brestois pendant ces temps troublés avec en plus les raids de l'aviation anglaise et la construction du Mur de l'Atlantique. Mais parfois les notes sont plus personnelles, comme un autre regard sur l'histoire avec un H majuscule mais aussi sur ce qui semble être des souvenirs anciens.
    J'ai beaucoup apprécié ce livre car il m'a donné envie de faire des recherches sur plein de domaines différents, le duché de Poméranie par exemple, balloté au gré de l'histoire, tour à tour Danoise, Suédoise, Allemande, Russe , Polonaise! La peinture, les écrivains et philosophes sont également souvent évoqués, ainsi que le massacre de Katyn, dont on découvre seulement maintenant une part de la vérité.  
    J'aime beaucoup la phrase d'Hermann disant à Glaoda:
    -Je te montrerai mon pays dans ton pays.


  • 5 janvier 2012

    AU DESSUS DE LA HAINE

    Ce nouveau roman de Claire Fournier est une histoire d’eau de mer entre la Baltique et l’Iroise, d’eau de « vie » au sens que l’on donne à l’amour, le vrai, celui de toujours qui, au fil des complexités inhérentes aux temps de guerre, réunit les amants dont les jaloux eussent voulu qu’ils ne se rencontrassent jamais.

    Nous sommes en 1943, non loin de Brest, pointe de la Bretagne, mais aussi ponant du bout de l’Europe, d’ici l’on ne va nul part, la mer sert de frontière, et cette évidence géographique si facile à signifier mais inabordable dans ce qu’elle est au quotidien, Claire Fournier l’évoque mieux que personne sans pour autant jamais la signifier. (Seuls, peut-être, Bretons et Corses comprendront ce que je veux dire.)


    De ces amours de guerre souvent redondantes, Claire Fournier fait un roman unique où le remarquable cavale après l’extraordinaire. Peu d’emphase, elles n’auraient d’ailleurs servi à rien, mais une écriture limpide, presque sobre, en tous cas simple, c’est à dire sans excès et merveilleusement juste. Hermann, jeune et bel officier allemand logé en réquisition dans les environ brestois, rencontre la fille de famille. Gloada est séduite. Mille fois vécues, l’histoire valut à la libération les pires maltraitances à des femmes abandonnées par l’amour en déroute. C’était sans compter sur le talent de l’auteur qui choisit une nouvelle approche, fraternelle, singulière et celtique. Ce n’est plus l’amour qui rattrape la guerre et s’en sert, mais l’inverse. La guerre est là, sans bruit ni tapage. Comme le pain sur la table et certaines évidences rarement écrites :

    « (…) Un jour viendra où Hitler hantera l’imaginaire des peuples plus que Lénine ou Staline… Pourquoi ? Parce que dans un monde laid, Hitler aura fait référence, fût-ce d’une manière vertigineusement insensée, à l’art, à la beauté… Les autres n’auront parlé que d’idéologie. »

    Nul doute, Claire Fournier connait son sujet. Aux silences de la guerre, elle ajoute ceux de la mer, lien culturel indéfectible entre les protagonistes, cette mer discrète bien qu’omniprésente, fière et absolue. Nouveaux extraits, pages 102 & 108 :

    « La mer d’Iroise et la mer Baltique brassaient les mêmes flots, soulevaient les mêmes vagues, nous commandaient d’y nouer notre destinée. »

    « Je peux dire que quelque chose de vrai se réfléchissait en nous comme dans un miroir. Même, nous étions comme un miroir qui regardait la chose réfléchie. Quelque chose ? La tention gratuite et risquée vers l’autre. J’invitais son silence dans mon lit. »

    « J’ose écrire que les mots savaient mieux que nous ce que nous devions dire. Aussi les laissions-nous dire. L’entente se situait en deçà des mots, et nous nous reposions en eux qui montaient d’une compréhension. Peut-être les mots étaient-ils le sourire de l’entente , – la face audible de l’harmonie. »

    Et bien, pour écrire ça et comme cela, il faut avoir beaucoup, mais alors beaucoup travaillé son texte. Croyez-moi. Le roman de Claire Fournier n’est pas unique, il est seul, séparé des autres face à la mer qui nous rappelle à son manque lorsque l’on est loin d’elle, seul face à l’évidence qui renvoie au talent lorsque l’on s’en approche.


  • Une lecture intéressante

    Je préfère prévenir tout de suite, les livres qui parlent de guerre ne sont habituellement pas ma tasse de thé. Ce n’est pas un genre qui me plait plus que ça, mais j’ai trouvé le concept de ce livre intéressant. Claire Fourier reprend l’idée du Silence de la mer de Vercors et change un seul détail qui modifie toute l’histoire : le dialogue est engagé entre les deux camps. La philosophie qui en ressort me parle beaucoup plus que l’œuvre de Vercors. Comprenez-moi bien, je sais que je n’ai (heureusement) pas connu cette période de guerre, cet enfer quotidien et que je ne suis personne pour porter un quelconque jugement sur les actes des personnes qui, elles, ont subi cette guerre. C’était une autre époque et je n’ai pas les clefs pour la comprendre, toutefois j’ai vraiment du mal à me faire à l’idée que tondre des femmes parce qu’elles ont entretenu des relations avec des allemands est intelligent et constructif. Tout comme j’ai du mal à comprendre en quoi ne pas parler à une personne, sous prétexte qu’elle fait partie du camp adverse, fait avancer les choses – surtout quand cette même personne ne semble pas fondamentalement être pour cette guerre.

    Une longue introduction me direz-vous, et vous auriez raison, mais je tenais à ce que vous compreniez pourquoi le résumé m’a tout de suite attirée. Malheureusement pour moi, il me manque des références autant historiques que géographiques pour apprécier le roman dans sa totalité.
    Cependant, Claire Fourier a réussi à rendre les personnages vraiment sympathiques au lecteur. La jeune femme est touchante, son combat intérieur l’est encore plus. Doit-elle suivre ce que lui dicte son cœur ou sa raison ? Ainsi tiraillée elle n’en est que plus attendrissante. L’Officier quant à lui me fait bien plus rêver qu’un Edward à la Twilight … Il est bon, intelligent, doux, passionné, il serait prêt à tout perdre pour l’être aimé. Malgré cela, j’avais parfois du mal à le suivre, car il parle comme il pense, c'est-à-dire qu’il change très souvent de sujet, ce que j’ai trouvé déroutant.

    Ce que je retiendrais donc le plus de ce roman c’est bien l’histoire d’amour naissante entre les deux personnages principaux, alors que l’époque et les codes en faisaient des ennemis. Évidemment, d’autres lecteurs s’arrêteraient plutôt sur le contexte qui sert de cadre au récit. Mais comme je l’ai expliqué plus haut, moi cela m’a beaucoup moins parlé.

    Au final, une découverte que je ne regrette pas mais que je n’ai pas pu apprécier pleinement vu mon manque de connaissances sur le sujet. Peut-être que si je le relis d’ici quelques années je verrais les choses d’un autre œil … en tous cas, il est indéniable – on le sent – que l’auteure parle d’un sujet qu’elle connait bien, dont elle aime parler et sur lequel elle est bien documentée. Je le conseille donc aux amateurs du genre.