Eric R.
Le vélo comme thérapie

Lionel Duroy part à vélo à destination de Stalingrad. Les lecteurs habituels de l’écrivain ne seront pas surpris, lui qui évoque souvent dans ses ouvrages son vélo Singer, le mont Ventoux où il habite. C’est autre chose que le carnet de son voyage qu’il nous propose et raconte dans Disparaitre, un titre qui dit l’objet de son périple. Lionel Duroy brille de nouveau par la pertinence de ses dialogues, de ses réflexions, qui sont celles d’un bilan de vie mais aussi celles si proches du commun des mortels. C’est jubilatoire, éprouvant, impertinent et terriblement vrai.

Lionel Duroy est un vrai cycliste: « durant tout le temps passé sur mon vélo j’ignore la dépression, c’est d’ailleurs bien pourquoi je pédale chaque jour depuis cinquante ans ». Alors il part, chargé, lesté de sacoches mais aussi de sa vie, de ses souvenirs et de livres comme souvent sur les traces desquels il va se rendre. Tout est prétexte à réactiver la mémoire et à retrouver Toto le père, Esther, Agnès deux de ses anciennes femmes, thèmes obsessionnels. Rien ne change et tout change.
Cependant désormais apparaissent de nouvelles thématiques. Lionel Duroy a soixante dix ans et sont corps se rappelle à lui, ce corps dont il imagine que ses enfants le trouvent désormais presque hors d’usage. Et la déchéance peut arriver à tout moment. Il faut la cacher et disparaitre avant qu’elle n’absorbe tout aux yeux de tous. Pourquoi ne pas mourir alors au bord de route d’épuisement, d’un accident ? « Celui qui arrive à l’âge de mourir doit prendre les devants » écrit il à plusieurs reprises. Il faut prendre la mort cette « sale conne » de vitesse mais on peut repousser cette lutte jusque’à demain, jusqu’à la visite de la prochaine ville, de la prochaine maison que l’on fait semblant d’acheter possiblement, jusqu’à la prochaine femme qui vous touchera le bras, qui vous accueillera dans son lit. Faire semblant de précéder la mort comme on fait semblant de vivre. Faire semblant d’écrire la vérité alors que l’on écrit un roman. Ou l’inverse. Se persuader en fait d’être courageux pour éviter l’angoisse.

Vélo et écriture sont deux des piliers essentiels de la vie de Lionel Duroy, deux éléments qui l’aident à survivre et à tenir en équilibre. Aussi, si vous inquiétez pour lui, sans rien dévoiler de la fin, sachez que l’écrivain n’est pas disparu et qu’il vit encore. On l’aurait surpris autour du Ventoux en train de rouler sur un de ses vélos carbone avec un carnet dans les poches pour prendre les notes de son futur roman. Où il sera probablement question de David, Claire, Coline, Anna mais aussi de Toto, Agnès, Esther. Rien ne change, tout change.