Clara

Hospitalisé suite à une pneumonie, l'état de santé de Raymond Smith, le mari de Joyce Carol Oates, se dégrade. Une infection nosocomiale gagne ses deux poumons mais les médecins ne sont pas alarmistes. Le 18 février 2008, alors qu'elle est rentrée chez elle après avoir vu Ray à minuit passé, le téléphone sonne. Instinctivement, elle sait qu'il s'agit "d'une mauvaise heure". "Raymond Smith est dans un état critique" mais il est toujours en vie. Arrivée à l'hôpital, Ray est décédé. Quarante-sept ans et vingt-cinq jours de vie commune viennent de se terminer brutalement d'une façon inimaginable. Ray vient de mourir mais son épouse n'a pas le temps d'intégrer la mort car elle se retrouve projetée dans une situation nouvelle et confrontée à des démarche administratives. Deuxième choc qui ne sera pas le dernier. Joyce Carol Oates raconte avec une sincérité désarmante sa nouvelle vie de veuve, le deuil qui lui fait face. Muraille infranchissable pour cette femme qui avec Ray formait un couple uni et amoureux.

Je dois avouer que j'ai failli abandonner cette lecture tant la charge émotionnelle est forte et également parce qu'elle me renvoyait à une partie de ce ce que j'ai vécu il y a quelques années. Mon père hospitalisé est mort brutalement et j'étais restée auprès de ma mère. J'étais incrédule, stupéfaite devant les papiers qu'il fallait remplir le plus tôt possible, les démarches à effectuer. J'avais vécu ces quelques jours comme si on me volait la mort de mon père. Heureusement en France, suite à un décès, les amis ou connaissances ne nous envoient pas des plats, des paniers de victuailles. Retranchée chez elle, Joyce Carol Smith redoute l'arrivée des livreurs. Comme si manger pouvait réconforter la perte d'un être aimé. Elle ne répond pas au téléphone, préfère envoyer et répondre aux mails la nuit car le sommeil l'a abandonnée. Je dis bien Joyce Carol Smith car Joyce Carol Oates est l'écrivain comme si Joyce Carol avait deux facettes car Ray n'intervenait pas dans son métier d'auteure. Elle relève cette différence plusieurs fois dans son récit. Chaque journée est détaillée avec les souvenirs de sa vie de couple et de Ray, l'envie du suicide qui la tenaille, l'aide des antidépresseurs dont elle a peur de devenir dépendante. Et tous ces moments où vivre lui paraît impossible tant elle est noyée par le chagrin mais aussi les vrais amis et leur soutien. Chaque journée passée est une journée de gagnée. Et pas à pas, on suit son chemin de Veuve. La Veuve intervient, personnage qui nous donne des conseils avec une ironie quelquefois cinglante mais qui nous met face à la réalité.

Dans ce récit, Joyce Carol raconte comment elle a réussi à sortir la tête de l'eau, à s'octroyer le droit de vivre encore. Emaillé d'extraits de poèmes ou de textes, cet hymne d'amour magnifique à son mari Ray est bouleversant !