La paupière du jour, roman

La paupière du jour, roman

Myriam Chirousse

Buchet-Chastel

  • 4 juillet 2013

    Quand Cendrine Gerfaut arrive à Barjouls, petit village des Alpes du Sud, ce n'est pas, comme elle l'affirme, pour recenser les plantes de la région, mais pour honorer une promesse, la promesse de venger Aymeric, son fiancé mort par la balle d'un braqueur fou dans une bijouterie de Bordeaux. Il avait à peine 18 ans et pour lui tout s'est arrêté par la faute de Benjamin Lucas qui vient d'être libéré sur parole après presque 20 ans d'incarcération. Cendrine n'a pas l'intention de le laisser profiter de sa nouvelle liberté, elle est venue pour tuer celui qui a brisé sa vie. Mais l'assassin est insaisissable et à Barjouls les langues peinent à se délier. Derrière les rideaux en dentelle, se cachent sombres secrets, drames familiaux et rancunes tenaces.

    Dans un village montagnard replié sur lui-même, on se méfie de l'étrangère, on doute de sa parole. Et si son travail de botaniste n'était qu'une couverture, qui serait prêt à lui livrer l'enfant du pays sur un plateau ? Personne sans doute, mais son intrusion dérange et fait resurgir des secrets trop longtemps gardés, des rancunes qui sont devenues haines, des comptes qui n'ont pas été réglés. Myriam Chirousse dévide le fil de son récit au rythme lent d'une saison, la tension monte, le drame est latent. Du maire débonnaire et serviable à l'original qui attend la fin du monde prophétisée par les Mayas, de la secrétaire de mairie manucurée au simplet qui guette la chute des pierres, les villageois savent, se taisent, patientent. Et pendant qu'anciennes légendes et rumeurs nouvelles circulent, Cendrine parcourt inlassablement la splendide montagne, soulevant chaque pierre, à la recherche d'un assassin. Mais parfois, les faits cachent des vérités plus sombres et n'est pas toujours coupable celui qu'on croit...
    Un climat délétère, une ambiance oppressante, des personnages très travaillés, la nature admirablement décrite...Une belle réussite que ce récit captivant qui navigue entre polar noir et roman du terroir. A découvrir.


  • 10 juin 2013

    Des vendettas...

    Cendrine a perdu son fiancé le jour où Benjamin Lucas l’a tué d’une balle de fusil. Près de 18 ans après, cette balle n’en finit pas de résonner aux oreilles de la jeune femme, d’autant plus que Benjamin Lucas vient d’être libéré pour bonne conduite. Cendrine décide alors de tenir la promesse qu’elle a formulé des années auparavant : elle va venger son fiancé. C’est à Barjouls, petit village perdu du sud-est de la France qu’elle s’installe, au plus près de là où le meurtrier a trouvé refuge après la prison. Pour dissimule son identité et son projet, elle se fait passer pour une botaniste chargée de recenser les espèces végétales de la vallée. « Benjamin Lucas lui-même ne pouvait pas deviner qu’elle était la fiancée de l’homme qu’il avait tué. » (p. 43)


    Patiemment, Cendrine pose des questions, collecte des informations et suit des sentiers dans les montagnes à la recherche du criminel. Mais plus son séjour se prolonge, plus les réponses paraissent vaines ou incomplètes. Et toujours point de Benjamin Lucas à l’horizon. Cendrine doit-elle abandonner sa quête vengeresse ? « Quand j’étais petit, le curé disait que le diable était en chacun de nous… Mais ici, le diable, quand on le cherche, c’est toujours dans la montagne qu’on va. » (p. 176) Barjouls regorge d’affaires sordides et de secrets : vols, viol, dépossession, folie et mensonges composent l’histoire du village. Cendrine perd pied dans cet univers qui, sans être franchement hostile à son encontre, n’est pas vraiment accueillant. Il n’y a qu’Hugo, isolé dans sa bergerie dans l’attente de la fin du monde, qui se montre attentif et amical envers elle.

    Voilà que des lettres anonymes sont clouées sur les portes : un mystérieux corbeau évoque de déplaisants souvenirs et trop de chats rôdent dans les rues, rappelant la Masca, cette femme trop belle, trop sorcière. Cendrine le sent, Barjouls est et a été le théâtre de nombreux drames : cela peut-il expliquer le geste de Benjamin Lucas ? « Voilà qu’elle se mettait à ressentir les tragédies des autres, comme si elle n’avait pas assez de la sienne. » (p. 443)

    De Myriam Chirousse, j’ai vraiment apprécié le premier roman, Miel et vin, flamboyante histoire d’amour et de famille sous la Révolution. J’ai été un peu moins conquise par ce second opus, mais La paupière du jour reste un excellent roman, à la fois sombre et profond. L’auteure s’y entend pour faire d’un charmant village perdu un gouffre retentissant de haines et de malheurs. Les victimes ne sont jamais celles que l’on croit et certaines blessures ont forgé des volontés hors normes. Finalement, sous la plume de Myriam Chirousse, la vengeance est un plat qui ne refroidit que les tièdes.