La résurrection de Luther Grove

Barry Gornell

Mercure de France

  • 2 avril 2015

    Promenons-nous dans les bois

    Si vous aimez la littérature des « grands espaces » mâtinée d’une ambiance noire à haute tension psychologique, ce livre est pour vous. Voilà une histoire qui vous plonge dans une nature des plus fascinantes. Celle des bois et des marécages au cœur des Highlands écossais, là où les eaux des Lochs sont aussi sombres que profondes. Où la torsion des ombres forme des silhouettes inquiétantes. Où aucune lumière ne parvient jusqu’au sol, même lorsque le soleil brille, tant la forêt de sapins y est dense.

    Alors, quand Laura et John Payne viennent s’installer, avec leur petite fille Molly, dans une vieille maison isolée qu’ils ont très richement retapée, on sent tout de suite que les choses ne vont pas forcément bien se passer. « Leur propriété était leur façon de s’affirmer ». Et pourtant ils n’ont pour seul voisin à épater qu’un vieil apiculteur-chasseur très irascible, qui ne voit pas leur arrivée d’un très bon œil. Même plutôt d’un très mauvais. Le sombre et taciturne Luther Grove n’aime rien tant que son isolement et semble prêt à tout pour le préserver. Très vite, il va occuper ses fins d’après-midi de retour de chasse où il éviscère ses gibiers ou ses poissons, à épier ces nouveaux arrivants qu’il juge très dérangeants. Mais aussi obsédants. Surtout la présence de cette petite Molly qui semble faire resurgir chez Luther, le feu brûlant d’un passé douloureux, qui n’est toujours pas cicatrisé. Laura qui se sait être l’objet du voyeurisme de son bien étrange voisin, adopte pourtant une attitude vis-à-vis de lui qui pourrait paraître ambigüe.

    Car à l’image de leur puissant et rutilant pick-up rouge, malmené par les ornières et les nids de poule des chemins tortueux , le jeune couple en apparence modèle ne va pas si bien que cela en a l’air et n’est pas loin de frôler la sortie de route. Leur arrivée dans ce qui aurait pu être un refuge a tout d’un nouveau départ qui s’annonce d’ores et déjà raté. Et l’arrivée du frère de John, loin d’apaiser les tensions, va accélérer et précipiter le drame qui se joue à huis clos.

    Rien d’étonnant à ce que Barry Gornell, dont c’est le premier roman, ait eu plusieurs vies. Avant d’être scénariste, il fut pompier, chauffeur routier et libraire. Son expérience des autres dans des contextes rudes et âpres lui permet de saisir et jouer avec talent de toutes les ambiguïtés de l’âme humaine. Il parvient avec nuance à percer les armures de ses personnages et révéler leurs contradictions. La bien jolie découverte d’un roman noir très singulier, tout en nuance où rien n’est cousu de fil blanc.

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