La grand-mère de Jade

La grand-mère de Jade

Frédérique Deghelt

Actes Sud

  • Mamoune a loupé une marche de sa vie. Elle vieillit Mamoune... alors ses filles ont décidé de la placer en maison de retraite. Jade, sa petite fille, préfère l'héberger dans son appartement parisien. Entre elles se tisse une rencontre entre deux âges, Jade va apprendre à connaître Jeanne.
    Mamoune vient d'un pays voué à l'élégance du fatalisme, son "avenir est tout entier plongé dans son passé". Jade va apprendre, petit à petit, le passé de cette grand-mère passionnée de lecture. Ce plaisir qu'elle s'offrait en catimini, les livres cachés dans la Bible. Elle consignera toutes ses lectures dans un cahier de notes "Il est ma vie, racontée par les plus grands auteurs du monde".
    Mamoune s'interroge sur ses choix de vie, elle observe les traces du temps sur ses mains pendant que Jade semble dans l'urgence de faire les bons choix.
    "Bonnes ou mauvaises, les conséquences de nos actes sont toujours des mystères".
    Jade et Jeanne vont partager ce quotidien, des nouvelles habitudes parisiennes mêlées aux réminiscences d'une vie campagnarde, d' un parfum de rose et de violette.
    Mamoune livrera son amour des livres...
    Les enfants sont des trésors, des pages blanches avec toutes les histoires possibles. Jade écrit un roman comme un chantier de bonheur et sa grand-mère va l'aider dans sa réécriture. Jeanne abordera les conditions de la vie de la femme qui me semblent, à titre personnel, plus pertinentes que les propos d'Elizabeth Badinter. On apprend beaucoup avec Mamoune pour qui: "L'école de Jules Ferry m'avait appris à lire, celle de la lecture à vivre".
    Comme dans le tableau de Gustav Klimt "Les trois âges de la vie", la vieillesse et la jeunesse s'emmêlent, se rejoignent...
    Qu'il est doux ce temps partagé auprès de ces deux femmes. Les figures féminines sont belles, intenses . Jade et Jeanne nous livrent leurs amours, les lectures comme des galets sur les chemins de la vie. L'une apprend à l'autre à faire des choix, à avancer en ne s'arrêtant pas sur les dangers de la vie, ceux qui pourraient l'écourter ...
    "Vivre dans la peur, c'est vivre à moitié, prendre la rue du plus tard, c'est arriver à la place du jamais."
    Cette phrase trouve son écho dans un épilogue très surprenant. Etait-ce si utopique de croire en cette réunion des deux âges de nos jours? Qu'importe, j'ai appris beaucoup en compagnie de Jade et Jeanne. Leurs confidences dans cet appartement parisien, sur fond des Variations Goldberg de Bach ont illuminé mes moments de lecture. Frédérique Deghelt offre un très bon roman et une jolie mise en abyme de l'écriture.

    Un grand coup de coeur pour moi!