• 20 novembre 2015

    "La littérature, c’est vivre intensément"

    Pourquoi relit-on ? A quoi s’apparente la relecture : «répétition, reprise, réinterprétation, redécouverte, refuge» ? Aiguise-t-elle le sens critique, y a t’il du re-plaisir ? Est-ce pour retrouver la personne que l’on était à la première lecture ? La relecture peut être « une opportunité unique pour prendre la mesure de l’écoulement du temps, de la vivacité et de l’obsolescence du souvenir » ou « relire, c’est élire, se créer son propre univers. On relit comme on se construit une personnalité, à l’aide d’identifications répétées, raison pour laquelle, entre autres, l’enfant pratique la relecture avec tant de passion ». Relire est-ce picorer dans un livre déjà lu ou alors le lire encore de la première à la dernière page ?
    Pour son enquête sur la relecture, Laure Murat a adressé un questionnaire à deux cent personnes qui baignent qui baignent dans le milieu : des auteurs, des traducteurs, des éditeurs, des comédiens, des universitaires.... Dans un premier temps et à partir des réponses, Laure Murat nous livre sa synthèse. Entre autres, on apprend que Proust (à qui une question du questionnaire est consacrée) figure en haut du palmarès de l’auteur le plus relu suivi de Flaubert. Montaigne, Nietzsche et Wool se partagent la troisième position.
    Mais Laure Murat ne nous fournit pas que des noms, des chiffres et des proportions. Car elle donne les réponses complètes de son questionnaire de quelques uns des interviewés : Annie Ernaux, Celine Minard, Jean Echenoz, Agnès Desarthe et d’autres. On entre dans l’intimité du rapport à la lecture et c’est un pur régal ! De l’enfance et des livres qui y sont associés, du parcours aux habitudes de lecteur, les interviewés ont souvent apporté des anecdotes et se sont prêtés au jeu des réponses avec franchise. Sans oublier de l’humour avec Philippe Forest ou Eric Chevillard qui à la question se relire répond : «Faire l’archéologie de soi-même ?». Et une mention spéciale au traducteur Bernard Hoepffner qui m’a décomplexée car comme lui je n’ai jamais lu (et donc relu ) Proust.
    Cet essai est ultra passionnant et enrichissant car relire englobe plusieurs facettes (et on peut se retrouver par «fragments» dans certaines des réponses). Un essai à lire par tous pour ceux qui «La littérature, c’est vivre intensément» (que l’on soit relecteur ou non )!


  • 14 octobre 2015

    Et vous, vous relisez quoi en ce moment ?

    Dans le domaine des idées, Laure Murat est un modèle : brillante, humaniste, elle possède en outre un remarquable talent de conteuse. Qu’elle fasse revivre la maison du Docteur Blanche, clinique des écrivains du 19e siècle, ou qu’elle explore les librairies parisiennes d’Adrienne Monnier et de Sylvia Beach entre les deux guerres, son enthousiasme est contagieux. C’est encore le cas dans cet essai où elle enquête sur une pratique dont nous avons tous fait l’expérience au moins une fois : la relecture.

    Pourquoi garder nos livres sinon pour potentiellement les relire un jour ? D’ailleurs pourquoi relire quand chaque semaine, les librairies croulent sous le poids des nouveautés ? La relecture serait une activité à contre-courant (réactionnaire ?), une prise de distance avec son époque, requérant du temps, une disponibilité de l’esprit, bref un luxe ! Trêve de conjectures, Laure Murat a envoyé un questionnaire sur le sujet à deux cents écrivains (on peut aussi se prêter au jeu car il est reproduit à la fin du livre).

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