Je sais où tu es

Je sais où tu es

Claire Kendal

Albin Michel

  • 13 avril 2016

    Rarement roman aura pu être aussi bien qualifié de suspense psychologique que celui-ci. « Je sais où tu es » est un huis-clos angoissant qui nous plonge dans l’enfer que vit Clarissa, victime de harcèlement de la part d’un collègue avec qui elle a partagé une nuit. Une nuit maudite qui lui revient par bribes et qui la poussera dans une spirale infernale d’angoisse et de peur. Le récit qui possède deux arcs narratifs différents, alterne entre les extraits du journal intime écrit par Clarissa pour garder une trace de chaque action de son harceleur et son présent où elle est jurée dans un procès pour viol. Le parallèle entre la victime du procès auquel elle assiste et elle-même est vite tiré et on se surprend à remarquer les similitudes malgré deux affaires foncièrement différentes. Car toujours, c’est la parole de la victime qui est mise en doute, avec cette question inadmissible qui revient souvent « Ne l’avez-vous pas cherché ? » « N’étiez-vous pas consentante ? ». NON.

    Bien que le début du roman soit parfois difficile à suivre à cause d’une chronologie des faits pas toujours respectés et des bonds en avant assez abruptes, on se retrouve vite agrippé au roman, angoissé par ce que vit Clarissa. De prime abord un peu passive, on comprend rapidement que l’héroïne ne fait que suivre les directives des brochures anti-harcèlement, brochures qui nous accompagnent tout le long, l’héroïne s’y référant souvent comme une espèce d’exutoire qui lui promettrait une fin heureuse. Au fur et à mesure que les jours puis les semaines passent, ce sentiment de perte de contrôle sur sa vie devient de plus en plus prégnant. Toujours regarder par-dessus son épaule, épier derrière son rideau pour savoir s’il est là, renoncer aux sorties entre amis, aux chemins à pied et à toutes les activités de la vie quotidienne. Tout ça devient pesant et le récit se fait anxiogène, surtout lors des passages où Rafe, le harceleur, est physiquement proche d’elle.

    La grande force de Claire Kendal est de nous immerger complètement dans le récit en nous identifiant à l’héroïne à l’aide des fameux extraits de journal intime. Comme elle, on se sent épié. Comme elle, on se sent harcelé. Comme elle, on se sent amputé de sa vie. On vit lit la peur au ventre. L’auteure décrit également très bien l’obsession grandissante que ressent Rafe pour Clarissa. Un esprit malade qui prend ses désirs pour des réalités et qui s’imagine être aimé. Au point de prendre à partie ses proches, de manière à l’isoler complètement, pour mieux l’acculer tel un chasseur chassant sa proie. J’en ai eu des frissons de dégoût parfois. Ce mécanisme d’obsession est très bien rendu. De même que le laissez-faire assez commun de la police qui n’agit qu’une fois un nombre de preuves phénoménales accumulées. Et encore, souvent trop tard. Bref, un très bon roman psychologique, plein de tension et à l’atmosphère étouffante.