Laurence Parisot, itinéraire d'une ambition, une femme en guerre
EAN13
9782809800890
ISBN
978-2-8098-0089-0
Éditeur
Archipel
Date de publication
Collection
POLITIQUE, IDEE
Nombre de pages
264
Dimensions
10 x 10 x 2 cm
Poids
342 g
Langue
français
Code dewey
920
Fiches UNIMARC
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Laurence Parisot, itinéraire d'une ambition

une femme en guerre

De

Archipel

Politique, Idee

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DU MÊME AUTEUR

Toutes les clés d'un bon coaching, avec Jean-Christophe Durieux, ESF, 2006.

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eISBN 978-2-8098-1103-2

Copyright © L'Archipel, 2008.

En vérité, le chemin importe peu,
la volonté d'arriver suffit à tout.

Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe

Avant-propos

Elle enrage, elle jure que non. Laurence Parisot fustige un système « grossier et méprisable ». C'est la guerre entre elle et « ces messieurs », comme elle les appelle. Ces barons de l'industrie, ces patrons d'antan avec leurs chevalières et leurs cigares. Elle s'étrangle de leur toupet : ils prétendent l'avoir mise dans la confidence. Elle ne les laissera pas faire.

Non, elle ne savait rien, assure-t-elle, de ce système opaque et des pratiques occultes qui régnaient dans une partie du patronat, la métallurgie. Elle dit découvrir, comme des millions de Français, toute cette affaire avec stupeur et effroi. Elle refuse que son image soit salie. Elle le crie haut et fort dans les médias.

Que cache cette colère si médiatisée, si violente et si soudaine ? Laurence Parisot découvre-t-elle réellement que, depuis des années, une partie du patronat versait de grosses liasses de billets pour acheter le silence ou la complaisance des puissants ? Que savait-elle de l'affaire de corruption de la métallurgie, la désormais célèbre UIMM, l'Union des industries des métiers de la métallurgie ? Qu'ignorait-elle des 16 millions d'euros prélevés en liquide sur les comptes bancaires de l'UIMM, la fédération la plus puissante du mouvement des entreprises de France, le Medef, qu'elle préside ? A-t-elle une idée des destinataires de cet argent ?

Ce samedi 1er mars 2008, Laurence Parisot pose pour Le Journal du dimanche. Elle reçoit dans son grand bureau de patronne des patrons, à Paris. Elle porte un pull blanc avec un gros hibou noir sur la poitrine. Étonnante tenue que celle de cette présidente atypique ! La première dans l'histoire du patronat français. Si déroutante dans son habit d'adolescente. Si éloignée du tailleur habituel des dirigeantes. Derri ère son bureau, Laurence Parisot arbore une mine de petite fille menue avec sa coupe à la garçonne, ses taches de rousseur.

Au-dessus d'elle, un tableau de Picabia. On devine un chien, dressé sur ses pattes arrière, en attente d'une récompense. Le tableau a une place particulière dans ce grand bureau moderne. Il trône. La présidente du Medef y est très attachée. « J'aime le savoir là, près de moi. Il me protège. Je le tiens de mon père1. » Ce père adulé, décédé en 2002, presque trois ans avant qu'elle n'accède à la présidence du Medef, lui manque. Il était chef d'entreprise, elle a mis ses pas dans les siens. Il était fier de sa réussite, elle l'admirait. Il était son modèle, son exemple, son allié.

L'industriel aurait-il approuvé et encouragé la réaction indignée de sa fille chérie, cette façon de laver son linge sale sous le regard des caméras ?

Et si, au fond, tout commençait par cette scène ? La fille sous le regard du père. Elle, l'héritière d'un des patrons qui ont bâti la France des Trente Glorieuses, si fière de sa lignée, et pourtant si détachée. Fidèle à la tradition et en totale rupture.

Car, au-delà du scandale médiatique, se dessine son histoire à elle, éminemment singulière. Il faut être du même sang pour se haïr autant. La lutte entre le Medef et l'UIMM raconte le combat d'une femme contre un milieu dont elle est le produit. Elle, fille et petite-fille d'industriels, descendante de patrons, prend sa revanche. Elle tire à boulets incandescents sur ses pairs. Symboliquement, elle les tue. Inconsciemment ou pas, elle s'en libère. Elle liquide l'héritage et solde le passé.

Un passé complexe et mystérieux qu'elle préserve avec jalousie, pour offrir au grand public une image partielle et lisse qu'elle a savamment façonnée.

La vraie Laurence Parisot naît en Haute-Saône, dans des contrées froides et austères. Son destin s'esquisse au cœur d'une usine de meubles. Il se construit au sein d'une affaire d'hommes, où s'activent grand-p ère, père et oncles. C'est là que s'affirme sa féminité si particulière et que grandit l'envie d'être toujours la première.

Sa volonté de fer se confirme à l'adolescence, puis sur les bancs de la faculté de droit, à Nancy. Son envie de réussir éclate sous les ors de la capitale, à Sciences-Po. Dans l'école de la rue Saint-Guillaume, où les rencontres seront déterminantes pour sa carrière, les amitiés se tissent avec les puissants. Laurence Parisot se démarque, accroche les mentors, séduit les pères d'adoption, les convainc de servir sa cause.

L'envol est rapide, fulgurant même, avec la prise de la direction, tour à tour, de prestigieux instituts de sondage : Louis Harris, puis l'Institut français d'opinion publique, l'Ifop. Des postes clés, comme autant d'antichambres avant la consécration du Medef... À chaque étape, Laurence Parisot apparaît fragile et secrète, pudique et réservée, mais ambitieuse et brutale aussi. Célibataire fonceuse, séductrice mais manipulatrice aussi.

Sous cet éclairage, elle prend de l'épaisseur, loin de l'image simpliste de justicière qu'elle se donne en ce soir de mars. Sa redoutable ambiguïté, son inextinguible besoin de revanche offrent une lecture plus subtile de son ascension à la tête du patronat, de sa pratique du pouvoir, de sa volonté de s'imposer. Apparaît alors une petite provinciale, certes frêle et maladroite, mais bien plus complexe qu'elle ne le donne à voir. Elle vit le Medef comme un fournisseur officiel de reconnaissance, un instrument de pouvoir, un marchepied. En œuvrant pour l'intérêt collectif, elle travaille à sa réussite personnelle. Elle se construit un destin.

Dans sa croisade contre l'UIMM, elle veut mettre à mal le « capitalisme de papa », faire éclater les « secrets de famille » et les porter au grand jour. Incarner un autre système, plus transparent, plus moderne, plus ouvert. Métissé, féminin, éthique. Elle croit en sa mission. En réalité, c'est avec sa propre histoire qu'elle règle des comptes. L'affaire marque un moment décisif pour elle. Elle lui offre la chance de façonner un nouveau rôle, le sien.

À presque cinquante ans, Laurence Parisot est sur le point de s'affranchir et d'exister enfin.

1. Sauf mention contraire, toutes les citations sont issues d'entretiens avec l'auteur.

1

LA JUSTICIÈRE

Il y avait eu la « sainte colère » de Ségolène, il y aura désormais celle de Laurence. Au journal de France 2, ce samedi 1er mars 2008, à 20 heures, elle est venue taper du poing. Pour la première fois dans l'histoire de la télévision, un patron des patrons, à une heure de grande écoute, se plaint d'autres patrons. Ou plutôt une patronne des patrons.

La colère de Laurence

Il est un peu plus de 20 h 15. Elle est solennelle. Elle porte une veste rose, ses joues sont fardées d'indignation. Comme Ségolène Royal l'avait fait entre les deux tours de l'élection présidentielle, face à Nicolas Sarkozy, la présidente du Mouvement des entreprises de France, le Medef, crie son courroux. Une colère qu'elle présente, à l'instar de la candidate socialiste, comme saine et juste. « Octroyer de tels avantages dans de telles circonstances, c'est méprisant et méprisable », s'offusque-t-elle à propos des indemnités de départ qu'a reçues Denis Gautier-Sauvagnac, pourtant mis en examen dans une affaire de retraits suspects. L'ancien patron de la Fédération de la métallurgie aurait touché plus de deux millions d'euros. Ce samedi 1er mars, Laurence Parisot s'indigne et « ne décolère pas ».

« Trop, c'est trop. » Cette fois, elle a décidé de cogner. Elle attaque frontalement l'UIMM, l'Union des industries des métiers de la métallurgie, le plus puissant adhérent du Medef, ce mouvement qui est un conglomérat de fédérations professionnelles indépendantes. Elle profite de la dernière faute commise par cette fédération pour la dynamiter. La violence avec laquelle elle veut en finir en heurt...

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