Louve basse
Éditeur
Le Seuil
Date de publication
Collection
Fiction et Cie
Langue
français
Langue d'origine
français
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Louve basse

Le Seuil

Fiction et Cie

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  • AideEAN13 : 9782021342369
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J'ai commence d'ecrire _Louve basse_ fin 72, quelques mois apr es un premier
texte en prose, Artaud refait, tous refaits !, en grande partie fabrique au
magnetophone - et le seul a se retrouver ici non retravaille. J'annonçai en
meme temps, en publiant Le Mecrit, la fin d'une demonstration appliquee
jusqu'alors a la seule pratique poetique : a savoir que la poesie etait une
lande pelee ou le langage ne soufflait plus qu'a " mots couverts ", que ses
differents fermiers s'y gelaient le cul, que les rats se mettaient a y pisser
partout.

Pendant deux ans, je publiai divers morceaux de _Louve basse_ , comptant sur
l'evenement pour faire " prendre "le discours, mordant sur la tranche
d'angoisse qu'on tient generalement a distance, assemblant en moi comme une
figure furieuse de chien et occupe a deterrer peu a peu l'objet d'un plus fort
desir : un os a ronger " toujours ", mon os de mort sur quoi je m'excitai a
fond. Je lus beaucoup, visitant des cimetieres et accumulant comme un chien -
ce dont la louve n'est que l'avatar deplace et asymbolique.

J'examinai, aussi, de façon obscene, la litterature ( _Louve basse_ , dans son
projet initial, devait s'appeler _La Femme et la prose_ ), repensant vaguement
au Cymbalum mundi qu'on avait brule en place publique parce que Bonaventure
Des Periers y faisait tenir des propos philosophiques par des chiens. En fin
de compte, rien ne me parut vraiment irreductible a la vociferation humaine
generalisee, par quoi la Mort ne cessait de m'asticoter, et l'ecriture de
m'envahir.

Au printemps 74, d'accord avec le jesuite Spiegel qui disait que les " fesses
ont ete donnees a l'homme pour qu'etant commodement assis, il puisse se livrer
a son aise a l'etude des choses divines ", je disposai autour de ma machine a
ecrire les 4 a 500 feuillets de ce que j'appelais mon " ensemble rongeur " et
j'y allai une derniere fois, dans une langue de vent violent ou j'eus beaucoup
de peine a ne pas etre tue, agite d'un vaste desespoir de danse, de musique et
de nudite.

Denis Roche

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