Venance Fortunat ou l'enchantement du monde
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Presses universitaires de Rennes
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français
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Venance Fortunat ou l'enchantement du monde

Presses universitaires de Rennes

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Venance Fortunat, poète chrétien du VIe siècle, eut, pour ainsi dire, une vie
riche de trois existences : né entre 530 et 540, éduqué à Ravenne, il part
pour la Gaule vers la fin de l’été ou à l’automne de l’année 565 ; ce fut le
début d’un long voyage dans le monde mérovingien qui s’acheva à Poitiers où il
finit sa vie comme évêque de la cité vers 600. Fortunat sera même sanctifié.
Au centre d’un réseau d’amitiés et de relations avec les puissants de son
temps, il a composé une importante œuvre élégiaque. L’étude de ses Poèmes ici
présentée s’inscrit dans la problématique globale et bien établie de la «
conversion » d’un genre littéraire profane, en l’occurrence l’élégie érotique
romaine des âges cicéronien et augustéen. Par l’élégie devenue chrétienne,
Fortunat, parcourant la Gaule mérovingienne, fréquentant évêques et rois, nous
fait entrer dans une configuration culturelle autre : celle où le poète
élégiaque, tout en demeurant dans le registre d’un genre mineur, compare sa
parole à celle des évêques dont la mission déclarée est la conversion des
cœurs. Rien assurément ne prédispose le poète élégiaque à tenir un rôle
spirituel aussi marqué ; cependant le choix même du style élégiaque est celui
d’un style ni sublime ni bas, à l’image de l’être humain, qui convient à la
représentation du Christ incarné. Ainsi la morale christique peut prendre
forme pour dire en distiques les vertus de l’amitié et de l’amour, la gloire
des évêques et des rois catholiques. À sa manière, l’humble inspiration
élégiaque contribue à la diffusion en Occident de l’universel chrétien.
Venance Fortunat n’évolue plus, à l’imitation des élégiaques passés, dans
l’équivoque correspondance du réel au fictif, mais fonde modestement sa
légitimité auctoriale sur sa foi dont Marie est l’illustration féminine. Ainsi
une harmonie apparaît entre l’élévation d’âme et le rythme discontinu de
l’hexamètre suivi du pentamètre. Réécrivant le motif ovidien de l’association
inédite et difficile entre grandeur de l’inspiration et métrique
dissymétrique, Fortunat réussit à faire de son style vertu humaine : c’est
dans l’humilité, dont il fait un principe d’esthétique et d’éthique, qu’il
compose, à distance respectueuse des âmes belles qui sont au plus près de Dieu
et dont la haute spiritualité a pour formes d’expression quasi
institutionnalisées le chant hymnique et l’éloquence épiscopale. En ce sens,
il n’est pas impossible de dire que Venance Fortunat est un poète élégiaque
chrétien qui œuvre à l’enchantement du monde par le dépassement du pathos
souvent caractéristique de l’élégie classique, sans pour autant vouloir égaler
le grand style.

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