LA REVENANTE, roman
EAN13
9782909240893
ISBN
978-2-909240-89-3
Éditeur
ECRITURE
Date de publication
Collection
LITTERATURE FRA
Nombre de pages
200
Dimensions
22 x 14 x 0 cm
Poids
296 g
Langue
français
Code dewey
843
Fiches UNIMARC
S'identifier
Indisponible

Ce livre est en stock chez 2 confrères du réseau leslibraires.fr,

Cliquez ici pour le commander

DU MÊME AUTEUR

ROMANS

La Maison aux orties, Actes Sud, 2008.

Sept pierres pour la femme adultère, Mercure de France, 2007.

Le Moine, l'Ottoman et la Femme du grand argentier, Actes Sud, 2003.

Privilège des morts, Balland, 2001.

Zarifé la folle, et autres nouvelles, éditions François Jannaud, 2001.

Une maison au bord des larmes, Balland, 1998.

La Maestra, Actes Sud, 1996.

Les Fiancés du cap Ténès, Lattès, 1995.

La Maîtresse du notable, Seghers, 1992.

Les Fugues d'Olympia, Régine Deforges/Ramsay, 1989.

Bayarmine, Flammarion, 1988.

Mortemaison, Flammarion, 1986.

Les Morts n'ont pas d'ombre, Flammarion, 1984.

Vacarme pour une lune morte, Flammarion, 1983.

Le Fils empaillé, Belfond, 1980.

Qui parle au nom du jasmin?, EFR, 1980.

Les Inadaptés, Le Rocher, 1977.

Alma, cousue main ou le Voyage immobile, Régine Deforges, 1977.

Dialogue à propos d'un Christ ou d'un acrobate, EFR, 1975.

POÉSIE

À quoi sert la neige, Le Cherche Midi, 2009.

Les Obscurcis, Mercure de France, 2008.

Stèle pour l'absent, Al Manar, 2006.

Six poèmes nomades, Al Manar, 2005.

Quelle est la nuit parmi les nuits, Mercure de France, 2007.

Compassion des pierres, La Différence, 2001.

Alphabets de sable, Maeght, 2000.

Elle dit, Balland, 1999.

La Voix des arbres, Le Cherche Midi, 1999.

Anthologie personnelle, Actes Sud, 1997.

Fables pour un peuple d'argile, Belfond, 1992.

Monologue du mort, Belfond, 1986.

Un faux pas du soleil, Belfond, 1982.

Qui parle au nom du jasmin, EFR, 1980.

Les Ombres et leurs cris, Belfond, 1979.

Au sud du silence, Saint-Germain-des-Prés, 1975.

Terres stagnantes, Seghers, 1968.

www.editionsecriture.com

Si vous souhaitez recevoir notre catalogue et être tenu au courant de nos publications, envoyez vos nom et adresse, en citant ce livre, aux Éditions Écriture,

34, rue des Bourdonnais 75001 Paris.
Et, pour le Canada,
à Édipresse Inc., 945, avenue Beaumont,
Montréal, Québec, H3N 1W3.

eISBN 978-2-3590-5087-5

Copyright © Écriture, 2009.

Au général Georges Buis, qui m'a fourni des renseignements sur l'occupation du Liban et de la Syrie par l'armée de Vichy entre 1939 et 1942.

1

Les rêves de Laura ne sont qu'un prolongement de ses journées. Elle s'est vue prendre la rue Saint-Antoine, tourner vers la rue de la Roquette qu'elle a traversée d'un pas rapide sous une pluie fine avant de s'arrêter pour reprendre son souffle. Boulevard de Ménilmontant, les réverbères qui éclairent le portail du Père-Lachaise nimbent de leur lumière des tombes noircies par le temps. Les stèles penchées parlent d'abandon. Personne à cette heure matinale dans le cimetière, personne à l'extérieur. Pourtant elle sent un regard sur sa nuque. Elle se retourne. De l'autre côté du boulevard, un homme assis sur un banc ne la quitte pas des yeux. Des cheveux mi-longs, un profil de Christ, des épaules tombantes sous un ample imperméable couleur mastic. Une benne à ordures passe. L'homme a disparu. Sur le banc qu'il occupait, un vieux journal aux pages jaunies. En première page, la photo d'un temple romain accompagnée de cette légende :

Les restes de trois officiers français ensevelis en 1941 sous les décombres du temple du djebel Druze, en Syrie, découverts après un demi-siècle.

Un nuage de poussière se dégage du journal quand Laura essaie de lire la suite en deuxième page. Poussière qui monte à l'assaut des réverbères avant de se déposer sur le banc.

« Dieu merci, ce n'est qu'un rêve », se dit-elle en suffoquant. Les yeux ouverts, elle continue pourtant à voir la même poussière, et ce journal maculé de terre, daté du 1er novembre, la date du lendemain. Elle quitte son lit sans se soucier de l'heure et refait en sens inverse le chemin parcouru dans son rêve. Trajet qu'elle effectue soir et matin pour se rendre à son lieu de travail.

Les infirmières de nuit sont étonnées de la voir ; les internes commencent leur journée bien plus tard. Laura fait le tour des malades dans un état second. Son rêve lui revient dans ses moindres détails : le journal poussiéreux, l'homme du banc, ce nom du djebel Druze jamais entendu auparavant, ainsi que l'homme au profil d'aigle happé au passage du camion.

Son regard va de fenêtre en fenêtre vers le cimetière du Père-Lachaise à la recherche du banc, mais ne distingue que la muraille à cette distance, et quelques tombes réduites à des cubes minuscules.

Elle termine sa tournée comme d'habitude par Arnaud, six ans et six hospitalisations dans l'année. Le garçonnet, qui a décoré les murs de sa chambre avec des papillons découpés dans les livres et les magazines, lui montre sa dernière trouvaille : un monarque en papier phosphorescent qu'il lance vers le plafond. Laura caresse la petite tête brûlée par les rayons tout en suivant la trajectoire du papillon qui sort de la fenêtre avant de piquer droit vers le parking réservé aux ambulances. Un homme se penche et le ramasse. Son visage levé vers Laura semble l'implorer. Le soleil du matin, qui frappe la verrière de plein fouet, colore son profil de rouge. On dirait qu'il saigne. Ses cheveux mi-longs, son trench-coat couleur mastic, son profil d'aigle sortent droit du rêve de Laura qui referme prestement la fenêtre et vaque à ses obligations en évitant de regarder au-dehors. Le soir venu, elle prend un autre chemin pour rentrer chez elle. Laura tourne le dos au cimetière. L'homme du banc, celui du parking, elle en est sûre, sort d'une tombe du Père-Lachaise.

2

Il pleut. Un vrai jour des morts. Laura grelotte dans sa robe trop légère pour la saison. La photo du temple romain vu dans son rêve trône à la vitrine du kiosque à journaux avec la même date, celle du 1er novembre. Les passants la bousculent, mais elle ne bougera pas avant d'avoir lu le texte qui l'accompagne.

Arrivée à l'hôpital, le journal sous le bras, elle relit le même passage plusieurs fois.

Les corps des trois officiers français disparus en 1941 dans le djebel Druze en Syrie ont été exhumés par l'archéologue Luc Martin qui travaille sur ce site depuis plus de vingt ans. Les trois militaires faisaient partie des troupes vichystes du Levant. Un communiqué du ministère de la Défense nous apprend que la famille du commandant de Mandragues et celle du capitaine Morfeuille ont réclamé pendant des années la dépouille de leurs deux fils, alors que la famille du lieutenant Martin ne s'est jamais manifestée.

Laura ferme les yeux et voit trois cercueils plombés, entend la sonnerie aux morts et le claquement du drapeau hissé pour la cérémonie de rapatriement des trois militaires disparus en terre étrangère. Elle pleure sans raison, continue de pleurer quand l'ascenseur s'arrête au deuxième étage. Pieds nus sur le carrelage, Arnaud la regarde avec pitié.

— C'est le monsieur du parking qui te fait pleurer ?

— Il a tué mon monarque. Suzanne l'a retrouvé tout ratatiné et l'a jeté à la poubelle. Elle dit que le papier phosphorescent donne des hallucinations.

— C'est quoi les hallucinations ? demande-t-il en se grattant la tête.

— Des images, visions, mirages.

— Donc des avions.

— Si tu veux. Tu tenais tant à ton monarque ?

— Forcément, il était mon ami. Le seul...

Laura s'accroupit devant lui et lui fait répéter sa phrase.

— Il me tenait compagnie quand je n'arrivais pas à m'endormir, ajoute-t-il.

— Qu'est-ce qui t'empêche de dormir ?

La réponse d'Arnaud : un geste évasif de la main.

Pour échapper à d'autres questions, Laura file vers la cafétéria. Vu de dos, avec sa tête rasée, Arnaud, qui regagne sa chambre, a l'allure d'un moine tibétain.

La voix coléreuse de Suzanne lui parvient d'une des chambres. La femme de service reproche au vieux M. Clouet de mettre du temps pour mourir.

— À ta place, je rentrerais chez moi. Ici, c'est un hôpital, pas un mouroir.

Et lui d'expliquer sur un ton d'excuse qu'il ne cherche pas à s'incruster. La décision revient à sa bru qui trouve indécent de mourir devant ses petits-enfants.

Attablée dans le coin le plus obscur de la cafétéria pour échapper à la voix de Suzanne, Laura se plonge de nouveau dans la lecture de la découverte macabre. La photo du temple s'anime sous son regard, des crevasses apparaissent là où il y avait une tache. Ce qu'elle prenait pour des lignes devien...

S'identifier pour envoyer des commentaires.

Autres contributions de...

Plus d'informations sur Vénus Khoury-Ghata