Boris Vian, le sourire créateur
EAN13
9782909240916
ISBN
978-2-909240-91-6
Éditeur
ECRITURE
Date de publication
Collection
Essais et entretiens
Nombre de pages
415
Dimensions
22 x 14 x 0 cm
Poids
600 g
Langue
français
Code dewey
920
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Boris Vian, le sourire créateur

Ecriture

Essais et entretiens

Indisponible

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DU MÊME AUTEUR

François Verdier, le ferrailleur de la mémoire, catalogue d'exposition, 1999.

Les Monts Dore, Alan Sutton, 2000.

Le Jardin des mots. Calligraphie en création contemporaine, Alternatives, 2000.

L'Invisible des pierres, Le Pli, 2001.

Les Ouvriers du signe. Calligraphie en culture musulmane, ACR, 2002.

Les Alphabets de l'oubli. Signes et savoirs perdus, Alternatives, 2002.

Le Verbe géomètre. Numérographies et écritures mathématiques, Alternatives, 2004.

Le Sable des chemins. Sur les pas du facteur Cheval, Éditions du Sextant, 2008.

Les Rivières du ciel, Al Manar, 2009.e9782909240992_i0001.jpg

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ISBN 978-2-909240-91-6

Copyright © Éditions Écriture, 2009.

Sommaire

DU MÊME AUTEUR
Page de titre
Page de Copyright
Epigraphe
Avant-propos
1 - LA DIAGONALE DU RÊVE

« Ce visage souriait. Je me disais : il y a un sourire dans le labyrinthe. Le labyrinthe sourit. Le labyrinthe est un sourire. »

Yannick Haenel, Cercle (Gallimard, 2007)

Avant-propos

L'état civil vous a doté de deux prénoms pour le prix d'un. Vous vous appelez, en effet, Boris Paul Vian. Vous portez en bandoulière le prénom de votre père et l'admiration de votre mère pour un certain Boris Godounov. Très vite, vous vous êtes surnommé autrement : Bison Ravi ou Bisonduravi pour les intimes, Hugo Hachebuisson, Andy Blackshick, Xavier Clarke, Michel Delaroche, Otto Link, Josèfe Pignerole, S. Culape, Gédéon Molle pour les passionnés de jazz, Vernon Sullivan pour les amateurs de polars, Zéphirin Hanvélo, Onuphre Hirondelle, Agénor Bouillon en duo avec Henri Salvador, Joëlle du Beausset ou Amélie de Lambineuse pour transgresser les genres, Gérard Dunoyer, Lydio Sincrazi, Boriso Viana, Fanaton, Eugène Minoux pour présenter des 45-tours de votre choix, Jules Dupont pour signer votre Traité de civisme, Gédéon Mauve en hommage au savant Cosinus et même Aimé Damour pour le Manifeste du Cocu (Comité d'organisation des consommateurs et usagers) que vous avez rédigé en 1943.

Vous êtes né un 10 mars 1920, sous le signe du poisson volant, à Ville-d'Avray, banlieue chic du sud-ouest de Paris, connue pour ses promenades dominicales et ses vestiges endormis. Très tôt, vous avez pris goût au canular, aux gags à rebondissements, aux intitulés à tiroirs et aux pastiches que vous réalisez jusqu'au parfait trompe-l'œil. On vous croit d'origine arménienne et l'on vous prête un « air slave » que vous tournez aussitôt en dérision, puisque votre famille est d'origine italo-provençale. Vous êtes ingénieur de formation, musicien par inclination, équarrisseur en chef de la langue française que vous servez en poèmes, en chansons, en nouvelles, en romans et même en contes pour adultes consentants. Mélomane averti, vous avez, paraît-il, l'oreille absolue et vous vous mettez vite au diapason d'autrui. On vous prête des talents de disc-jockey, un goût certain pour les cocktails détonants, une capacité presque anglo-saxonne à prêcher le faux pour savoir le vrai, un sens inné du sucré-salé que vous distillez à volonté, y compris dans l'épilogue de votre vie.

À vos temps perdus, vous vous inventez par plaisir quelques rôles de composition : joueur d'échecs à Ville-d'Avray, peintre futuriste rue du Faubourg-Poissonnière, sculpteur sur bois à la cité Véron, apprenti garagiste à Colombes, trompettiste au Tabou, auteur-compositeur et interprète au Théâtre des Trois Baudets. Objecteur de conscience à la ville comme à la scène, vos dons d'ubiquité vous font prendre la clé de sol pour la clé des songes. Amateur de bouts rimés, de calembours, de devinettes et d'analogies sélectives, vous vous définissez comme un fils spirituel d'Alfred Jarry, de Marcel Aymé, de William Faulkner et de Franz Kafka. Il est vrai que vous cultivez la dérision depuis le plus jeune âge et que vous passez sans ambages d'une dimension à l'autre.

On vous reproche vos lectures au sixième degré et vos formulations à teneur survitaminée. Les plaisanteries les plus courtes étant toujours les meilleures, vous cultivez à dessein l'art du bref. Nouvelliste et parolier, vous calibrez vos textes au millimètre près, vous répondez, en quelques mots bien ciblés, à la demande de vos commanditaires et vous déjouez l'opinion publique par une pirouette de dernière minute. Traducteur de Raymond Chandler, Richard Wright, Kenneth Fearing, Peter Cheney, Nelson Algren, James M. Cain, A. E. Van Vogt et August Strindberg, vous avez été l'un des premiers à importer en France la science-fiction, le jazz, le roman noir et le slam. Vous avez toujours une coudée d'avance sur vos détracteurs, mais vous vous gardez bien d'en tirer un quelconque avantage. Quoi que vous fassiez, en effet, le scandale vous suit à la trace. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si Anne-Marie Casanova vous a qualifié de « beau risque vivant1 » et si la confusion entre réalité et fiction a tendance à vous jouer des tours. Accusé de crime par procuration en raison de Lee Anderson, le rebelle de J'irai cracher sur vos tombes, vous essuyez les plâtres d'une critique préformatée. Ennemi juré du stéréotype, vous faites parfois office d'amuseur public et suscitez, à ce titre, le bonheur des échotiers qui vous prêtent différentes projections sur la comète...

Né et enterré un jour de grève, vous incarnez à merveille l'image du déserteur, du chic type qui a mal tourné, du bon copain que l'on cherche à tirer d'affaire. À Landemer, on se souvient encore de votre penchant pour les farces et attrapes et de vos notes improvisées à la tombée de la nuit. À Centrale et à l'Afnor, on commente votre allergie aux règlements en cours. Et à l'INPI, on n'a pas oublié votre dépôt de brevet d'invention pour une roue élastique à géométrie variable...

À trop fréquenter Saint-Germain-des-Prés, on a fini par vous confondre avec votre légende, ce qui n'est pas pour vous déplaire car vous avez aussi prévu de vous protéger des regards indiscrets par une doublure qui vous dispense de toute explication. Vous souriez d'avance à tout ce que l'on dira de vous, à tout ce que j'écris pour faire un premier pas vers vous. Vous souriez d'un sourire énigmatique, existentiel, un peu insaisissable, un sourire mythologique qui vous classe immédiatement du côté du Sphinx et de la Joconde. Mona Lisa n'est pas étrangère à votre univers. Vous lui avez donné carte blanche dans l'une de vos pièces et vos antécédents d'ingénieur n'auraient pas déplu à son père créateur. De même Cocteau, votre vieil ami, vous aurait volontiers entraîné du côté d'Orphée, dans l'antichambre des enfants et des parents terribles, dans les dédales de quelque machine infernale que vous auriez aménagée tout à loisir...

Vous enchaînez « à vitesse grand V » les records d'audience, vous surprenez, intriguez, séduisez sans lever le masque. Vous cumulez les conquêtes et déstabilisez sans le vouloir bon nombre de vos adversaires. Amateur de contre-jour, vous affichez un calme souverain face à votre devenir posthume. Vous dites avoir écrit des histoires que personne n'a songé à écrire. Vous fuyez le « grelot funèbre des prophètes2 », les musiciens à théories, les romanciers à thèses, les pisse-froid et les pisse-copie, les disques de Mozart, le Littré parce qu'il a « codifié les tristes manies des grands littérateurs3 », l'opéra parce qu'il n'y a rien de plus convenu. Vous n'opposez pas la technique à l'inspiration, la diagonale à la ligne droite, la poésie à la chansonnette, le savoir au génie. Mine de rien, vous donnez l'estocade à bon nombre de faux-semblants, en livrant le plus naturellement du monde la guerre non pas au conformisme, mais aux confusions qui en résultent.

Contrairement à la plupart de vos codisciples, vous n'avez jamais eu de bureau d'écrivain. Vous avez même tardé à obtenir une plaque commémorative et vous avez refusé tout signe distinctif sur votre tombe. Lorsque vous écrivez, vous choisissez le meilleur angle d'a...

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