Barthélémy le ferblantier, roman
EAN13
9782809801729
ISBN
978-2-8098-0172-9
Éditeur
Archipel
Date de publication
Collection
TERROIR
Nombre de pages
240
Dimensions
22 x 14 x 0 cm
Poids
354 g
Langue
français
Code dewey
843
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Barthélémy le ferblantier

roman

De

Archipel

Terroir

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DU MÊME AUTEUR

La Maison d'Anaïs, L'Archipel, 2007.
Adieu lou païs, L'Archipel, 2002.

www.editionsarchipel.com

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eISBN 978-2-8098-0950-3

Copyright © L'Archipel, 2009.

À Jean Julhes, ferblantier de son état (1837-1927), exhumé de l'oubli par Christian, l'un de ses arrière-petits-fils, féru de généalogie. Sa famille portait encore, récemment, le surnom de « Ferri blon » (le fer-blanc) ou « Cantchou » (le petit pot, à lait ou autre). Un chemin du village est toujours dénommé « la montée du ferblantier ».

À Louise Boussuge, et à tant d'autres, dont la vie fut autrefois brisée par un accident stupide, par l'ignorance, la pauvreté, à quoi s'est bien souvent ajoutée la méchanceté gratuite.

À Hortense Boussuge, ma grand-mère paternelle que je n'ai pas connue.

NOTE DE L'AUTEUR

Quelques précisions sur les noms attribués à certaines familles qu'il m'a été agréable d'utiliser dans ces pages. Il s'agit en réalité de mots du langage courant pour désigner quelqu'un, en fonction de ses caractéristiques.

ESPLOUMASSA : on désigne de ce nom (qui dérive de la racine « plume ») un poulet aux plumes ébouriffées, le plus souvent malade, mais aussi une personne échevelée, mal habillée, d'allure peu engageante. « Quel(le) esploumassada ! », dira-t-on.

INCLOUSKA : individu coincé, étriqué, pas vraiment sorti de sa coquille (mot dont ce nom dérive).

ESTAFIER : personne au maintien raide, un peu prétentieuse, sans grande importance.

FRAÏSSE : frêne.

TRUFFAÏRE : ramasseur de truffes, c'est-à-dire de pommes de terre.

JANQUILLOU : prénom qui signifie le petit Jean.

Seuls les lieux cités dans ce livre ne sont pas imaginaires, au contraire des histoires et des personnages. Si j'ai qualifié d'« arriérés » certains habitants de l'un ou l'autre de ces lieux, c'est uniquement pour le bon déroulement de l'intrigue et sans malveillance aucune.

Prologue

Une nuit paisible, sombre.

Barthélemy a bu un café aussi noir que le petit matin est humide. Une tranche de pain et du fromage, glissés dans la musette, viendront le réconforter après les rudes montées.

Au moment de franchir la porte, il a toujours une hésitation pour affronter le froid et la nuit. La maison, même peu confortable, le protège de tous les démons du dehors.

« Je les laisse pour quelques jours seulement, murmure-t-il. Et l'Hortense n'est pas née de la dernière pluie. Une bonne travailleuse et qui ne s'en laisse pas conter. »

La lourde porte en bois s'est refermée derrière lui. Quand il est ainsi catapulté sur les routes, il y a toujours un temps d'adaptation. Une angoisse qui s'insinue dans son cœur. Pour lui. Pour les enfants.

Sitôt sorti des murs protecteurs de La Brugère, une bruine légère l'enveloppe, l'entoure d'ombres sinistres, l'engloutit. Les maisons sont un point de repère. Dès qu'il a dépassé la dernière bâtisse de son minuscule hameau, il navigue à l'instinct, comme les bêtes. Le claquement des sabots et les roues ferrées de la charrette le rassurent un peu et brisent ce silence hostile.

Les animaux de la nuit fuient ce bruit d'enfer. Il tend l'oreille, à l'affût des malfrats qui pourraient l'attaquer par surprise, bien que ceux-là opèrent rarement à des heures aussi matinales.

Bien avant Bennac, le premier bourg sur son chemin, aux maisons endormies sous la chape grisâtre, il a trouvé son rythme. Tirer son chargement dans les chemins pierreux demande de l'attention. Mais après, sur le replat trompeur, il laisse vagabonder son esprit et ressasse des pensées plutôt moroses.

« Le Janquillou est encore bien petit, je ne le vois pas souvent. Un peu pâlichon, mais bon... » Et Lisa ? Il n'y pense pas souvent. On ne peut pas en dire grand-chose. Elle ne parle pas beaucoup, s'enferme dans son monde. Bien sûr, il y a eu cet accident... « Je crois que, de toute façon, elle n'était pas très dégourdie. Enfin ! »

Les routes s'inclinent en des pentes trop raides. À la descente, il doit freiner. Jusqu'au minuscule pont de Chaussine. Et puis... la montée, raide, trop raide, trop longue...

Il souffle, ahane. Et là, ses pensées prennent une autre direction.

« Si seulement j'avais un cheval, je serais le plus heureux des hommes. Tu te prends pour qui, Barthélemy? se morigène-t-il. Un cheval... As-tu quelques sous devant toi pour acheter cette bête ? Bon, d'accord, un âne ferait bien l'affaire. Je pourrais lui parler tout au long de la route. Les bêtes flairent le danger aussi, rien ne leur échappe... »

Dès qu'il en aura fini avec cette côte qui lui coupe les mollets, il pourra se reposer un peu, manger son pain et son fromage.

À ce moment-là seulement, les ombres de la nuit deviendront moins menaçantes.

Il a fait quelques haltes sans s'attarder. Et sitôt passé Ironde, il se dit que sa peine a assez duré, il mérite bien un réconfort. Encore un effort et, laissant derrière lui les dernières maisons, il cale les roues avec un caillou, les brancards posés à l'horizontale contre un tronc d'arbre... Ses narines se dilatent au seul plaisir de manger un morceau.

Une lueur du soleil levant lui apporte un espoir de journée tranquille. Dès que le jour se lève, la crainte diffuse qui l'étreignait se dissipe. Il va pouvoir uriner sans se soucier de son chargement. « Ça fait du bien », murmure-t-il, dans un soupir, en boutonnant sa braguette.

Puis, l'estomac rassasié, les muscles détendus, souples encore, l'incitent à la rêverie. Il aurait bien besoin de douceur, lui aussi. Toujours le travail, le décompte de ce qu'il pourrait gagner... La vie rude de tous les jours, il n'est qu'un homme après tout !

« Cette Alphonsine, tout de même. Quel beau brin de femme ! » Depuis des années, il la regarde et s'émerveille toujours. Il espère. « Aujourd'hui, je la verrai peut-être. Mais la vieille, sa belle-mère, cette croque, ce cadran1, ça vous a l'œil partout. En plus, ça devine tout, je parie. L'Alphonsine qui est toute gentillesse doit avoir bien de la peine à s'en sortir... Assez rêvé, je dois y aller. »

Il s'attelle à nouveau. D'un geste machinal, il endosse les harnais.

Des harnais ? Un nom un peu pompeux pour ce système de sangles fabriqué avec une vieille longe de cuir desséché qui, dans une première vie, était fixée au joug des vaches ! Qu'importe. Une belle invention en tout cas, pour tous les tâcherons de son espèce, car elle mobilise toute la musculature du corps pour l'effort à fournir. C'est lui-même qui les a bricolés. Il a de l'imagination, le Barthélemy !

De ses mains puissantes, il saisit les brancards, bien lisses à force d'avoir été saisis, et il regarde la longue route grise, cahoteuse à souhait, qui se dévoile dans le froid matin.

Il bande ses muscles et amorce le départ. Les roues se mettent en branle. Le chargement bringuebale déjà dans la charrette.

« Le bourricot est parti, murmure-t-il. Hue, mon vieux, vas-y ! Encore heureux qu'on ne me cingle pas l'arrière-train avec un fouet... »

Il lâche les brancards un instant, crache dans ses mains. « Cette fois, j'y vais. »

Une vapeur légère s'élève de sa bouche entrouverte. Bientôt la première étape. Sériers. Un gros village qui annonce la Planèze2 et ses frimas. Des fumées odorantes s'élèvent des cheminées qu'on aperçoit au loin.

Ça sent le café chaud, l'étable, la bouse fraîche... Les femmes sortent de leur lit les cheveux emmêlés, revêtent la blouse maculée de la veille...

Ses narines se dilatent à l'évocation de ces plaisirs simples, qu'il n'aurait jamais remarqués s'il ne quittait aussi souvent son domicile à des heures où l'on ne mettrait même pas un chien dehors.

« Je suis un galérien, se dit-il. Mais il y a quelques compensations. J'apprends toutes sortes de choses en courant sur les routes. De toute façon, il faut bien gagner sa croûte. Sa misérable croûte ! »

Il s'arrête sur la place du village, déserte à cette heure. Il faut s'y mettre, s'installer. Il déballe son matériel ; un muret, là, tout à côté, lui sert d'établi. Les outils bien ra...

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