Passage des larmes, roman
EAN13
9782709631075
ISBN
978-2-7096-3107-5
Éditeur
JC Lattès
Date de publication
Collection
Littérature française
Nombre de pages
250
Dimensions
20 x 13 x 0 cm
Poids
266 g
Langue
français
Code dewey
843
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Djibril a quitté Djibouti depuis de longues années. A Montréal, il est devenu un homme neuf : le pays de son enfance n’est plus pour lui qu’une terre étrangère, poussiéreuse, un terrain vague. Employé par une agence de renseignement, il doit pourtant y retourner pour une mission de quelques jours. Djibouti est devenu un enjeu géostratégique majeur : la France, les Etats-Unis, Dubaï, les islamistes se disputent ce morceau de basalte. Djibril n’a que faire de leurs querelles mais il se sent trahi par ce pays né, comme lui, un 17 juin 1977, jour de l’Indépendance. Les plaies s’ouvrent, les fantômes des siens viennent le hanter, son enquête piétine. Chaque jour, il se laisse entraîner sur les chemins dangereux de la mémoire. De sa prison cachée sur les îlots du Diable, au large de Djibouti, Djamal, le frère jumeau de Djibril, né quelques minutes après lui, a appris le retour de son aîné prodigue : il le suit en pensée où qu’il aille, l’interpelle, ne le laisse pas en paix. On ne revient pas impunément sur les traces de son passé.
Un très beau roman où il est question du temps, de l’exil et de la figure mythique de l’écrivain Walter Benjamin qui hante l’imaginaire de ces deux frères perdus. Abdourahman A. Waberi compose un récit sensible, haletant et poétique et nous fait traverser de part en part ce pays de sables, d’îlots et de passages.

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Rencontre avec Abdourahman Waberi, auteur de "Passage des larmes", paru chez JC Lattès.
Abdourahman A. Waberi compose un récit sensible, haletant et poétique et nous fait traverser de part en part ce pays de sables, dîlots et de passages.

© Hachette

Rencontre avec Abdourahman A. Waberi

Abdourahman A. Waberi, écrivain d’origine djiboutienne, est un voyageur qui vous accueille, en escale parisienne, rue du Faubourg Saint-Denis, entre boucherie hallal et restaurant indien. « C’est ma rue-monde » sourit-il. Bientôt, il repartira à Los Angeles où il enseigne la littérature francophone dans un collège universitaire californien. A l’été 2010, il s’installera à la villa Médicis à Rome pour une année d’écriture.

Passage des larmes (éd. Lattès), son nouveau roman, est sorti en septembre. Son huitième, avec de vrais succès publics comme le précédent, Aux Etats-Unis d’Afrique(éd. Lattès), et des romans qui font plus lentement leur chemin, comme ce dernier dont l’action se déroule à Djibouti.

Waberi y met en scène le retour au pays natal de Djibril. A l’adolescence, il a fui vers l’Occident. Il se fait appeler désormais Djib par ses amis du Québec où il partage la vie de Denise, femme aimée et aimante. Djib est chargé d’une enquête sur l’état des forces de Djibouti, pour le compte d’une de ces sociétés privées que l’on croise en Irak ou en Afghanistan où elles font la guerre - et de l’argent - prenant la place des états.

Mais peut-on revenir impunément à ses territoires d’enfance ? De la famille de Djib (un grand-père conteur, une mère sans amour, un père dont il avait honte), il ne reste que son jumeau, Djamal, fragile, perdu, qui s’est embarqué dans l’islamisme comme sur un radeau de survie.

« Je m’inspire de ce qui se passe en Somalie en ce moment », explique Abhourahman A. Waberi. Les mots fleuris qui ouvrent chaque chapitre où s’exprime Djamal, du fond de la prison où l’ont conduit ses choix politico-religieux, « c’est la bande-son du livre. Je m’interroge sur ce qui pousse ces jeunes gens nés dans les banlieues européennes à se faire sauter la cervelle pour la révolution islamiste. J’ai visionné des cassettes : c’est toujours le même topo, un discours sans intérêt, de la rhétorique qui se mord la queue, un langage qui fonctionne sur le registre de la foi. Mais sur la musique et les images dont d’une charge émotionnelle et poétique déchirante ».

Waberi tire parti «consciemment, en l’exagérant d’un poil, de la situation de Djibouti. J’en fais le centre du monde le plus contemporain où se rejoindraient les excès du capitalisme tardif - Dubaï y construit un énorme centre commercial - des relents nauséabonds de la Françafrique, un choc de civilisation comme de génération, des questions démocratiques. »

Le titre s’inspire du Bab el-Mandeb, autrement dit « La porte des larmes », petit détroit entre Djibouti et le Yémen. Mais le livre vient de beaucoup plus loin. « Sur mon ordinateur, pendant trois ans, il a existé comme « Le livre de Ben ». Mon intention au départ était d’évoquer cette grande figure de l’exilé qu’était Walter Benjamin. »


Philosophe, poète, traducteur en allemand de Balzac, Baudelaire ou Proust, Walter Benjamin, Juif, s’était réfugié en France à l’arrivée des Nazis. Comme tous les Allemands et Autrichiens, il a été interné en camp de rétention à la déclaration de guerre. Libéré grâce à ses amis, il a tenté de fuir vers l’Espagne mais il a mis fin à ses jours à la frontière.

Au début de l’écriture du roman, Waberi avait développé l’époque parisienne de Walter Benjamin. « J’avais même pensé à une scène littéraire où la négritude aurait pu être présente. Après tout, Césaire, Senghor ont vécu ces années-là à Paris. »

Finalement, Le livre de Benjamin n’apparaît qu’en palimpseste, sous les pensées vengeresses que note Djamal sur les feuillets que le vent du désert fait réapparaître dans le vieux fortin de l’époque de la colonisation française où il est retenu prisonnier. « C’est le seul écart que je fais avec l’Histoire. Pour mon roman, il fallait que Walter Benjamin arrive à Djibouti. Après tout, des camps de rétention auraient fort bien pu exister dans ce territoire complètement vichyssois. »

Emergeant du sable sec, les fragments du discours humaniste de Walter Benjamin finissent par instiller le doute sur le bien-fondé de ses choix dans la tête de Djamal. Parallèlement, Djibril perd ses mots et ses pensées dans un Djibouti qu’il ne comprend plus. De plus en plus seul, tandis que dans sa tête, une petite voix « débobine le film du passé. Une forme qui me permet de faire parler quelqu’un de lui-même, de créer un narrateur qui se regarde parler ».

Dans Aux Etats-Unis d’Afrique, Abdourahman A. Waberi avait adopté, en apparence, le genre de la science-fiction. Cette fois, il emprunte au roman d’espionnage « le langage technologique, neutre, professionnel, où l’on sème le doute avec une petite phrase, où un adjectif suffit à plomber l’ambiance ». Du coup, ce Passage des larmes désespéré peut paraître froid.

« C’est ce que je voulais, même si je ne soupçonnais pas qu’il puisse être aussi glaçant pour le lecteur. J’avais le souci de montrer l’ironie d’une situation où celui qui est enfermé, embastillé, est finalement celui qui sait tout. Tandis que l’autre frère, celui qui s’appuie sur la technologie, ne voit rien. Mais le livre relève aussi du roman intimiste, du roman de formation. C’est mon roman djiboutien, comme un noyau atomique pour pulvériser le discours islamique. »

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