Séverine, vie et combats d une frondeuse, vie et combats d'une frondeuse
EAN13
9782809801989
ISBN
978-2-8098-0198-9
Éditeur
Archipel
Date de publication
Collection
POLITIQUE, IDEE
Nombre de pages
213
Dimensions
22 x 14 x 0 cm
Poids
582 g
Langue
français
Code dewey
074.092
Fiches UNIMARC
S'identifier

Séverine, vie et combats d une frondeuse

vie et combats d'une frondeuse

De

Préface de

Archipel

Politique, Idee

Offres

Autre version disponible

DU MÊME AUTEUR

Mosaïque de la douleur, Seuil, 1991.
Des femmes qui s'aiment, Seuil, 1984.
Séverine, une rebelle (1855-1929), Seuil, 1982.
La Rive allemande de ma mémoire, Seuil, 1980.
Un lit à soi : itinéraires de femmes, Seuil, 1979.
Les Messagères, Des femmes, 1976.

Cet ouvrage est publié avec le soutien
du Conseil régional de Picardie,
du Conseil général de l'Oise et
de la Délégation régionale aux droits des femmes.

www.editionsarchipel.com

Si vous souhaitez recevoir notre catalogue
et être tenu au courant de nos publications,
envoyez vos nom et adresse, en citant ce livre,
aux Éditions de l'Archipel,
34, rue des Bourdonnais 75001 Paris.
Et, pour le Canada,
à Édipresse Inc., 945, avenue Beaumont,
Montréal, Québec, H3N 1W3.

eISBN 978-2-8098-0960-2

Copyright © L'Archipel, 2009.

À Monique Cahen,
directrice de la collection « Libre à elles »
aux éditions du Seuil.

À la mémoire de Françoise Pasquier,
directrice des éditions Tierce.

PRÉFACE

Elle était belle, libre et rebelle.

À vingt-cinq ans, ses parents refusant qu'elle devienne journaliste, elle se tire une balle et rate le cœur.

Caroline Rémy, dite Séverine, née à Paris en 1855, va pourtant devenir, quelques années plus tard, la première femme à vivre de ses « papiers », la première « grand reporter », engagée aux côtés des pauvres et des opprimés, combattante des droits de l'homme et féministe visionnaire.

Elle devient la collaboratrice et l'amie très chère de Jules Vallès. Après la Commune, il refonde avec elle Le Cri du peuple, où elle fait paraître, sous le pseudonyme de « Séverin », une chronique intitulée « Les idées d'une Parisienne ». Elle assistera le grand homme jusqu'à ses derniers jours, y compris dans la rédaction des lignes finales de L'Insurgé, tome ultime d'une trilogie commencée avec L'Enfant et Le Bachelier.

Jules Vallès fut pour Séverine comme un père dont elle disait : « Il fit, de l'espèce de poupée que j'étais alors, une créature simple et sincère ; il me donna un cœur de citoyenne et un cerveau de citoyen. »

Après la mort de Jules Vallès, elle dirige quelques années encore Le Cri du peuple, puis elle le quitte, en désaccord avec la rédaction, devenue « marxiste autoritaire ».

Aimant « l'indépendance de l'adversaire autant que la sienne propre », trop libertaire pour continuer à écrire dans Le Cri, elle gagne sa vie en publiant des tribunes dans divers journaux, Le Gaulois, Gil Blas, L'Éclair ou L'Écho de Paris. Elle fait même la regrettable expérience de prêter sa plume à La Libre Parole, organe antisémite, croyant pouvoir y imposer son indépendance. Ce n'est que dans La Fronde de Marguerite Durand, premier quotidien entièrement réalisé par des femmes, que Séverine, qui y collabore à partir de 1897, reconnaîtra son erreur de jugement. Elle y rend compte de tous les procès de Dreyfus, combat l'erreur judiciaire et le mensonge.

Elle défend les anarchistes, lourdement condamnés, et demande grâce pour Vaillant qui a lancé une bombe dans l'hémicycle du Palais-Bourbon. L'engin ne contenait que des clous et n'a fait que quelques blessés légers. Vaillant sera pourtant exécuté.

Évoquant la peine de mort, elle tient ses mots :« En vérité, je vous le dis, le remède est usé, le remède est infructueux ! Je le répète, ne peut-on donc essayer d'autre chose : d'un état social plus humain, d'une répartition moins arbitraire des biens – de ce que Jésus le subversif, Jésus le supplicié, appelait tout simplement l'amour du prochain ? »

Engagée toujours aux côtés des pauvres et des opprimés, elle développe une nouvelle manière d'exercer le journalisme et embrasse toutes les grandes causes sociales de l'époque.

Pour rendre compte aux citoyens, elle se déplace sur les lieux du terrible incendie de l'Opéra-Comique au cours duquel deux cents personnes ont péri, sous l'œil étonné – voire réprobateur – de ses confrères et de la « bonne» société.

Au lendemain d'un tragique coup de grisou qui a tué près de cent travailleurs, elle descend dans la mine de Saint-Étienne.

Elle se déguise en ouvrière afin de mieux comprendre et mieux expliquer la situation des « casseuses de sucre» de la rue de Flandre, en grève.

Elle considère que « la misère tue plus de gens que jamais la mitraille n'en tua ».

Exceptionnelle visionnaire des maux qui vont meurtrir le XXe siècle et des évolutions que connaîtra notre société, Séverine désigne les massacres des Arméniens par les Turcs, défend la cause du peuple noir (« Ah ! quand donc luira-t-elle, la grande aube de justice, libérant la race blanche des fers du préjugé, l'affranchissement d'elle-même et du cruel passé ? ») et dénonce dès 1925 le fascisme, « la ligue des intérêts menacés, des peurs, des privilèges, des rancunes, des préjugés, de la routine et de l'incompréhension ».

Elle soutient l'idée lancée par Vallès de la création d'une Ligue des droits de l'enfant1, alors même que la Convention des droits de l'enfant ne vit le jour qu'en 1989.

Séverine fut aussi la première journaliste à obtenir une audience auprès du pape, souhaitant connaître l'avis de Léon XIII – qui la reçut en 1891 – sur l'antisémitisme, dont elle pressentait qu'il pouvait « se présenter comme une inspiration de l'Église, du moins comme son émanation ». Elle fut rassurée sur ce point par le pontife, qui lui affirma également ne pas s'opposer à ce qui n'adviendra qu'en 1905 : la séparation de l'Église et de l'État. Séverine rapporta que le pape pensait que l'Église n'avait pas à faire de la politique et qu'elle entendait y demeurer étrangère.

Est-ce la volonté d'être toujours sur le terrain, d'être « à l'ambulance» plutôt qu'« à la tribune», comme elle se plaisait à le dire, le souci constant de se battre « avec les pauvres toujours, malgré leurs fautes, malgré leurs crimes », quitte à se tromper parfois (elle a soutenu un temps le général Boulanger, qu'elle croyait être le meilleur représentant du peuple), la revendication d'une farouche indépendance, le rejet de tout sectarisme, ou encore l'expression d'une révolte profonde qui éloignèrent Séverine de tout engagement militant, excepté un court passage au parti communiste, comme de tout exercice d'une quelconque responsabilité politique ?

Elle se montrait d'une grande sévérité envers les députés, leur reprochant d'être parfois corrompus et toujours loin du peuple, comme s'ils s'en méfiaient2. De cette aversion, se forgea en elle un état d'esprit suspicieux du système parlementaire en tant que tel, ainsi même que du suffrage universel. Cet antiparlementarisme, en particulier, la rendit un premier temps très réticente à l'égard des « revendicatrices» féministes. Elle exprima très clairement cette opinion, raillant : « Aura-t-on, après les fantoches mâles du régime parlementaire, leurs pendants en cotillon : madame la Conseillère, madame la Députée, madame la Sénatrice ? Allez-vous, sous prétexte de partage, ô sœurs qui luttez pour le progrès, savourer la goutte de vin suri qui traîne au fond de leurs verres, et vous régaler de leurs restes ? Bon appétit, en ce cas ! Mangez, moi je préfère, Liberté, ton pain dur3!»

Dans le même article, elle soulignait la hardiesse – qu'elle avouait ne pas avoir – des femmes qui s'étaient réunies en congrès pour évoquer leur situation et la nécessité d'une égalité entre les sexes.

Elle rejoignit d'ailleurs les suffragettes en 1914, porta la revendication au congrès de l'Union française pour le suffrage des femmes et marcha au côté de Marguerite Durand et de six mille femmes, de l'Orangerie des Tuileries à la statue de Condorcet, où elles déposèrent ensemble des gerbes de fleurs, réclamant le droit de vote.

Surtout, elle écrivit des textes d'une rare sensibilité et d'une fine acuité sur les femmes et la différence entre les sexes.

Lorsqu'une femme mariée, issue de la bourgeoisie, se retrouva enceinte du maire de Toulon et avorta pour se voir ensuite condamnée à deux ans de prison, elle écrivit plusieurs articles pour la soutenir et échappa de justesse à des poursuites pénales.

Elle rappela avec force la détresse des femmes amenées à pratiquer un tel acte et dénonça l'hypocrisie de la loi, insistant sur le fait que « l'avortement est un malheur, une fatalité – pas un crime4»...

S'identifier pour envoyer des commentaires.

Autres contributions de...

Plus d'informations sur Évelyne Le Garrec