Dansez sur moi, l'intégrale des chansons enregistrées
EAN13
9782809802009
ISBN
978-2-8098-0200-9
Éditeur
Archipel
Date de publication
Collection
ARTS ET SPECTAC
Nombre de pages
497
Dimensions
24 x 15 x 0 cm
Poids
634 g
Langue
français
Code dewey
780
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Dansez sur moi

l'intégrale des chansons enregistrées

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Montréal, Québec, H3N 1W3.

eISBN 978-2-8098-0957-2

Copyright © Éditions de L'Archipel, 2009.

Introduction

Mai 2002. Entre les peintures écaillées rouge et ocre du superbe théâtre des Bouffes-du-Nord, à Paris, le public attend Nougaro. Depuis quarante ans, l'artiste entre sur scène comme un taureau dans l'arène. La danse, cette « cage où l'on apprend l'oiseau », reste sa passion première. Cette fois-ci, c'est en claudiquant, appuyé sur une canne martelant le tempo, que Claude Nougaro accueille son public. « Aïe, aïe, aïe / Ouille, ouille, ouille / C'est la chanson de la carte Vermeil. » À soixante-treize ans, le Parisien de Toulouse pratique l'autodérision pour mieux entourlouper les spectateurs. Aujourd'hui, il inverse les rôles, et torée les centaines de paires d'yeux venus, en curieux, le voir l'entendre poétiser les Fables de sa fontaine. Pendant une heure et demie, « Le Coq et la Pendule », « Rimes » ou « Le K du Q » se déshabillent de leur musique et, dans leur nudité textuelle, travestissent leurs couplets et refrains en saynètes pour un illusionniste dompteur d'alexandrins. L'auteur ensorcelle des œuvres que chacun redécouvre. Presque cinquante ans après avoir cogné son accent aux pierres noircies du cabaret Au Lapin Agile, à Montmartre, il redevient lanceur de vers, mâcheur de rimes, malaxeur de textes, frictionneur de verbes, baiseur de mots.

L'œuvre, dense, est désormais reconnue. Nougaro pourrait se contenter d'une voix, de dix doigts sur un piano, et voguer de ville en ville pour souffler sur les braises d'une bonne vingtaine de tubes afin de chauffer un public conquis d'avance. « Le Cinéma », « Le Jazz et la Java », « Les Don Juan », « Une petite fille », « Cécile, ma fille », « Je suis sous », « Bidonville », « Armstrong », « Toulouse », « Paris mai », « Quatre boules de cuir », « La pluie fait des claquettes », « Tu verras », « Dansez sur moi », « Nougayork », etc. Qui d'autre peut ainsi égrener quatre décennies d'incontournables refrains, sans compter toutes les perles dont les fanatiques de l'Occitan se sont ornés, préciosités rarement parvenues aux oreilles du plus grand nombre, « Regarde-moi », « Petit taureau », « Berceuse à pépé », « La Neige », « Sœur âme », « Locomotive d'or », « Montparis », « Île de Ré », « Marcia martienne », « Un été », « Il faut tourner la page », « L'Ile Hélène » ? Jusqu'à son dernier souffle, Nougaro se provoque en duel devant témoins. L'écriture est son poumon droit, la scène son poumon gauche.

Avec « Fables de ma fontaine », dont il subsiste heureusement un film magnifique réalisé par Bruno Roche et Maxime Ruiz, le Petit Taureau, comme le surnomma l'écrivain Jacques Audiberti, se réconcilie avec sa vocation première, danseur et poète.

DANSEZ SUR MOI

Claude Nougaro grandit entre les vocalises d'un père baryton et les gammes d'une mère pianiste, à Toulouse l'occitane, là où chantonne le langage comme dans une comédie musicale. Il est doué pour le dessin, mais c'est la musique qui retient son attention. Prolongeant la culture classique inculquée par ses parents, le goût du jazz lui vient grâce à la TSF de sa grand-mère Cécile. Ainsi, l'adolescent s'exerce à mettre des mots sur Pavane pour une infante défunte de Ravel et Gloria de Don Byas. Il se laisse bouleverser par Piaf et Armstrong et improvise d'innombrables chorégraphies devant le poste de radio. Son père refusant de le voir embrasser la carrière de danseur, Claude se réfugie dans la poésie. Le mauvais élève dévore Hugo, Verlaine, Rimbaud et Cocteau auquel il envoie ses premières strophes, bouteille à la mer restée sans réponse. En 1952, à vingt-deux ans, Nougaro accoste à Paris et teste ses textes chez Roberta ou au Lapin Agile. Il découvre les poèmes de Jacques Audiberti qu'il parvient à rencontrer. De ces échanges naîtra la certitude qu'un poète ne peut toucher le grand public que s'il est porté par des notes et incarné par un interprète. Nougaro devient parolier, en quête de compositeurs. En 1953, il place ses premiers vers à Paul Péri, chanteur marié à la compositrice Marguerite Monnot, acolyte d'Édith Piaf à laquelle ces titres étaient destinés. Pendant dix ans, Claude Nougaro écrira pour de nombreux chanteurs, et principalement pour Philippe Clay et Marcel Amont, avant de connaître le succès en tant qu'interprète de ses propres œuvres. Ces derniers vont créer certaines chansons majeures de Nougaro, telles « Le Jazz et la Java » (Amont) ou « Il y avait une ville » (Clay). « Le monsieur qui volait », chanté par Marcel Amont, n'est d'ailleurs pas sans évoquer « Plume d'ange », texte-fleuve qu'interprétera Nougaro vingt ans plus tard. Entre 1958 et 1962, la rencontre avec des compositeurs issus du jazz orientera Nougaro dans la bonne direction. Compagnons de route de Boris Vian, les dénommés Jimmy Walter, Henri Salvador et Michel Legrand vont tour à tour permettre aux textes du chanteur-poète de s'envoler sur des rythmes variés.

À l'image de Mireille et Trenet dans les années 1930, Gainsbourg et Nougaro vont insuffler dans la chanson française des années 1960 des tempos issus des musiques black et donner au genre un sérieux coup de jeune. Ces deux trentenaires disposent d'une solide culture musicale classique et jazz. Tous deux sont encadrés par des complices de Boris Vian (les trois sus-cités pour Nougaro, Alain Goraguer pour Gainsbourg). Ils ont en commun le goût des poètes du XIXe siècle. Leurs carrières respectives se répondent sans cesse. Rythmes afro-cubains, percussions africaines, albums conceptuels, funk... Durant toute leur carrière, Gainsbourg et Nougaro donneront du sens au son alors qu'ils débutent à l'époque où le son est vide de sens, l'âge d'or des yé-yé. Ils partageront des interprètes, des arrangeurs et compositeurs, sans jamais véritablement se rencontrer sur ces sentiers parallèles, malgré les nombreux appels du pied de Nougaro qui n'hésitera pas à chanter Gainsbourg ni à lui dédier quelques textes (« Sonnet à Gainsbourg », « Art mineur »...).

CHANSON POUR LE MAÇON

Aujourd'hui, l'œuvre de Gainsbourg reçoit davantage d'échos que celle de Nougaro. Leur approche de la sphère médiatique y est certainement pour beaucoup. Là où Gainsbourg a parfaitement su créer une galerie de personnages publics, une savante mise en scène de sa vie privée, et brillamment entretenu son réseau d'interprètes, Nougaro s'est rapidement défié des médias que l'on qualifierait aujourd'hui de people, a peu à peu arrêté de travailler son image et sa garde-robe, puis, le succès personnel venu, n'a plus guère offert de textes aux chanteurs en mal de paroliers. Progressivement, il a cessé de participer à des émissions populaires. Lorsqu'il y apparaît, c'est dans l'optique d'élever le spectateur. Il invite des chanteurs aux répertoires exigeants. À l'écoute de ses collègues, Nougaro n'aura de cesse de repérer les nouveaux talents, les auteurs atypiques, les personnages décalés, entiers. Son média de prédilection, c'est la scène, lorsque, régulièrement, un tube le rappelle au bon souvenir des chroniqueurs.

Il y avait pourtant matière à battre le pavé d'indiscrètes confidences. L'œuvre de Nougaro est d'une impudeur extrême. Il livre ses états d'âme (« Regarde-moi », « Mon assassin », « Vieillesse »...), ne masque pas grand-chose de sa vie privée (« Eugénie », « Kiné », « Des goûts et des couleurs »...), s'adresse à ses proches, qu'ils appartiennent à sa sphère familiale, amicale ou professionnelle (« Cécile, ma fille », « Odette », « Pablo », « C'est Eddy », « Prof de lettres »...). Nombre de ses confessions demeureront réservées aux initiés, à ceux qui écoutent ses disques comme autant de pages d'une œuvre en mouvement. L'auteur-chanteur ne se livre pas en pâture, quitte à en payer le prix. Malgré de véritables succès publics, Nougaro n'a jamais été populaire a...

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