Amelia Earhart
EAN13
9782246757313
ISBN
978-2-246-75731-3
Éditeur
Grasset
Date de publication
Collection
ESSAI FRANCAIS
Nombre de pages
197
Dimensions
1 x 1 x 0 cm
Poids
238 g
Langue
français
Code dewey
629.13
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BERNARD GRASSETAMELIA EARHARTJENNIFER LESIEURÉditions Grasset & Fasquelle1PROLOGUENuagesL'avion s'engouffre dans le grand silence blanc. Les nuages enveloppent la carlingue et les derniers repères de la pilote. Aveuglée par la clarté, elle ne peut compter que sur les instruments de bord pour se guider. Cela fait plusieurs heures qu'elle traverse ces nappes d'eau en suspension, sans rencontrer de résistance. Tout au plus a-t-elle l'impression d'être portée par une masse cotonneuse à peine plus solide que l'air, dans laquelle elle se retient de plonger les mains. Sans rien pour distraire le regard, le temps s'étire, l'heure n'a de réalité que par la fonction d'une montre. Son attention pourrait faiblir, si l'enjeu n'était pas si grand. Continuer d'avancer, yeux grands ouverts, est une question de vie ou de mort. Elle ne croit pas en Dieu, mais s'il y en a un, elle joue à cache-cache avec lui dans les cumulus, se disputant un royaume. A peine a-t-elle aperçu l'océan défiler sous elle. A croire que l'Atlantique est un mythe, personne ne le sait encore mais elle le révélerait au monde entier à son arrivée : l'Atlantique n'est pas fait d'eau salée, mais de brouillard sans fin !L'immersion dans le blanc serait douce si elle ne cachait des dangers plus réels. Concentrée sur des cadrans et des aiguilles dont elle maîtrise la langue étrangère, elle cherche la bonne altitude. Trop bas, et les fortes vagues d'une mer toujours houleuse dans l'Atlantique Nord viendraient frapper par surprise. Trop haut, et le gel abîmerait la mécanique, alourdirait les ailes, engourdirait le frêle corps humain qui les dirige.Elle décide de rester au juste milieu, au cœur de ce mille-feuille d'éléments, dans ces nuages exaspérants de monotonie.Amelia Earhart est en train de commettre une folie.Elle a décollé de l'extrémité est du Canada, il y a une éternité semble-t-il, avec la bénédiction de son entourage et de ses sponsors. Toute l'Amérique retient son souffle en attendant l'annonce de son atterrissage. Au fond de l'océan qu'elle survole reposent les épaves et les corps des intrépides qui ont tenté la traversée avant elle. Des aviateurs chevronnés, précis, sérieux. Sans doute leur manquait-il quelque chose pour réussir, quelque chose que les meilleurs mécaniciens n'avaient pas prévu. Et elle, avait-elle tout prévu ?L'inquiétude n'a pas le temps de poindre. Le long trajet solitaire prend fin lorsque, les yeux brûlants de fatigue, elle aperçoit enfin à travers ses larmes des signes de vie, des bateaux, puis une bande de terre, presque étonnée de les trouver sur son chemin. Rassemblant ses dernières forces, elle se pose dans un pâturage. L'avion, cette extension de son corps dans les airs, paraît soudain si lourd en roulant sur la terre ferme. La terre qu'elle n'a jamais douté fouler de nouveau...Elle bondit hors du cockpit, ébouriffe sa tignasse de cheveux châtains en bataille. Sa silhouette est taillée comme une aile, haute et fine, pour offrir le moins de résistance au vent.
Le berger qui l'a vue atterrir est presque aussi effaré que ses vaches. Il s'approche d'elle :
« Vous venez de loin ? » demande-t-il.
Et elle, d'un sourire découvrant ses dents du bonheur :
« D'Amérique. »
Ce 21 mai 1932, après 14 heures et 56 minutes de vol, Amelia Earhart devient, à trente-quatre ans, la première femme à traverser l'Atlantique en solitaire.TomboyComment naissent les héros ? Hier de la cuisse de Jupiter, aujourd'hui d'un écran de télévision. Il y a un siècle, il fallait accomplir quelque chose de grand, de neuf, de risqué. Avoir assez de chance pour en sortir vivant, profiter de sa gloire. Et ne pas naître femme.
Une héroïne naît pourtant dans le Kansas, le 24 juillet 1897. Elle porte les prénoms de ses grand-mères, Amelia Mary, et le nom de son père, Earhart.A part au Panthéon, l'enfance des êtres d'exception n'a rien d'exceptionnel. Tout au plus y trouve-t-on des traits de caractère qui en disent long, des traumas ou des déclics heureux qui marquent les jeunes esprits et modèlent l'être en devenir. Le Kansas, au cœur de l'Amérique, est une terre plane : ni mer, ni collines, ni canyons pour accrocher le regard, amuser les enfants et stimuler l'imaginaire. Ciel et terre sont deux bandes parallèles, interchangeables dans le gris de l'hiver. Sur cet espace vierge, tout est à crayonner, raturer, définir.Du côté de la mère, Amy Otis, on est ancréà Atchison depuis des générations. Amy se souvient que le Kansas de son enfance est encore très « wild ». De grands tas d'os de buffle parsemaient les nouvelles voies ferrées, et l'on croisait dans les rues des Indiens en tenue d'apparat, tout en plumes et peintures écarlates. Atchison manque de charme, mais pas de légendes : on dit que la ville est la plus hantée du Kansas. Aujourd'hui encore, le syndicat d'initiative organise des « Haunted Atchison Trolley Tours », circuits touristiques longeant les manoirs où l'on a vu – ou entendu – errer des spectres.De part et d'autre, la généalogie d'Amelia Earhart est sédentaire, sans éclat. Pas plus de pionniers que de bandits ou de célébrités locales. Amy est une femme tranquille à l'esprit pratique. Ses parents, notables, lui ont prédit un avenir aussi aisé que leur lignée l'exige. Or elle s'est entichée d'Edwin Earhart, grand brun au visage mélancolique, un quasi-sans-le-sou venu d'ailleurs. Pensez : le fils d'un révérend luthérien, flanqué de onze frères et sœurs ! Edwin n'est pas du même milieu que les Otis, avec leur grande propriété, leurs chevaux et leurs domestiques.

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