Une vie en direct
EAN13
9782709633512
ISBN
978-2-7096-3351-2
Éditeur
Lattès
Date de publication
Collection
ESSAIS ET DOCUM
Nombre de pages
280
Dimensions
22 x 14 x 0 cm
Poids
416 g
Langue
français
Code dewey
074.092
Fiches UNIMARC
UTF-8 / MARC-8

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L'anti-rétroviseur?>J'ai longtemps résisté aux sollicitations d'éditeurs amis désireux de me faire raconter mon expérience de journaliste de télévision. Sans doute par pudeur mal placée et puis l'histoire de ma passion pour la télévision, je la vis au quotidien, intensément, et n'ai jamais ressenti le besoin de l'exprimer par écrit. Cinquante ans d'antenne l'année prochaine – elles ont filé vite ces années ! –, un demi-siècle au service de cette passion dévorante... et j'ai l'impression de rajeunir ! Si j'ai changé d'avis et que je m'attelle aujourd'hui à la tâche pour faire remonter les souvenirs, les émotions des grands moments de cette formidable épopée, c'est que mon témoignage peut, me semble-t-il, servir une cause : la défense de la télévision. Celle que le public est en droit d'attendre. Ce n'est pas un mince travail car, contrairement à d'autres confrères, je n'ai rien noté au cours de toutes ces années, prisonnier que j'étais et que je suis toujours de l'actualité au quotidien. Zappeur professionnel, amnésique sélectif, je vis au rythme des informations dont un événement chasse l'autre. M'arrêter, me poser et regarder en arrière n'estpas dans ma nature : je suis l'anti-rétroviseur. Mon moteur a toujours été de vivre les choses en direct.Peut-être, me dira-t-on, que ce récit ressuscite l'âge d'or de la télévision où tout était à inventer, où l'imagination était au pouvoir, alors qu'aujourd'hui elle peut sembler bégayer, se répéter. Certes, mais à l'heure où d'aucuns l'enterrent déjà, et malgré ce dénouement annoncé par les Cassandres, je persiste à croire qu'elle nous réserve encore de très belles surprises.Depuis l'apparition d'Internet et d'autres supports modernes d'information, on a beaucoup glosé sur la télévision : « Elle se fourvoie, elle se meurt, elle va disparaître... » Voilà ce qu'on a pu entendre lorsque la toile a remplacé l'écran chez bon nombre de téléspectateurs, singulièrement chez les plus jeunes. Paradoxalement, compte tenu des vicissitudes de la vie, des problèmes économiques et sociétaux que nous subissons depuis quelques mois, l'heure est à la nostalgie, à la recherche de vrais repères. Tout ce qu'on a adoré puis jeté aux orties, on voudrait le retrouver. La télévision actuelle est souvent décriée, rejetée voire salie, et cela m'attriste parce qu'elle ne le mérite pas. Les hommes qui l'ont faite, et dont je suis, ont certes commis des erreurs, mais je pense que cette télévision a encore un fort potentiel. Même si elle doit abandonner l'écran pour la toile, s'inscrire différemment dans la modernité et accepter sa mutation, je suis sûr qu'elle a encore de beaux jours devant elle.Si certains s'acharnent à la dénigrer, je suis convaincu que la télévision est l'expression du bon sens, imaginée et réalisée le plus souvent par des gens passionnés et honnêtes. Nombre de nos contempo rains éprouvent le besoin de cette compagnie au quotidien, chez eux – près d'eux, ai-je envie de dire. En particulier les personnes vivant seules, âgées ou pas, celles en manque d'affection, les malades, tous ceux qui recherchent une présence. Pour les familles aussi, dont la vie s'organise souvent autour du petit écran, il devient alors un membre du groupe à part entière, liant de la société ou objet de conflit, comme un sondage vient de le confirmer et dans lequel, je le confesse, je me reconnais parfaitement ! Dans la famille, ce sont les hommes qui sont les maîtres de la télécommande, qui choisissent le programme de la soirée. Moi-même, je peux témoigner d'un grand égoïsme en imposant parfois mes préférences sans me soucier du désir des autres ! Que mes proches m'en excusent mais c'est la passion qui m'emporte...La télévision est souvent un motif de discorde, mineure sans doute, mais elle reste un lien entre les hommes, l'occasion de débats, de rapprochements : qui d'entre nous ne s'est pas un jour exclamé, à l'école ou au travail, le lendemain d'un programme passionnant, « T'as vu hier soir à la télé ? » et senti brusquement appartenir à un groupe parce qu'il partageait avec d'autres des références, des valeurs communes. Et qui, n'ayant pas regardé « la télé » ce soir-là, faute de réponse à apporter à la question, ne s'est pas retrouvé brusquement exclu du centre des conversations ? en quelque sorte étranger à la planète ?

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