EMBUSCADE DE PALESTRO : ALGERIE 1956 (L'), Algérie 1956
EAN13
9782200353858
ISBN
978-2-200-35385-8
Éditeur
Armand Colin
Date de publication
Collection
DD.ES&PUB SPEC
Nombre de pages
256
Dimensions
22 x 14 x 0 cm
Poids
392 g
Langue
français
Code dewey
965.046
Fiches UNIMARC
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Embuscade De Palestro : Algerie 1956 (L')

Algérie 1956

De

Armand Colin

Dd.Es&Pub Spec

Indisponible

Histoires d'une embuscadePartie à l'aube du 18 mai 1956 pour une mission de pacification près des gorges de Palestro , à quatre-vingts kilomètres au sud-est d'Alger , une section de militaires français, commandée par un sous-lieutenant, tombe dans une embuscade. D'abord guidés par un homme du coin, les Français avaient ensuite progressé seuls, empruntant un chemin qu'ils ne connaissaient pas. Aux abords d'un col en V, près du village de Djerrah , ils furent surpris par les maquisards de l'Armée de Libération Nationale algérienne dissimulés par des rochers en surplomb. L'échange de coups de feu fut bref et meurtrier laissant à terre dix-sept corps criblés de balles. Dépouillés de leurs armements et vêtements, les Français sont mutilés. Certains visages rendus quasiment méconnaissables complètent le spectacle de désolation que découvrent les troupes parties à leur recherche. Une opération militaire s'ensuit afin de retrouver les quatre soldats faits prisonniers. L'un d'eux est tué accidentellement lors de son sauvetage tandis que deux autres sont portés disparus. Leurs corps n'ont toujours pas été retrouvés.Le bilan est donc particulièrement impressionnant : un seul survivant côté français. Impossibles à connaître, les pertes des maquisards semblent avoir été beaucoup plus faibles. En revanche, après que les cadavres ont été retrouvés le 19 mai au matin, une vaste opération de ratissage conduit à la mort quarante-quatre personnes.De cette embuscade, les Français retiennent un nom : « Palestro ». Depuis le printemps 1956, l'histoire racontée habituellement s'articule autour de la question de la responsabilité du sous-lieutenant Hervé Artur, de l'atrocité des mutilations subies par les militaires français et de la ruse des maquisards algériens épaulés par la population civile. Cette embuscade a fait date ; elle est devenue un événement. Jusqu'à aujourd'hui, elle reste l'un des rares épisodes distingués dans les récits de cette guerre. Pourtant, elle n'est pas unique en son genre. Elle n'est ni la première ni la plus meurtrière. Pourquoi alors occupe-t-elle cette place à part, signalée par ce nom : Palestro 1 ? L'enquête dont ce livre est l'aboutissement commence par cette interrogation.Un regard rapide sur la chronologie livre une première piste : la conjoncture politique est en effet particulièrement propice à créer l'événement. Les Français viennent d'apprendre le rappel sous les drapeaux des réservistes et le recours massif au contingent vient d'être décidé. Une embuscade meurtrière, dans ces conditions, ne pouvait manquer de frapper les esprits. Est-ce pour autant la seule raison ? Par-delà le drame de la mort de jeunes gens partis sous l'uniforme en Algérie , c'est en fait la violence des Algériens qui est montrée du doigt et commentée. C'est elle qui choque et constitue l'axe principal autour duquel s'organise la représentation de l'événement en France .Cette embuscade, marquée du double sceau de la cruauté et de la fatalité, devient très vite pour les Français une icône de la guerre : ces caractéristiques sont mises en avant tandis qu'une similitude de fait est suggérée avec l'ensemble de la situation en Algérie 2. Les dimensions politiques ou même militaires de la rencontre sont gommées. Que cette icône ait fonctionné en juin 1956, quand il s'agissait de renforcer la répression française est sans doute moins étonnant que le fait que son pouvoir d'évocation soit demeuré important tout au long des années suivantes et même au-delà de la guerre. Pour en comprendre les ressorts, il faut revenir à son nom : « Palestro ». Alors que l'embuscade a eu lieu sur les hauteurs surplombant ce petit bourg colonial, c'est son nom que les Français utilisent pour désigner l'événement. Que s'est-il donc passé entre ce bourg de la vallée et les montagnes environnantes ? Au-delà du fait militaire, une relation existe entre ces lieux. Elle est au premier abord relation d'opposition, la plaine s'opposant aux montagnes, les gorges aux chemins escarpés qui permettent de les franchir. Cette relation est surtout le signe que ces lieux sont pratiqués3 : un espace colonisé se combine à un espace ignoré, un espace domestiqué à un espace de résistance. Si l'embuscade marque, c'est sans doute parce qu'elle fait rejouer des failles anciennes. Dans ce territoire charnière entre la Kabylie et la Mitidja , elle révèle d'anciennes tensions retenues, à peine dissimulées derrière la scène de la colonisation en acte depuis le XIXe siècle. Sous la surface de l'événement, d'autres histoires sont présentes. Ce livre tente de les identifier, de les décrypter et de restituer leur épaisseur. Ce sont ces feuilles, témoins du temps, qui donnent au récit dominant l'allure d'un palimpseste. Elles sont autant d'éclairages qui, de l'intérieur, permettent de comprendre ce qui s'est joué lorsqu'un jour de mai 1956 on apprit qu'une vingtaine de militaires français avaient trouvé la mort du côté de Palestro .

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