1, Saint-Germain, l'homme qui ne voulait pas mourir T1: Le masque venu de nulle part
EAN13
9782841877300
ISBN
978-2-84187-730-0
Éditeur
Archipel
Date de publication
Collection
ROMAN FRANCAIS (1)
Séries
Saint-Germain (1)
Nombre de pages
483
Dimensions
24 x 15 x 0 cm
Poids
592 g
Langue
français
Code dewey
843
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1 - Saint-Germain, l'homme qui ne voulait pas mourir T1: Le masque venu de nulle part

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eISBN 978-2-8098-1346-3

Copyright © L'Archipel, 2005.

À la mémoire de Georges Henein
et de Georges Zézos

PREMIÈRE PARTIE

LE BÉLIER ET LE TAUREAU

(1728-1730)

1

Le page évanoui

Sur les hauts murs entourant le palais, les jasmins embaumaient l'aube. La première note de l'angélus monta dans le ciel de Mexico. Les grandes fleurs jaunes des daturas, accrochées aux treilles des jardins, saluèrent la jeune femme sur les hanches de laquelle se balançaient deux paniers ; elle leur répondit d'un hochement de tête complice, réfrénant un sourire.

Seize ou dix-sept ans, mince, le sein à peine bourgeonnant. Pas une Indienne, à coup sûr, ni une mestiza : une pâleur de bon aloi, cernée par l'ébène lustrée des cheveux en chignon, à peine visibles sous le châle, disait l'Européenne. Elle gagna prestement la porte de service, souleva la lourde barre de bois et, l'instant d'après, se retrouva calle del Vicerey Albuquerque, déserte à cette heure précoce. L'autre versant de la rue n'était que basses broussailles car personne n'eût osé bâtir en face du palais. Elle longea les murs jusqu'aux premières maisons de la ville et s'engagea du même pas vif dans les dédales des maisons patriciennes.

Marchant toujours en direction du soleil, elle parvint dans les faubourgs. Là, elle avisa une carriole tirée par un âne.

— Olé ! Où vas-tu ? cria-t-elle au conducteur, un peón au visage terreux, descendant des glorieux Mayas, christianisés depuis quelque deux siècles maintenant.

L'ânier s'arrêta et tourna vers elle une face de cuir bruni au regard sombre. Les Blancs ne parlaient jamais aux Indiens que pour les morigéner. Mais la fille était accorte et souriante. Peut-être était-elle folle. Une domestique de Blancs, en tout cas, à en juger par sa mise.

— Tlaxcala, répondit-il, comme un aboiement.

— Deux pesos si je monte sur ta carriole.

Il la regarda comme si elle avait proposé de monter sur lui. Qu'allait faire cette Espagnole à Tlaxcala, un village d'Indiens qui se trouvait à trois heures de route ?

— Tu veux aller à Tlaxcala ? demanda-t-il, incrédule.

— Dos pesos, répéta-t-elle.

Il n'en voyait pas autant en trois jours. Il hocha la tête. Elle prit place parmi les paniers vides et puants jonchant la carriole et qui avaient contenu des salades, de la volaille, des quartiers de mouton, Dieu sait quoi !

Malgré le train de tortue de la carriole, ils furent sortis de Mexico à la huitième heure. Ils atteignirent Tlaxcala à midi et la mystérieuse passagère sauta au bas de la carriole, donna les deux pesosà l'homme et disparut sur la place du village. Il regarda sa petite croupe se tortiller dans la foule des villageois qui commençaient à remballer leurs étals devant l'église de San Isidro, où les cloches sonnaient à toute volée, en ce lundi 12 juin 1728.

Au palais du vice-roi du Mexique, dans les appartements de son hôtesse Doña Concepción de Los Artabazes, comtesse de Miranda, épouse du gouverneur de Lima, des cris retentirent trois heures environ après que la donzelle fut partie sur la carriole de l'Indien.

Doña Concepción se levait d'habitude vers huit heures, sa gouvernante, Doña Ysabel Ruiz, le savait bien depuis quinze ans qu'elle était à son service. Peu avant neuf heures, Doña Ysabel s'étonna de n'avoir entendu sa maîtresse lui réclamer ni son petit déjeuner, ni un broc d'eau chaude pour ses premières ablutions du matin, comme d'habitude. Elle toqua, puis quelques instants plus tard poussa la lourde porte de la chambre à coucher.

Elle vit d'abord, figée d'horreur, le corps de sa maîtresse, nue, étalée sur le lit dans une posture qui passait de loin l'abandon que pouvait s'autoriser une patricienne telle que Doña Concepción. Mais l'expression de la dame était alarmante ; ce n'était pas celle d'un sommeil tardif ; l'excessive pâleur évoquait plutôt un malaise.

— Doña Concepción ? murmura la gouvernante, prise d'un pressentiment affreux.

Elle toucha le bras de sa maîtresse. Mais son attention fut simultanément attirée par un autre spectacle, celui de Fray Ignacio, confesseur personnel de Doña Concepción, également nu, nu comme un ver et gisant sur le plancher, de l'autre côté du lit à colonnes. Son état ne semblait guère plus enviable que celui de la dame. Le désarroi chez la gouvernante se changea en vertige, puis en panique, pimentée de soupçons féroces.

Le confesseur gisait dans du vomi, dont se dégageait une odeur infâme.

Sur une table dans le salon attenant traînaient les restes d'une collation, sans doute tardive. Mais qui l'avait servie ? Certes pas Doña Concepción. Le confesseur ? Douteux. Le page, alors, sans doute. Trois flacons vides de vin d'Espagne, par terre, et un quatrième, sur la table, témoignaient que la soirée avait été arrosée. Il n'y avait cependant là que deux plats. Et trois verres. Quel avait été le troisième convive ? Certes pas le page. Ce n'était qu'un vermisseau, et de surcroît quasiment un domestique.

Le pressentiment de la gouvernante se doubla d'une urgence : il fallait prévenir le vice-roi au plus vite. Mais pouvait-elle laisser Doña Concepción dans cet état ? Ne devait-elle pas lui prêter une apparence plus décente ? Corriger le décor de ce qui, à l'évidence, avait été une orgie ? Mais alors, il faudrait laver et rhabiller le confesseur... Avec l'aide de qui ?

Ce fut alors qu'un râle s'éleva de la gorge de Doña Concepción.

— Madre de Dios ! Ayúdame !

Le cœur de la gouvernante battit la chamade.

— Doña Concepción ?

La dame entrouvrit les paupières sur un regard boueux.

— De l'eau...

Doña Ysabel s'élança vers la cruche qu'elle apercevait sur la table, là-bas, quand prise d'un nouveau soupçon elle sortit, s'empara d'une cruche dans sa chambre, de l'autre côté du couloir, et revint faire boire sa maîtresse.

Elle espéra que celle-ci sortirait de sa torpeur et qu'on pourrait enfin disposer du... du corps du confesseur. À moins que ce ne fût déjà un cadavre. Mais Doña Concepción se laissa retomber sur l'oreiller avec un grand soupir et se rendormit après avoir marmonné l'ordre de ne pas être dérangée. Doña Ysabel la couvrit alors des draps et s'efforça de lui donner l'apparence la plus décente possible.

Puis elle courut, éplorée, à travers salles, patios et couloirs, déjà emplis de fonctionnaires de l'administration coloniale, jusqu'à l'aile centrale du palais, pour prévenir le vice-roi. Celui-ci était déjà en audience. Elle lui fit communiquer le message par le premier chambellan, lequel profita d'une pause entre deux requérants pour prévenir son maître. Un conciliabule sourcilleux s'ensuivit, au terme duquel le chambellan lui-même escorta Doña Ysabel aux appartements de la comtesse de Miranda.

Déjà, une domesticité flairant l'incident s'attroupait dans les couloirs. L'arrivée du premier chambellan, personnage magnifique, en redingote de soie grise et jabot de dentelle empesée, la jeta en émoi.

Le chambellan considéra d'abord Doña Ysabel, qui ronflait maintenant comme un sonneur. Puis il contourna le lit et se pencha sur le corps du confesseur ; un beau gaillard quand il était vaillant. Il lui prit le pouls. Précaution superflue car le jeune homme était d'une éloquente lividité.

— Mort, dit le chambellan.

Doña Ysabel poussa un cri d'effroi.

— Madre de Dios !

—Je crains que la mère de Notre-Seigneur n'ait pas grand-chose à faire dans ce drame, dit le chambellan en se penchant pour saisir un linge détestablement souillé.

La gouvernante eut un haut-le-cœur et se signa.

Le chambellan ouvrit la porte, donna l'ordre d'apporter une couverture et mobilisa deux gaillards :

— Vous ferez porter le corps de cet homme dans l'antichambre de la chapelle, ordonna-t-il. J'instruirai l'abbé de ce qu'il en est.

Il attendit que ce...

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