Lettres philosophiques
Éditeur
République des Lettres
Date de publication
Langue
français
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Lettres philosophiques

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  • AideEAN13 : 9782824905303
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Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Piotr Tchaadaïev. En 1828-29,
Tchaadaïev médite sur la Russie, élabore une philosophie de l'histoire et
dresse le bilan de ses idées dans huit " _Lettres philosophiques adressées à
une dame_ ", rédigées directement en français. On y trouve une critique du
rationalisme et de l'individualisme des Lumières mais surtout un programme
social, politique et religieux qui a pour objectif de permettre à la Russie de
combler son retard, afin qu'elle puisse jouer dans le monde de la culture de
l'époque et de demain un rôle correspondant à sa force politique. Trois traits
majeurs caractérisent sa pensée. Le premier relève de l'ordre social: c'est
une vigoureuse condamnation du servage, «cette plaie horrible qui nous ronge»
et qui empêche la Russie de suivre la voie libérale. Le second concerne
l'ordre des principes théoriques, et c'est le souci permanent de
l'universalisme, ce critère déterminant des options fondamentales de
Tchaadaev. Le troisième est d'ordre proprement religieux, c'est le thème du
royaume de Dieu sur terre, thème qui récapitule les deux premiers. Selon
l'usage à l'époque, ces huit lettres philosophiques circulent en manuscrit
dans les salons européens, même si Tchaadaev tente à plusieurs reprises de les
faire éditer, en Russie ou à l'étranger. Seule la première lettre est publiée,
en russe, en 1836 dans la revue " _Télescope_ ". Elle commence par une vive
critique de la Russie passée et présente qui, de par sa situation entre Orient
et Occident, ne possède selon l'auteur ni civilisation propre ni passé
historique. Elle reste primitive, ignorante, superstitieuse et chaotique, le
servage attestant de son retard social et moral par rapport à l'Europe
chrétienne. De plus, la lettre est datée de "Nécropolis", comme si Moscou
était la cité des morts. Ce point de vue sévère exprimé dans la seule première
lettre provoque un contresens dans la réception de l'oeuvre. Véritable
sacrilège pour l'orgueil national, elle génère un scandale considérable dans
la bonne société moscovite. La revue est fermée, le censeur renvoyé et
l'auteur déclaré fou par ordre de l'empereur Nicolas Ier lui-même. Tchaadaëev
est assigné à son domicile et il lui est désormais interdit de publier quoi
que ce soit. En fait la virulence de Tchaadaev est à la mesure de son
patriotisme et à son désir de voir la Russie tenir la place qui lui revient.
Les autres lettres composant l'oeuvre sont moins polémiques. Loin de se
réduire à une attaque contre la Russie, il s'agit en réalité d'un vaste
programme de réforme intellectuelle, morale et spirituelle. En 1837, l'auteur
rédige en outre une mise au point de ses idées dans " _L'Apologie d'un fou_ "
(publié à titre posthume en 1862) où il corrige ce qu'il y avait d'excessif
dans ses anciennes positions, en particulier à l'égard de l'orthodoxie
byzantine. Il reste cependant fidèle pour l'essentiel à ses convictions
majeures: la nécessité d'abolir le servage, et la nécessité de lier
définitivement la Russie avec la culture et la destinée européenne afin de
préserver l'universalisme, les doctrines slavophiles étant condamnées comme de
dangereuses utopies. Les idées de Tchaadaïev ont tellement marqué la
conscience russe que c'est par rapport à lui que se sont définis les deux
grands courants — occidentaliste (défenseurs de l'idée que la Russie doit
devenir européenne) et slavophile (défenseurs du génie propre de la Russie) —
qui ont commandé jusqu'à aujourd'hui l'évolution de la pensée russe moderne.

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