Les mots des autres, Flaubert, Sarraute, Pinget
Éditeur
Presses Universitaires du Septentrion
Date de publication
Collection
Objet
Langue
français
Fiches UNIMARC
S'identifier

Les mots des autres

Flaubert, Sarraute, Pinget

Presses Universitaires du Septentrion

Objet

Offres

  • AideEAN13 : 9782757426364
    • Fichier PDF, libre d'utilisation
    • Fichier EPUB, libre d'utilisation
    • Fichier Mobipocket, libre d'utilisation
    • Lecture en ligne, lecture en ligne
    8.99

Toute parole collective, quelle qu’elle soit, est une fiction, en ce sens
qu’il n’existe pas de Sujet collectif susceptible d’en soutenir réellement
l’énonciation. Les romans de Gustave Flaubert, de Nathalie Sarraute et de
Robert Pinget, sur lesquels porte cet essai, prennent chacun à sa manière ce
discours impossible pour matériau ; ils en éclairent les linéaments, en
scrutent les failles, en interrogent les rêves, les fantasmes et la violence.
Ce que parler veut dire à l’échelle collective, telle est la réalité que l’art
romanesque s’emploie ici à interroger, suppléant ainsi à un métadiscours
introuvable sur la nature de ce qui lie les hommes ensemble. Les trois
romanciers examinés cherchent moins à s’exprimer personnellement à travers
leur œuvre qu’à interroger la présence et les effets d’un discours collectif a
la fois omniprésent et inconsistant. Le langage n’est plus simplement
l’instrument de leur art, mais l’objet principal et même exclusif de leur
questionnement esthétique. Ce déplacement est d’une grande importance et
marque l’émergence d’une crise de confiance, laquelle peut d’ailleurs éclairer
en grande partie le passage de l’âge romantique à l’âge moderne : la promotion
de la parole à l’avant-scène du roman s’accompagne à l’évidence d’une
défiance, à tout le moins d’une inquiétude ; le soupçon qu’elle échoue à
exprimer le sujet qui la profère, la découverte, au fond, d’une espèce
d’aphasie au cœur de la parole, hante en effet les romans de Flaubert,
Sarraute et Pinget. Tel que ces œuvres l’articulent, ce soupçon n’a rien
d’abstrait ni de métaphysique ; il concerne à chaque fois l’incidence du
discours collectif dans l’usage de la parole et donne lieu à ce que l’on
pourrait appeler une problématique romanesque de l’aliénation verbale.
Flaubert, incontestablement, marque l’apparition d’une telle problématique
dans les Lettres, inaugurant ainsi l’une des grandes voies du roman moderne et
contemporain. La méthode adoptée dans cet essai procède par lectures
exemplaires et s’efforce de ne jamais séparer le commentaire critique de
l’exigence d’élucidation théorique. À travers une relecture du premier et du
dernier roman de Flaubert et le commentaire de deux romans clés de Sarraute et
de Pinget, le statut du discours collectif est interrogé à la fois pour lui-
même et dans ses rapports avec la parole singulière, enfin dans ses relations
avec le roman comme espace adéquat de sa représentation et de son analyse. Au
fil du questionnement et au terme de l’enquête, il apparaît que la littérature
offre à la société un lieu symbolique où s’entendre et que, ce faisant, elle
redonne perpétuellement sa chance à la dissemblance des sentiments
intersubjectifs de se manifester sous la parité des expressions collectives.

S'identifier pour envoyer des commentaires.