Jeanne de l'Estoille, 2, Le jugement des loups, Jeanne de l'Estoille**
EAN13
9782841874583
ISBN
978-2-84187-458-3
Éditeur
Archipel
Date de publication
Collection
Roman français
Séries
Jeanne de l'Estoille (2)
Nombre de pages
420
Dimensions
10 x 10 x 2 cm
Poids
100 g
Langue
français
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2 - Le jugement des loups

Jeanne de l'Estoille**

De

Archipel

Roman français

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Jeanne de l'Estoille :

La Rose et le Lys, L'Archipel, 2003.

Des notices biographiques des principaux
personnages historiques apparaissant dans
ce livre figurent à la page 405.

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eISBN 978-2-8098-1533-7

Copyright © L'Archipel, 2003.

PREMIÈRE PARTIE

L'ÉTOILE ET LES COMÈTES

1

Les fils dans la tapisserie

Plus une vie est riche, plus elle ressemble à une tapisserie inachevée : les fils perdus s'y multiplient.

Ce fil-ci semblait amorcer un personnage : coupé. La trame s'en est défaite, il pend tristement. Celui-là poursuivait le dessin d'une verdure : déchiré. Le personnage avait-il un rapport avec la verdure ? Allez savoir !

Jeanne de Beauvois ouvrit la fenêtre pour chasser les odeurs, la plupart fâcheuses, qui s'accumulent inévitablement dans une maison pendant la nuit. La journée d'automne s'annonçait claire. La brise du petit matin souffla allégrement par-dessus les toits de Paris et entra faire le ménage dans le logis de la rue de la Bûcherie.

Elle agita ces fils dans la tête de Jeanne, qui s'assit pour réfléchir, après avoir pendu un pot de lait au-dessus de l'âtre.

Elle trouva beaucoup de fils coupés pour ses vingt-deux ans d'âge. Beaucoup trop.

Ses parents : morts égorgés.

Son frère Denis, sur lequel elle avait reporté ses affections : changé en triste sire, intrigant, froid, manipulateur. À vingt ans, au prix de promiscuités sans cœur, ce combinard sans scrupules était devenu seigneur d'Argency. Elle fit une grimace de dépit.

Son premier amant, Matthieu : pendu par jalousie.

Le véritable père de son fils François, François de Montcorbier, dit Villon : disparu après une ténébreuse affaire de meurtre et compromis de surcroît dans un casse de sacristie. Ce n'était pas une grande perte pour une épouse éventuelle ni une mère : le boulgre courait les jeunes gueux. Jeanne avait d'ailleurs flairé la pouillerie assez vite. Mais enfin, c'était quand même un gros fil que celui-là, un gros fil rouge, couleur du sang qui coulait dans les veines du jeune François.

Jeanne respira un bon coup.

Son mari, le beau, le tendre, le noble Barthélemy de Beauvois : mort à la fleur de l'âge dans l'explosion d'un canon. C'était un joli fil torsadé d'or et d'azur. Coupé par la Camarde.

Sa protectrice, la douce Agnès Sorel, maîtresse du roi Charles le Septième : morte. Empoisonnée. Que le poison eût été versé par l'homme ou la nature n'y changeait rien. La conseillère qui avait inspiré au roi de rebâtir son pays en s'appuyant sur la bourgeoisie et se défier des princes et des puissants, l'amante, le grand rempart contre la solitude n'était plus.

Son amant Philibert Bonsergent : fil arraché par la famille. Les familles sont grandes expertes en saccages de tapisseries : on dirait des chats furieux qui se font les griffes.

Le lait gonfla, et quelques gouttes grésillèrent sur les bûches. Jeanne alla retirer le broc. Une peau bien épaisse s'était levée dessus ; elle recueillit la crème avec une cuiller et la coucha sur une tranche de pain, puis la releva d'un filet de miel. C'était là son petit déjeuner ordinaire. Elle versa du lait dans un gobelet d'argent et le but à petites gorgées.

Un fil d'azur éclatant courait dans la tapisserie : François, son fils. Celui-là, il tenait toute la tapisserie. Le premier rat qui tendrait la dent dessus, elle l'abattrait.

Un autre brin précieux flottait dans l'avers de la tapisserie, et celui-là aussi, elle était décidée à ne pas le laisser couper.

Ce fil avait dessiné un personnage d'ivoire aux grands yeux de jais et de velours, à la bouche incarnate. Peut-être avait-il été inspiré à l'Artiste par le troisième des vingt rois de Judée qui inclinait sa tête sur la façade de Notre-Dame, à cette différence près que sa barbe était beaucoup plus soyeuse que la pierre ne pouvait le dire.

L'Homme au Miroir. Celui qui lui avait offert un miroir à la foire d'Argentan, alors qu'elle venait de quitter sa Normandie natale. Avec l'objet, il lui avait offert le choc de découvrir son image physique. Le premier, le tout premier amant de sa vie, celui qui lui avait également fait découvrir son image immatérielle. Celui qui faisait l'amour avec les délicatesses d'un dompteur de papillons.

Isaac. Isaac Stern.

— Stern signifieétoile en allemand.

Quel nom ! Mais quel nom ! S'appeler « Étoile » ! Un destin.

— Tu es mon étoile.

Elle éprouva le besoin de serrer contre elle ce corps d'ivoire et de passer les doigts dans ces cheveux de soie noire. Mais les étoiles, on le sait, ne se voient que la nuit.

En réalité, elle ne voyait Isaac qu'à la lueur des chandelles, entre quatre murs. Et toute poésie ravalée, elle l'avait surnommé l'Homme-chouette. Juif et conscient de l'être, Isaac ne voulait lui rendre visite que la nuit, quand personne ne pouvait le voir. Il ne voulait pas la compromettre : il eût été pour elle périlleux qu'un homme portant la rouelle jaune se rendît trop souvent dans une maison chrétienne.

Juif et encore plus, conscient de l'être, cet amant exquis n'était qu'épidermique. Il ne la prenait pas. Il la désirait avec passion, mais nu à nu, leurs sexes ne se connaissaient que par des caresses. Ils montaient séparément à leur extase sans l'union profonde dans la chair.

— Créer un enfant dans ces conditions serait l'acte de gens sans cœur, lui avait-il dit deux jours ou plutôt deux nuits auparavant. Il serait orphelin de naissance, puisque je ne pourrais pas l'élever avec toi. Il serait rejeté par les miens, puisqu'il serait né hors des liens du mariage et enfin, il serait honni par les tiens, puisqu'il serait de père juif. Jeanne, l'égoïsme doit s'arrêter ici.

— Y a-t-il une autre femme dans ta vie ?

— Elle ne vit plus que dans ma mémoire, car elle est morte, il y a bien des années, avant que je te rencontre à Argentan.

Le Supplice de Tantale s'attisait pour Jeanne au fil des jours et des semaines. Son premier enfant était né contre sa volonté ; le deuxième serait volontaire et, s'il existait un homme au monde dont elle le voudrait, ce serait Isaac.

La frustration n'était tempérée que par la tendresse qu'elle portait à l'Homme au Miroir. Et la raison. Le mari...

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