La lessive du diable, roman
EAN13
9782909240374
ISBN
978-2-909240-37-4
Éditeur
ECRITURE
Date de publication
Collection
LITTERATURE FRA
Nombre de pages
162
Dimensions
22 x 14 x 1 cm
Poids
240 g
Langue
français
Langue d'origine
créoles et pidgins basés sur le français
Code dewey
843
Fiches UNIMARC
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La lessive du diable

roman

De

Ecriture

Litterature Fra

Offres

DU MÊME AUTEUR

EN LANGUE CRÉOLE

Jik dèyè do Bondyé, nouvelles, Grif An Tè, 1979.

Jou Baré, poèmes, Grif An Tè, 1981.

Bitako-a, roman, GEREC, 1985 (traduction en français par J.-P. Arsaye, Chimères d'en-ville, Ramsay, 1997).

Kôd Yanm, roman, K.D.P., 1986 (traduction en français par G. L'Étang, Le Gouverneur des dés, Stock, 1995).

Marisosé, roman, Presses universitaires créoles, 1987 (traduction en français par l'auteur, Mamzelle Libellule, Le Serpent à Plumes, 1995).

EN LANGUE FRANÇAISE

Le Nègre et l'Amiral, roman, Grasset, 1988 (Prix Antigone).

Éloge de la créolité, essai, en collaboration avec P. Chamoiseau et J. Bernabé, Gallimard, 1988.

Eau de café, roman, Grasset, 1991 (Prix Novembre).

Lettres créoles : tracées antillaises et continentales de la littérature, essai, en collaboration avec P. Chamoiseau, Hatier, 1991.

Ravines du devant-jour, récit, Gallimard, 1993 (Prix Casa de Las Americas).

Aimé Césaire, Une traversée paradoxale du siècle, essai, Stock, 1993.

L'Allée des soupirs, roman, Grasset, 1994 (Prix Carbet de la Caraïbe).

Commandeur du sucre, récit, Écriture, 1994.

Bassin des ouragans, récit, Mille et Une Nuits, 1994.

Les Maîtres de la parole créole, contes, Gallimard, 1995.

La Savane des pétrifications, récit, Mille et Une Nuits, 1995.

Contes créoles des Amériques, contes, Stock, 1995.

La Vierge du grand retour, roman, Grasset, 1996.

La Baignoire de Joséphine, récit, Mille et Une Nuits, 1997.

Le Meurtre du Samedi-Gloria, roman policier, Mercure de France, 1997 (Prix R.F.O.).

L'Archet du colonel, Mercure de France, 1998.

Régisseur du rhum, récit, Écriture, 1999.

La Dernière Java de Mama Josépha, récit policier, Mille et Une Nuits, 1999.

TRAVAUX UNIVERSITAIRES

Dictionnaire des titim et sirandanes (devinettes et jeux de mots du monde créole), Éditions Ibis Rouge, 1998.

Kréyôl palé, Kréyôl matjé... Analyse des significations attachées aux aspects littéraires, linguistiques et socio-historiques de l'écrit créolophone aux Petites Antilles, en Guyanne et en Haïti entre 1750 et 1985, thèse de doctorat, Éditions du Septentrion, 1998.

Titre original : Jik dèyè do Bondyé.

Édition originale : Édition Grif An Tè, 1979.

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eISBN 978-2-3590-5152-0

Copyright © éditions Écriture, 2000

Aux rédacteurs du journal Grif An Tè

(1979-1981).

Moi, conteur de mon état, chevaucheur des paroles du temps de l'antan–quand les chiens aboyaient encore par la queue et que le volcan n'avait pas noyé nos songes sous une avalanche de nuées ardentes–, je déclare : que l'on m'écoute ! Que chacun mesure la longueur de mes mots ! Ceux qui préfèrent dissoudre la braise de leur vie dans l'eau tenace des larmes qu'ils ont versées, je vous le dis, il ne vaut point la peine, au regard de toutes les misères qu'ils ont jour après jour endurées, de leur offrir une veillée de vénération, celle qui, neuf jours après la mort, ouvre au défunt les portes du silence absolu.

Mais cet homme-là, Mano Lorimer, nègre de haut parage s'il en fut puisqu'il n'avait nulle crainte d'aller observer l'éclosion du soleil rouge de l'aube à l'en-haut du morne Jacob, insoucieux des âmes en peine qui, furieuses de n'avoir pas trouvé le repos et pressées de fuir la lueur du jour, s'en prenaient à l'univers entier, insoucieux des bêtes-longues qui serpentaient dans les halliers, leur langue fourchue prête à frapper, cet homme-là mérite honneur et respect. Je le dis donc tout haut : honneur et respect sur sa tête, foutre !

Messieurs et dames, je m'en vais vous raconter un voyage que j'ai fait, il n'y a pas si longtemps que cela, dans l'Impossible. Ce voyage fut dangereux. Il fut malheureux, courageux, affreux, bilieux, tempétueux, bleu-déveine et en même temps sérieux. Je causai, ce faisant, un beau désagrément à ma vieille mère.

Messieurs et dames, cela se passa un jour à midi et la nuit enveloppa la terre. Des éclairs noirs zigzaguaient pour se rendre invisibles. Le tonnerre lui-même grondait sans arrêt au beau mitan d'un calme terrifiant.

Ah ! il s'agit pour moi de raviver dans vos têtes la mémoire de monsieur Mano Lorimer. Si le conte se répète et se répète depuis que Dieu a offert à l'homme le pouvoir de parler–mais c'est aussi un devoir !–, ce n'est point parce qu'il est recru de fatigue. La vérité, c'est que le secret originel gagne à être ressassé pour qu'enfin, à la fin des fins, nous puissions l'éventer. Ainsi je demande à votre mémoire de se draper dans des hardes de zombie afin de pouvoir charroyer l'histoire de cet homme-là, l'histoire de son combat si admirable dans sa hauteur, et que tout cela s'imprime jusqu'au plus obscur de votre esprit et celui de vos arrière-petits-enfants (il est impensable que leurs bouches demeurent cousues).

Écoutez donc ma parole !

Il fallait bien que l'élan qui transportait ses pieds effrontés se moquât des ravines blanches–« Demain sera un autre jour ! Demain sera un autre jour ! » lui martelant les tempes–, des mornes interminables, des savanes d'herbe-Guinée, des plantations de canne à sucre que sa joie aveugle se devait d'éviter (mais existait-il le moindre sentier qui ne figurât sur le cadastre de la Colonie ?) pour qu'il puisse, lui, Mano, entreprendre toute cette course-courir. Pour qu'il s'escampe, comme aurait dit la Géronne Dédé, sa vieille mère, si elle avait pu l'apercevoir à l'instant où il abandonnait leur case, l'œil parfaitement sec, les mains raides sur son pantalon en toile kaki.

Et puis, il y a Hadrien, ce nègre-rouge dont on se méfie parce qu'il entretient une amicalité suspecte avec les Grands Blancs, qui nous serine sans trêve :

–Heureusement que mon esprit cogite nuit et jour, les gars ! Imaginez que je n'aie pas été parmi vous, qu'auriez-vous d'autre à vous mettre sous la dent à part le fruit à pain blet, hein ? Avez-vous oublié, comme dit le proverbe, que guerre déclarée égale vieux nègres surpris dans leurs cabarets ?

–Tu te vantes trop, compère ! lui rétorquait un bougre au sein de la petite audience qui se rassemblait, à la brune du soir, au quartier de Macédoine. Tu fais trop le malin !

–C'est qu'il est aussi philosophe qu'un chien qui porte des bretelles ! lança quelqu'un d'autre en s'esclaffant sous le manguier centenaire qui abritait nos chimères depuis toujours.

Messieurs et dames, écoutez la parole du conteur, quand bien même elle vous semble rouler sens dessus dessous ! J'étais assis à l'ombre d'un arbre sans feuilles, debout entre ses racines, couché à plat ventre et sur l'écale du dos, tout cela dans mon lit à baldaquin. Je lisais un livre dépourvu de pages ainsi qu'un journal non imprimé à la lumière d'une bougie éteinte.

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