Jeanne de l'Estoille, 1, La rose et le lys, Jeanne de l'Estoille*
EAN13
9782841874545
ISBN
978-2-84187-454-5
Éditeur
Archipel
Date de publication
Collection
Roman français
Séries
Jeanne de l'Estoille (1)
Nombre de pages
398
Dimensions
10 x 10 x 2 cm
Poids
100 g
Langue
français
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1 - La rose et le lys

Jeanne de l'Estoille*

De

Archipel

Roman français

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Des notices biographiques des principaux
personnages historiques apparaissant dans
ce livre figurent à la page 393.

Afin de ne pas solliciter vainement la sagacité
du lecteur, nous l'informons que les
poèmes, comptines et refrains des pp. 94-95,
208, 231, 233-234, 339-340, 367-368 et
385 sont de l'auteur.

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Montréal, Québec, H3N 1W3.

eISBN 978-2-8098-1532-0

Copyright © L'Archipel, 2003.

PREMIÈRE PARTIE

LES TAROTS BROUILLÉS

1

La mauvaise prière

Elle s'était attardée à chercher des champignons, mais elle ne le regretta pas. De toute façon, il n'était pas si tard que cela ; l'angélus du soir n'avait pas encore sonné. Quand sa mère verrait la cueillette, elle oublierait de la gronder. Un plein panier de cèpes ! Et des girolles ! La soupe serait goûteuse, et Jeanne en huma d'avance le fumet relevé d'ail. Pourquoi donc ne pouvait-on cultiver des champignons dans le cottier ? Elle se rappela la réponse de son père :

— Les champignons, c'est des voyous. Peuvent pas pousser dans un potager. Ils naissent au hasard, comme les enfants de marins.

Pourquoi les enfants de marins naissaient-ils donc au hasard, mystère. Mais son père ayant été marin, il devait savoir.

Elle considéra sa cueillette et sourit : elle ne savait pourquoi les cèpes lui faisaient penser à Guillemette, la femme du forgeron, et les girolles, à des fillettes. Elle imagina une saynète qu'elle monterait pour son petit frère Denis, avec un cèpe et trois girolles dansant autour.

Sur le sentier qui descendait la colline, elle chercha instinctivement la maison des yeux et lécha sur ses lèvres le jus des dernières mûres qu'elle avait picorées au hasard des taillis. Au bout de quelques pas, elle fronça les sourcils : comment se faisait-il qu'il n'y eût pas de fumée au-dessus de la cheminée ? Elle pressa le pas et bientôt s'alarma : mais que faisait donc la huche au milieu du chemin, là-bas ? Car c'était bien la huche, elle l'aurait reconnue entre toutes. Et renversée ?

À dix pas, elle cria :

— Maman ? Maman ?

Des geais lui répondirent sans bienveillance.

Sur le seuil, elle saisit simultanément l'odeur du sang et l'image des pieds écartés.

— Papa !

Elle poussa un cri strident et laissa tomber le panier.

La gorge tranchée. Bouche ouverte dans un cri désormais éternel. Les yeux révulsés. Les mains liées derrière le dos.

Elle ne reconnut pas le son rauque qui jaillit de sa propre gorge.

— Maman ?

Dans un angle près de l'âtre, la tête dans la cendre encore tiède, à deux pas du chaudron renversé et vide.

— Maman...

Elle aussi, le cou peint de sang caillé et noircissant. Mais les yeux fermés.

— Denis ?

Elle éclata en sanglots. Hurla. Bava. Folle. Le monde tournoya et Jeanne sombra dans un trou noir, grouillant de sang et d'horreur.

Quand elle revint à elle, elle fut surprise de reconnaître les poutres qui soutenaient le toit de chaume.

N'était-elle pas morte, elle aussi ? Peut-être les morts voyaient-ils la même chose que les vivants ?

Les odeurs la rappelèrent à la réalité. Le jour déclinait. Elle s'assit par terre, sur les dalles de pierre. Elle tourna la tête et revit sa mère. Elle se leva péniblement et alla la tirer, pour lui sortir la tête de l'âtre. Tous les cheveux avaient brûlé à l'arrière.

Elle erra d'un mur à l'autre de la chaumière. Le manteau de son père ? Disparu. Le pain aussi, évidemment, puisque la huche était vide. Et la demi-motte de beurre. Et le confit de pommes. Tout le vin et tout le cidre. Des brigands. Ils avaient mangé la soupe. Elle alla boire à la cruche et faillit vomir.

Elle sortit et cria :

— Denis ?

Elle regarda alentour, espérant le voir venir, de son pas lent. Peut-être était-il allé se promener, comme elle, et reviendrait-il pour le souper ?... Où l'avaient-ils emmené ? L'avaient-ils tué ailleurs ?

La futaie frémit. Jeanne la regarda intensément, folle de terreur, et elle courut vers la maison, à la recherche du grand couteau. Ne le trouva pas. Songea à grimper sur la poutre la plus basse.

Un son étrange la paralysa.

Un braiment.

— Donky !

Elle se dirigea vers la porte, à pas de loup.

— Donky !

Il hocha la tête. Il était seul, portant toujours ses deux paniers vides.

Donky : c'était le nom que l'homme égorgé lui avait donné.

Elle s'élança vers lui et lui entoura le cou de ses bras frêles. Elle pleura. Elle tomba aux pieds de l'âne. Elle n'était plus que larmes. Hoquets. Morve. Détresse infinie. Il semblait comprendre. Il la regardait de ses grands yeux bons et tristes. Elle pleura toute la nuit, par intermittence. Elle eût donné sa vie pour entendre la voix des morts une fois de plus. Mais les brigands leur avaient justement coupé la voix. Et le même couteau qui les avait égorgés l'avait amputée de son passé. De son avenir. D'elle-même, se dit-elle obscurément.

Écrasée par le chagrin, elle se laissa gagner par la nuit comme par la mort et, incapable d'accepter la réalité, elle sombra dans une torpeur animale. L'aube la trouva hébétée, aux pieds de l'âne qui n'avait pas bougé, mais qui avait poussé un braiment soudain. Elle leva la tête et interrogea l'animal. Que savait-il ? Avait-il pris la fuite devant les brigands ? Mais elle vit un renard qui détalait, sans doute attiré par l'odeur des morts.

Puis une idée aussi brutale qu'un coup de marteau : que faire des morts ? Elle n'avait même pas de pelle pour creuser des trous, à supposer qu'elle en eût la force. Il fallait demander conseil au père Godefroy. Elle ferma la porte et enfourcha l'âne. Chemin faisant, elle se dit qu'elle ferait mieux d'aller quérir du secours au hameau.

La Coudraye était en pleine ébullition, si bien qu'on fit à peine attention à la jeune fille. Jeanne dut dresser l'oreille pour connaître l'origine de cette agitation, et l'horreur naquit de nouveau. À l'aube, le fermier Jeanin s'était rendu chez le curé, afin qu'il administrât les sacrements à son vieux père qui se mourait. La petite église dressait son clocher à un tiers de lieue du hameau. Or, Jeanin avait trouvé le curé égorgé au pied de l'autel. Les objets du culte, la croix et le ciboire d'argent avaient été dérobés dans le tabernacle, défoncé. On avait pissé partou...

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