L'étoile de Carthage
EAN13
9782909240565
ISBN
978-2-909240-56-5
Éditeur
ECRITURE
Date de publication
Collection
LITTERATURE FRA
Dimensions
22 x 14 x 0 cm
Poids
228 g
Langue
français
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L'étoile de Carthage

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DU MÊME AUTEUR

L'Antivoyage, Mercure de France, 1974 (J'ai lu, 1995).

Le Diable vert, Mercure de France, 1975 (Babel, 1997). Prix Valéry-Larbaud, 1975.

Les Rois et les Voleurs, Mercure de France, 1975.

Hiéroglyphes de nos fins dernières, Mercure de France, 1977.

Le Lignage du serpent, Mercure de France, 1978.

Les Seigneurs du Ponant, Mercure de France, 1979, Éditions du Rocher, 2001.

Amérindiennes, Stock, 1979 (Librio, 1996).

Une passion, J.-C. Lattès, 1981 (Babel, 1996).

Maria Tiefenthaler, Albin Michel, 1982.

Une pâle beauté, Albin Michel, 1984.

Dramma per musica, Albin Michel, 1986.

Doux Oiseaux de Galilée, Albin Michel, 1988.

La Nativité à l'étoile, Albin Michel, 1989.

Primavera toscana, Sand, 1989.

Julia M. ou le Premier Regard, Robert Laffont, 1991.

Le Verrou, Actes Sud, 1997.

Ogres, Actes Sud, 1997.

Une vie sans secret, Éditions du Rocher, 1998. Grand prix de la nouvelle de la Société des gens de lettres, 1999.

Servantes de l'œil, Actes Sud, 1999.

Ils ont tué Vénus Ladouceur, Éditions du Rocher, 2000.

Triomphe de l'agneau, Éditions du Rocher, 2000.

La Lumière de l'île, Actes Sud-Papiers, 2001.

La Femme au chat, Actes Sud, 2001.

Le Bandit manchot, Éditions du Rocher, 2002.

L'Homme du souterrain, Éditions du Rocher, 2003.

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Montréal, Québec, H3N 1W3.

eISBN 978-2-3590-5165-0

Copyright © Écriture, 2004.

À Laure Asserac Haziel

Prologue

... S'il faut donner son sang
Allez donner le vôtre
Vous êtes bon apôtre
Monsieur le Président
Si vous me poursuivez
Prévenez vos gendarmes
Que je n'aurai pas d'arme
Et qu'ils pourront tirer.

Boris Vian
« Le déserteur »

Personne dans cette histoire ne veut aller à la guerre de la vie. Ils s'y soustraient tous, un par un. Le père, dans une dernière révolte, parce qu'il ne peut plus, ne sait plus jouer du piano, qu'il est dans cette impuissance-là devant le don inné, ce summum d'impuissance où l'artiste voit à terre un univers qui lui est interdit, auquel il ne donnera plus vie – parce que la sienne s'en va, que la force lui manque, que le désordre organique de la maladie a gagné, et le tapis se dérobe sous le pied, et le clavier sous le doigt : toute cette esquive, il n'y a plus qu'à la suivre, c'est à elle, à ce mouvement de retrait qu'on appartient et à rien d'autre, c'est fini.

À la guerre de la vie, ils se soustraient tous, et le professeur de piano parce qu'elle sait que son élève ne pourra jamais l'aimer comme elle l'aime elle ; et la jeune fille Élisabeth Hermann, qui choisira cet autre abandon, cette fuite dans le rêve ensorcelé de la prostitution ; et la mère qui fuit dans la folie parce que là encore on lui vole quelque chose, la haine nourricière qu'elle a de son enfant. Il n'y a pas, il n'y a jamais, pour ces gens, d'issue autre que celle que dit Boris Vian ; c'est parce que j'étais à la frontière de cette situation, et de temps en temps en plein dedans, que j'ai pu écrire sur ces gens.

Première Partie

LES MAINS DU PÈRE (Tunis – Paris)

Et l'homme aura pour ennemis
les gens de sa maison.

Matthieu 10, 36

I

Il y a des flamants roses sur le lac de Tunis. Elle descend l'avenue qui va à la mer, entre les palmiers bruissants, jusqu'au palais beylical. Souvent elle marche pour oublier le mal, elle marche pour se soulager comme si elle marchait sur son propre corps et en exorcisait la force, qui est celle de tuer. Elle marche sur la route de Sidi Bou-Saïd, jusqu'à la plage d'Amilcar, s'étend sur le sable de la crique où jadis elle s'entremêlait avec son mari dans une empoignade massive, où longtemps elle a caressé sa poitrine grasse, la pulpe sanguine de son sexe sous la toison noire, avant qu'elle ne mette au monde une fille, avant que son ventre n'en soit éteint, vidé, exténué. Elle lui doit ça, à la petite, cette frigidité pesante, pierreuse, depuis.

Sabah la mère est née en Tunisie, dans la station balnéaire de La Marsa qui fut le Megara de la Carthage punique. Ses parents sont de Gabès. Ancrée à son golfe, Gabès est l'oasis sur laquelle s'ouvre le Sud, où s'assemble le désert, le Sahara. Plus bas que Gabès et l'éclat mat des lacs immobiles, des chotts sous leur croûte de sel figé qui leur donne l'air d'une épée déposée là par hasard, plus bas que l'oasis de Gabès, ce n'est plus qu'une steppe, puis cette splendeur des dunes, des lacs lunaires, d'une éternité qui rend fou ou infiniment sage. Cela, Sabah l'a entrevu quelques fois, quand ses parents l'ont emmenée jusqu'à cette ville, Gabès, et plus loin vers la frontière algérienne, à Tozeur. À Gabès, ils achètent des tapis, des châles, des tentures murales, qu'ils convoient dans leur petite boutique de La Marsa.

Sabah se souvient de la poussière, des calèches, du vent sur le littoral de Gabès, des derniers vergers avant le Grand Erg oriental, des façades de brique crue de l'austère, torpide Tozeur. Elle se souvient qu'après il n'y a merveilleusement plus rien que les nuits et leurs milliers d'étoiles, sur le désert. Elle priait sa mère Hanan de rester là, répétait que ni elle ni eux n'étaient faits pour la ville.

Ni la mère Hanan, ni le père Hichem Saad n'entendent l'enfant. Hanan a beau dire que ce commerce est maudit, qu'il vaudrait mieux être à Tunis pour vendre des tapis de haute laine et non dans cette banlieue où on n'écoule que la bimbeloterie pour touristes, le père s'endette, n'écoute pas plus la mère qui rêve de la capitale et du Nord, que la fille qui rêve de ce désert, de ce Sud dont elle parle comme d'un secret délicat et fatal, et ses yeux dérivent, elle s'abandonne à la cadence des dunes, elle y succombe. Quand elle est triste, elle veut partir, aller toujours plus au sud, à Tataouine, jusqu'au lieu où s'achève la terre de ces hommes qu'elle a commencé de juger et de craindre. De cette méfiance défensive envers les hommes, Sabah ne se départira pas. — J'ai bien des soucis avec ma fille, dit sa mère. Elle refuse d'aller au hammam, parce qu'on l'y verrait nue. Je ne la marierai jamais.

Hanan ouvre des paumes treillissées de henné, soupire du fond de sa gorge, haussant des seins encore prestigieux. Hanan est une magicienne, l'antique figure de proue d'un navire carthaginois, Hanan est du lignage de Tanit, du berceau de l'Afrique, on la dirait faite du bois dont on sculpte les masques dans les forêts ivoiriennes. Elle en a les grands yeux fendus.

Hanan n'a de commerce qu'avec les esprits qu'elle dompte, dont elle parle la langue. On lui reconnaît des pouvoirs pour lesquels on l'honore et la sollicite avec une circonspection déférente.

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